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lundi 25 février 2013

Claude Revel au colloque "Intelligence collective, condition de l’intelligence stratégique?"

Claude Revel, Directrice du Centre Global Intelligence & Influence (GIISK), participait le 7 février dernier à Paris dans les locaux de l'OCDE au colloque "Intelligence collective, condition de l’intelligence stratégique ?".
Ce colloque, organisé par l'association des auditeurs en intelligence économique de l'IHEDN (AAIE-IHEDN) et sous le haut patronage de Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, à qui Claude Revel remettait récemment son rapport "Développer l'influence normative internationale stratégique de la France", proposait d'aborder le sujet de l'intelligence collective en donnant la parole à de nombreux experts de haut niveau suivant 4 tables rondes thématiques :
  • "Nécessité d'une intelligence collective"; 
  • "Pragmatisme : des exemples de bonnes pratiques";
  • "Mobilisation des parties prenantes" (éducation, réseaux professionnels, ...);
  • "Synergies" (intergénérationnelles, interculturelles, public/privé, ...). 
Succès pour cet événement qui devrait, on l'espère, motiver la réalisation d'autres conférences ou réflexions sur le même thème dont l'absence "[…] est une raison essentielle de beaucoup de nos retards" en France, comme le signale Claude Revel sur son site web.

Un compte-rendu sera publié prochainement sur le site de l'AAIE-IHEDN.

Liens utiles :

lundi 1 octobre 2012

Quand l'lntelligence (Economique) devient collective

Les outils de la Prospective Stratégique au service de l'Intelligence Economique 

L'information représente l'énergie ou encore le carburant nécessaire à la mise en marche de la machine/activité Intelligence Economique, activité dépeinte au travers du cycle de renseignement.



Selon François-Bernard Huyghe, "ce « cycle » se divise en phases – quel que soit le nom qu’on leur donne – allant de la recherche à l’emploi de l’information pour la décision stratégique. Le processus commence donc par la définition des priorités de recherche. Il se poursuit par l’enchaînement des opérations au cours desquelles un acteur (le plus souvent un service étatique) oriente ses recherches, recueille les données, les analyse et les transmet aux responsables concernés pour les aider à prendre la bonne décision".  (Source huyghe.fr)
La problématique est liée au recueil des données. En effet, cette tâche est le plus souvent celle de l'analyste en Intelligence Economique ou du veilleur. Il s'agit pour lui de trouver les sources adéquates en rapport avec le problème posé et d'acquérir les informations afin de lancer la phase d'analyse.
En d'autres termes, cette étape correspond à "la collecte méthodique des informations qui commence d'abord par la recherche des sources pertinentes, documentaires, humaines ou techniques". (Source Wikipedia)
Le point qui nous intéresse ici est lié à la notion de sources humaines.  En effet, plus loin dans la définition nous trouvons "Le renseignement humain est un renseignement dont la source d'information est une personne humaine. Par extension, le renseignement humain désigne toutes les activités et méthodes de collecte (entretien, interrogatoire, enquête...) et d'analyse associées. Dans l'esprit du grand public, c'est l'activité la plus souvent associée au terme espionnage" (ibid.).
Cette définition est très restrictive et en effet mène à cette confusion avec l'espionnage qui gangrène la compréhension du concept d'Intelligence Economique. Mais mon propos n'est pas relatif à ce dernier aspect, il l'est plutôt à son aspect restrictif. En effet, la problématique est de recueillir de l'information. Lorsque nous sommes en phase prospective, le plus souvent, l'information n'est pas disponible et le futur est incertain, pouvant donner lieu à de multiples possibles. Dans ce contexte le recueil de l'information devra être fait de manière différente. Nous devons sortir des méthodes de veille classiques pour rentrer dans le champ des méthodes de prospective.

Les méthodes de prospective: un complément voire un pan à part entière des méthodes de recueil d'informations


Si l'on convient que l'Intelligence Economique est une méthode (cf. précédent billet blog, L'intelligence Economique: un nouveau discours de la méthode), alors celle de l'analyse structurelle devrait être intégrée à la boîte à outils de l'Intelligence Economique.
Mais qu'est-ce donc et pourquoi la considérer comme utile dans une démarche d'I.E.?
En fait "L'analyse structurelle est un outil de structuration d'une réflexion collective. Elle offre la possibilité de décrire un système à l'aide d'une matrice mettant en relation tous les éléments constitutifs de ce système. Partant de cette description, cette méthode a pour objet, de faire apparaître les principales variables influentes et dépendantes et par là les variables essentielles à l'évolution du système".  (Source Site La prospective : "Pour penser et agir autrement", Michel Godet).
De cette définition, il faut retenir notamment l'aspect participatif. En effet, en I.E. le recueil de l'information n'est pas toujours aisé soit que la problématique est confidentielle, sans possibilité de trouver de l'information à partir des différentes sources, soit que l'on cherche à circonscrire un phénomène qui fait intervenir un nombre important de variables interdépendantes. Il faut donc actionner l'intelligence collective. Au sein d'une entreprise, la collecte de l'information est réalisée via la réunion des experts internes (parfois avec un renfort externe pour l'animation du groupe) sur le domaine considéré. Comme dirait Philippe Scotto intervenant au sein du Mastère spécialisé SKEMA : Intelligence Economique et Management des Connaissances en Prospective Stratégique, l'analyse structurelle est une valse à 3 temps :
Phase 1 : Recensement et définition des variables
Phase 2 : Description des relations entre les variables
Phase 3 : Identification des variables clés

Pour concrétiser quelque peu, voici une illustration à partir d'un travail de groupe sur le thème du leadership effectué dans le cadre du cours de Philippe Scotto.

Phase 1 : Recensement et définition des variables (extrait de 10 définitions sur 23)


Phase 2 : Matrice d'influence intervariables (1 = influence)
Phase 3 : Identification des variables clés
Les enseignements de cet exercice : Le président Eisenhower définissait le leadership comme suit : « Il s’agit de faire faire aux gens quelque chose, non pas parce qu'on leur dit de le faire mais parce qu'ils ont instinctivement envie de le faire pour vous». Ainsi les variables clés pour susciter ce côté instinctif de l’exécution sont, dans notre système, la vision, l’exemplarité et l’enthousiasme, supportés par l’énergie, le dynamisme, la compétence, le charisme et une stratégie en tête. Avoir de facto des aptitudes à mener crée le leadership et cette qualité est-elle-même entretenue/renforcée par la pratique du leadership. De leur côté, la communication, l’entrainement, le management, l’autorité, la direction et l’équipe sont des résultantes du leadership. Par exemple, l’équipe acquiert sa cohérence, se fédère du fait notamment d’une vision qui est transmise.

En définitive, l'analyse structurelle est très puissante et s'inscrit dans l'étape 1 du cycle du renseignement Recherche et Collecte de l'information. D'aucuns diront que sa faiblesse est la subjectivité des parties prenantes formant le groupe (dans le choix des variables, leur définition, leurs relations d'influence). Il faut certes de la rigueur dans la composition du groupe et dans son animation. Une fois ceci assuré, la subjectivité n'est plus un défaut, elle est une force, car c'est un résultat de groupe qui permet de générer de la connaissance et in fine d'agir sur son environnement. N'est-ce pas le fondement de l'Intelligence Economique?

Pour en savoir plus :
Michel Godet : Identifier les variables clés : L'analyse structurelle (Pdf),
Michel Godet - Philippe Durance : La prospective stratégique pour les entreprises et les territoires

mardi 1 mars 2011

L'Intelligence Collective : Solution pour sortir de la crise ?

Le 8e petit déjeuner-débat du Cycle Innovation & Connaissance (campus Paris - La Défense), le 25 janvier 2011, en association avec l'association des diplômés de SKEMA, m'a donné l'opportunité d'assister à une conférence portant sur la thématique : "Intelligence collective et économie du don".

Une courte vidéo valant bien mieux qu'un long discours, laissons l'intervenante elle même, Thanh Nghiem, Présidente fondatrice de l'Institut Angenius, se présenter et annoncer les divers points abordés lors de cette matinée :

Source Dailymotion skemaexpert.
"Aux autres ouvrières restées dans la colonie, l'abeille découvreuse indique, par danses, la direction des fleurs particulièrement intéressantes à butiner."
Wikipedia
Je propose, au travers de ce(s) billet(s), de vous faire partager une des "danses" de Thanh Nghiem.

Alors que nous devrions voir cette année la population mondiale atteindre les 7 milliards d'individus, se pose toujours la question de savoir comment nous pourrions mieux vivre ensemble.
En effet, le mythe d'une croissance infinie dans un monde fini a causé un dépassement important de notre empreinte écologique, où 20% de la population (parmi la plus développée) en est responsable des 80%.

Le phénomène de mondialisation de ces dernières décennies a aussi entraîné une forte augmentation de ce que l'on nomme en thermodynamique l'entropie : le niveau de désorganisation d'un système.
Ce désordre se traduit également au niveau culturel et social par une érosion progressive du sens et des valeurs, cette dernière notion étant de nos jours bien souvent confondue avec le prix.

Face à ce contexte actuel de crise aux formes multiples, la lenteur du changement est malheureusement encore et toujours d'actualité malgré l'urgence des défis en cours.
A l'image de la récurrence de plus en plus fréquente des catastrophes naturelles, ces symptômes devraient pourtant constituer des signaux forts nous amenant à revoir notre positionnement présent.

Afin d'anticiper correctement cette inévitable mutation, la réponse à ces enjeux semble bien d'induire l'intelligence à grande échelle en trouvant des solutions et des moyens permettant de relier durablement l'individuel et le collectif.

Comme l'explique notamment Daniel Tammet dans son livre "Embrasser le ciel immense", l'intelligence est une notion bien trop complexe pour que sa (tentative de) mesure soit réduite au simple quotient intellectuel ou QI.
Elle a fait et fait encore l'objet de nombreux débats sur la manière de la concevoir, ce qui montre également son caractère subjectif et multiple.


Si l'on s'en réfère à l'étymologie, le mot "Intelligence" dérive du latin inter-ligare (entre-lier) et exprime donc l'aptitude et la capacité à relier les éléments (de notre environnement et de nous mêmes).
Il peut aussi s'agir de savoir lire entre les lignes déjà tracées ce qui nécessite au préalable une certaine émancipation et liberté de penser.

L'intelligence collective est un terme apparu suite aux observations faites en éthologie sur les nuées d'étourneaux, les bancs de poissons ou encore les colonies de fourmis, de termites et d'abeilles.
Elle cherche à expliquer comment des richesses étonnantes sont produites de l'organisation sociale complexe de ces multitudes : l'expression "le tout est plus que la somme des parties" en retranscrit très bien l'essence.

Au niveau de nos sociétés humaines, le phénomène s'observe assez facilement pour des groupes de petites tailles (tels que dans une équipe de handball ou dans un groupe de jazz par exemple).
Les travaux d'Elinor Ostrom et d'Oliver Williamson, prix Nobel d'économie 2009, ont également montré que l'intelligence et l'action collective constituent une véritable solution alternative (à la nationalisation ou privatisation) au problème de la "Tragédie des biens communs".

La mise en place de modèles collaboratifs et d'une organisation apprenante fait notamment partie des principes permettant son émergence dans une population plus importante d'individus.
Une autre chose fondamentale est de créer un espace physique ou virtuel dont l'architecture soit conçue de manière à donner à ses acteurs la faculté de voir et percevoir l'ensemble de ce qui s'y déroule (Holoptisme).

Wikipedia est ainsi un exemple pionnier en matière d'intelligence collective, de part son système de collaboration et de cooptation non pyramidal basé sur la vérifiabilité plutôt que sur une vérité érigée en absolu.


Sources et liens :

Damien Boisbouvier

Billet édité le 30.05.2011 : Ajout du nuage de tag, Modifications et ajout de liens hypertextes, Ajout de contenu sur la tragédie des biens communs