Affichage des articles dont le libellé est Japon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Japon. Afficher tous les articles

mercredi 12 septembre 2012

Intelligence Economique au Japon : JETRO, un système d'intelligence économique redoutable? (2)

Consulter la première partie de cet article : "Intelligence Economique au Japon : JETRO, un système d'intelligence économique redoutable? (1re partie)"

JETRO et ses activités

 

Ses activités principales: 

 

JETRO est une organisation pour la promotion du commerce international et de l'investissement entre le Japon et le reste du monde. A sa création, les activités de JETRO étaient principalement basées sur la promotion de l'exportation japonaise vers l'étranger, mais ensuite elles se sont dirigées aussi vers la promotion de l'investissement direct étranger au Japon (par exemple, IBSC Invest Japan Business Support Center vous aide pour démarrer votre business au Japon) et l'assistance aux PME japonaises pour maximiser leur potentiel en exportation.

En plus, JETRO facilite le développement de l'économie dans les pays en voie de développement notamment par la promotion du commerce international (par exemple, African Business Frontline with Jetro): il aide et conseille les entreprises japonaises à l'étranger pour son développement et aussi la protection de la propriété intellectuelle. En ce qui concerne la protection de la propriété intellectuelle,  IIPPF, The International Intellectual Property Protection Forum a été créé en 2002 afin de résoudre les problèmes de produits contrefaits ou piratés essentiellement en Chine.

Bien sûr, JETRO a une position unique pour fournir les informations en rythme permanent et une capacité de recherche et d'analyse, grâce à son réseau global qui couvre les quatre coins du monde. Il fournit les informations sur les industries, les marchés, les conditions de commerce international et investissement à travers le monde. En conséquence, les entreprises japonaises bénéficient des informations sur l'économie internationale même en quittant le Japon.

IDE (Institute of Developing Economies) conduit des recherches sur des sujets économiques, politique et sociétales dans les pays en développement (en particulier sur l'Asie, mais aussi sur l'Amérique latine, l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie centrale). A travers ses recherches, IDE contribue à la coopération internationale économique notamment avec les pays en développement.

JETRO organise aussi des séminaires et des conférences, salons professionnels et des expositions régulièrement.

Distribution des informations par des canaux multiples


Les informations et les analyses du JETRO sont communiquées par différents canaux ( newsletter, publications, revues...) et le site web du JETRO contient énormément d'informations sur les conditions économiques, aussi bien que les systèmes de commerce international et d'investissement.

Voici quelques exemples :
  • JETRO Daily "Tsusho Kouhou 通商弘報" : payant (environ 350 euros / an), on reçoit des informations 1 fois / jour par mail, uniquement en japonais.
  • JETRO SENSOR : payant, revue mensuel, en japonais. existe en version papier et en version numérique. 
  • TTPP (Trade Tie-up Promotion Program) : un site (en anglais et en japonais) pour trouver des partenaires commerciaux pour les affiaires internationales. 
  • J-mess Online Trade Fair Database : données sur les expositions et les salons dans le monde. (en anglais) 
  • Newsletter (en angalis) : pour recevoir les dernières informations en anglais pour faire du business au Japon, les dernières nouvelles sur la tendance des affaires internationale ou encore les informations sur les évènements organisés par JETRO dans le monde entier.

Quelques rapports et les données :

On peut donc constater que le JETRO contribue à l'exportation japonaise ainsi que la promotion des investissements étrangers en favorisant les échanges commerciaux, tout en développant ses réseaux dans le monde pour une meilleurs acquisition des informations. Ses analyses et les modes de diffusion sont efficaces avec une actualisation très fréquente. Il a un rôle majeur pour un contexte actuel de mondialisation d'où la nécessité de développer de plus en plus des relations commerciales avec les pays étrangers.

En savoir plus :

mardi 11 septembre 2012

Intelligence Economique au Japon : JETRO, un système d'intelligence économique redoutable? (1)

JETRO (Japan External Trade Organization) a souvent une réputation démesurée qui fait sourire les japonais : Guy Faure écrit dans son article que "la réputation (de JETRO) est surfaite pour les hommes d'affaires japonais et ceux qui travaillent dans des PME", alors que " les occidentaux classent volontiers le JETRO comme la plus performante des grandes centrales du renseignement".

A l'époque où la théorie de menace japonaise circulait, certains livres décrivaient JETRO comme un service de renseignement très puissant : Brian Freemantle (écrivain anglais) ou encore Erich Schmidt – Eenboom (journaliste et historien allemand qui a écrit un livre sur la guerre économique et les services de renseignement dans lequel il consacre une partie à JETRO.) seraient en partie à l'origine de la réputation surfaite de JETRO.

Alors, qu'est-ce que le JETRO? Comment a-t-il été créé? Et comment fonctionne-t-il?

Contexte d'après guerre au Japon 


Le JETRO a été créé en 1951 sous sa première forme. Donc, il est important de rappeler le contexte du moment :

Le Japon a connu un changement radical après la défaite de la Seconde Guerre Mondiale : les deux bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki ont mis fin à l'ambition hégémonique du Japon. Le 15 août 1945, l'empereur Hirohito annonce l'acceptation de la Déclaration de Potsdam, ensuite l'acte de capitulation a été signé le 2 septembre 1945. A partir de ce moment-là, le Japon a été sous occupation des Forces Alliés commandé par général Mac Arthur (GHQ/SCAP, General Head Quarters, the Supreme Commander for the Allied Powers) jusqu'en 1952.

La reconstruction du Japon a été faite essentiellement par les Etats-Unis. L'objectif de GHQ était de démilitariser et démocratiser le Japon. La nouvelle Constitution a été créée avec l'initiative de GHQ. L'article 9 a été introduit pour garder le Japon désarmé et qu'il renonce à la guerre pour toujours.

GHQ a introduit des systèmes pour la démocratisation économique ( 経済民主政策, keizai minshu seisaku). La démantèlement des Zaibatsu a été un de leurs objectifs. (GHQ pensait que les Zaibatsu contribuaient énormément au militarisme japonais pendant la guerre et qu'en les démantelant il supprimerait ce militarisme) : Par exemple, on peut citer la création de HCLC (Holding Company Liquidity Committee, 持株会社整理委員会, mochikabugaisha seiri iinkai ) en 1946, la promulgation de la loi de déconcentration de puissance des grandes entreprises ( Excessive Economic Power Deconcentration Law, 過度経済力集中排除法, kato keizairyoku shuchu haijo ho ) en 1947.


Avec ce changement sans précédent, du militarisme au pacifisme, le premier ministre de l'époque, Shigeru Yoshida (en poste de premier ministre de mai 46 à mai 47, ensuite d'octobre 48 à décembre 54), a mené une politique misée sur le développement économique (Yoshida Doctrine).

Histoire du JETRO 

 

Sa création

 

Le JETRO a été créé sous forme de fondation en 1951 avec l'initiative de Japan Foreign Trade Council (日本貿易会, nihon boeki kai (1), en prenant exemple du BETRO (British Export Trade Research Organization). Le siège se situait à OSAKA (la ville connue pour sa qualité de commerçants) et se nommait Japan Export Trade Research Organization (海外市場調査会, kaigai shijo chosakai, organisation de recherches sur les marchés extérieurs).

En 1954, il devient Japan External Trade Recovery Organization / JETRO, suite à l'intégration de deux autres organisations (Conseil pour les salons internationaux 国際見本市協議会 et Conseil pour la promotion du commerce international 日本貿易斡旋所協議会). Michisuke Sugi (qui a été président de la Chambre de Commerce et d'Industrie d'OSAKA) était nommé président.

En fait, Michisuke Sugi était une personne qui a beaucoup contribué dans le monde économique au Japon (surtout à OSAKA) avant, pendant et après la guerre.

Michisuke Sugi et JETRO


Dans l'article du OSAKA Archives No.43 ( 大阪あーかいぶず 43号) de la préfecture d'OSAKA,  on décrit en détail l'état de la ville d'OSAKA avant, pendant et après la guerre, ainsi que la vie de Michisuke Sugi et ses contributions au développement de l'économie d'OSAKA : la ville d'OSAKA, connue comme ville de commerce et d'industrie, était la plus grande ville du Japon dépassant Tokyo en 1925 (en terme de  population, OSAKA était classé en 6e dans le monde à l'époque). Mais, subissant une vingtaine de bombardements (entre janvier et août 1945), elle a été complètement détruite. La ville si prospère est devenue ainsi une ville à reconstruire.

Sugi (né en 1884) s'installe à OSAKA en 1912, pour travailler dans une maison de commerce spécialisée en filage textile (à l'époque très développé à OSAKA) dont son beau-père était gérant, et s'introduit dans le milieu des affaires. En 1929, Il est devenu membre de la Chambre de Commerce et d'Industrie d'OSAKA. Il succède aux postes à responsabilité et devient en 1941 vice président. Pendant ce temps, il doit faire face aux difficultés de l'industrie à OSAKA en période de guerre. Il voulait notamment construire une structure solide pour gagner la guerre, comme le partenariat public-privé, tout en gardant le libéralisme (il était contre le contrôle d'Etat excessif). Il souhaitait le changement structurel de l'industrie d'OSAKA.

Mais, en 1943, la Chambre d'Industrie et de Commerce d'OSAKA est entrée sous contrôle d'Etat. C'est après la guerre, en septembre 1946, qu'elle a repris ses activités. Sugi a été nommé président en 1948. Il a créé plusieurs commissions spéciales face aux problèmes économiques dans la période d'occupation, en faisant des propositions concrètes. Il était persuadé que le tandem économie-politique est nécessaire pour un énorme projet comme "reconstruction" et qu'il faut la promotion du commerce international pour la reconstruction et l'indépendance du pays. Il a ensuite créé le JETRO en 1951.

Sugi s'est activement investi au développement économique d'OSAKA et sa région, mais aussi du Japon avec son engagement et sa motivation jusqu'à sa démission du poste de président de la Chambre de commerce et d'industrie d'OSAKA en 1960. Il reste président du JETRO jusqu'à la fin de sa vie (1964).

Son évolution


En juillet 1958, le gouvernement reconnaissant l'importance de la promotion de l'exportation, décide une réorganisation. JETRO devient  Japan Export Trade Promotion Agency/ JETRO  (sous forme d'agence spéciale 特殊法人 attaché à MITI, Ministry of International Trade and Industry, avec 100% de financement par le gouvernement).

En 1961, l'appellation anglaise est devenue Japan External Trade Organization/ JETRO.

En 1998, Institute of Developing Economies a été intégrée au JETRO.

Depuis 2003, JETRO a un statut comme Institution administrative indépendante (IAI, Independent Administrative Institution, 独立行政法人, dokuritsu gyosei hojin) sous tutelle de METI (Ministry of Economy, Trade and Industry.) (2) (3)

La structure du JETRO


JETRO a son siège à Tokyo, mais aussi à Osaka (en raison de sa première création à OSAKA). Il existe IDE-JETRO (Institute of Developing Economies) et 36 bureaux régionaux au Japon. Il possède également 73 bureaux dans 55 pays. 1545 personnes travaillent pour JETRO dans le monde, dont 824 au Japon et 721 à l'étranger. (chiffres avril 2011)

JETRO a également 2 bibliothèques (à Tokyo et à Osaka) qui ont une large gamme de ressources concernant le commerce international, le business et l'investissement : des livres en japonais et en langues étrangères, des journaux et des magazines, base de données commerciale….

Il est présidé, depuis novembre 2011, par Hiroyuki Ishige (Ancien Vice-Minister for International Affairs, Ministry of Economy, Trade and Industry).

(1) En vue de la reprise du commerce international dans le secteur privé en août 1947, Japan Foreign Trade Council avait été créé en juin 1947, en fusion de 4 organisations travaillant pour la promotion du commerce international.
(2) JETRO est une des 11 IAI sous tutelle de METI. (chiffre avril 2012)
(3) MITI est devenu METI en 2001.

mercredi 15 août 2012

Intelligence Economique au Japon, quel état d'esprit?



Au Japon, l'intelligence économique (IE) n'a pas la même approche qu'en France. Le concept n'existe pas en tant que tel. En France, plusieurs chercheurs, intellectuels et experts dans ce secteur ont déjà démontré comment l'IE se pratique au Japon, mais, en réalité, les japonais ne nomment pas en tant qu'"intelligence économique" toutes ces activités de collecte, analyse, diffusion et protection de l'information (sans parler du 3e volet de l'IE, l'influence).1

Le rapport "Intelligence Economique et PME" de CRCI (Chambre régionale de commerce et d'industrie de Paris – Ile-de-France) de septembre 2007 décrit le Japon comme un pays qui a "une longue tradition de gestion et de partage de l'information", et explique que

  • les activités de recueil de l'information sont pour tous les japonais aussi naturelles qu'indispensables;
  • les jeunes japonais sont formés dès l'école et jusqu'à l'Université à l'accumulation des connaissances et au travail de groupe avec un véritable partage de l'information (et des connaissances).
Le Japon est "un Etat au cœur des réseaux d'influence" avec l'interconnection des organisations (METI, JETRO, SOGO  SHOSHA (société de commerce général), KEIDANREN…etc) où le recueil et la circulation des informations sont des actes naturels et ancrés dans les activités.

Cet état d'esprit n'existe pas qu'en entreprise, il est présent jusqu'à dans la vie privé : chaque japonais aime chercher les informations et les partager avec les autres !

Guy Faure (chercheur au CNRS, Institut d'Asie Orientale) écrit dans son article "La pratique de l'intelligence économique au Japon : un modèle sans école" que malgré la crise économique et la mise en question du modèle de management japonais, l'IE est une spécialité où les japonais gardent leur crédit intact. Il explique que "les modes japonais d'appropriation et de gestion des connaissances continuent d'interpeller les spécialistes, à la recherche de clés pour comprendre leur fonctionnement dans ce pays, qui a su les mettre efficacement au service de son économie."

Il montre bien sûr la culture collective de l'information chez les japonais, et aussi "l'information perçue comme un moyen d'agir avec les autres plus que d'un pouvoir d'agir sur les autres".

Les japonais ont cette culture de gestion de l'information différente de celle des français.

Certains analystes reviennent sur la constitution Meiji  pour expliquer cet état d'esprit ainsi que la base de fonctionnement de JETRO en citant l'article "chercher la connaissance dans le monde afin de renforcer les fondements du pouvoir impérial". En fait, c'est le 5e article de La Charte de serment (五箇条の御誓文, Gokajō no Goseimon, littéralement, le Serment en cinq articles) de 1868 qui correspond à cet article. Cette Charte de serment est la principe base du gouvernement Meiji. Elle est composé de 5 articles et représente le Japon voulant un Etat Nation moderne avec une politique parlementaire et l'ouverture à la civilisation occidentale afin de maintenir l'indépendance face à la colonisation des pays occidentaux. L'article 5 était une expression de "l'esprit entreprenant".

Lier l'état d'esprit japonais à l'IE (et bien sur JETRO) et ce 5e article de La Charte de serment de 1868 me semble pourtant "forcé" et exagéré, mais pas sans raison : à l'époque, le Japon venait d'ouvrir le pays après 200 ans de fermeture. Le pays avait pour objectif de devenir un Etat moderne. La quête des informations pour ne pas être une des colonies occidentales était un enjeu essentiel. L'esprit collectif autour de l'empereur, donc une forte identité nationale a été créée.

Certes, cette attitude japonaise par rapport à l'information peut venir de là, mais c'est surtout après la Seconde guerre mondiale, quand le Japon a été démilitarisé et a choisi une politique misée essentiellement en économie, que le Japon a développé une véritable force en renseignement économique (Jetro a été créé en 1958 - un prochain billet sur ce sujet est en préparation).

La curiosité des japonais pour la "récolte" des informations et le décloisonnement entre différentes organisations public-privé pour la circulation fluide des informations à tous les niveaux sont des facteurs importants: la mise en place d'un système d'IE est bien sûr indiscutable, mais l'implication, le comportement et l'attitude de chaque individu par rapport à l'information est un enjeu majeur.

1. P.42 rapport "intelligence économique et PME", CRCI, 2007.

Sources/en savoir plus:
  • Guy Faure, "La Pratique de l'intelligence économique au Japon : un modèle sans école", Asies recherches, Centre Asie, IREPD, Grenoble, n.15, 2e semestre 2001.
  • CRCI (Chambre régionale de commerce et d'industrie de Paris – Ile-de-France), "Intelligence Economique et PME", septembre2007.

mercredi 25 juillet 2012

La fuite des technologies : une véritable menace pour le Japon


NIKKEI BUSINESS (magazine hebdomadaire japonais) a consacré son dossier spécial du 9 juillet 2012, au thème "l'espionnage industriel d'aujourd'hui - pourquoi le Japon ne peut pas protéger ses technologies".

Vol d'informations sensibles par des employés étrangers
Un ancien haut fonctionnaire dans le domaine de la sécurité déplore l'incompétence de la gestion d'informations dans les entreprises japonaises. Il alerte sur l'espionnage industriel fréquent au Japon réalisé par les Chinois (avec forte implication de l'armée), en citant quelques affaires récentes :
  • En 2007, un employé de DENSO ( fabricant de pièces détachées, groupe TOYOTA), ingénieur chinois a dérobé 135000 documents concernant 1700 différents produits, y compris 280 informations de différents types classées "secrets industriels". Cet ingénieur, âgé de 41 ans (à l'époque), est arrivé au Japon en 1990 et a commencé à travailler à DENSO, après avoir fait des études à l'université à Pekin et travaillé dans une entreprise nationale de domaine militaire en Chine.
  • Le 27 mars 2012, un employé chinois de 31 ans, résident au Japon depuis 10 ans, a été arrêté pour avoir violé la loi sur la prévention de la concurrence déloyale ( 不正競争防止法違反) pour la société MAZAK (YAMAZAKI MAZAK CORPORATION, un des plus grands fabricants des machine-outils dans le monde). Ce dernier a volé 2 documents comportant des plans de fabrication des machines-outils avant de donner sa lettre de démission 3 jours plus tard. Les documents comportaient des données transposables pour une utilisation militaire et étaient classés "document confidentiel". Vers le 9 mars, le suspect s'était connecté aux réseaux d'entreprise à partir de son ordinateur portable prêté par l'entreprise, et avait copié des documents sur son disque dur. Il a été mis en examen, la police continue son enquête.
On peut évidemment évoquer la manque de vérification au moment du recrutement, trop de confiance et pas assez de précaution.
Mais, la fuite de technologies ne se fait pas simplement par la "fuite" d'informations organisée par certains employés étrangers.

Fuite de cerveaux

La conjoncture économique actuelle très difficile crée plusieurs conditions pour augmenter la fuite des technologies :
  • 46 % des grandes entreprises disent que si 1USD = 76 Yen continuait plus de 6 mois, elles délocaliseraient leur usines et leur centre de Recherche et Développement à l'étranger.1
  • Des licenciements massifs ont été réalisés au Japon, notamment dans les secteurs de l'électrique et de l'électronique.2 Suite à ces licenciements, un grand nombre d'ingénieurs hautement qualifiés sont sur le marché du travail. Certains acceptent ainsi de travailler dans des entreprises étrangères malgré leur préférence pour les sociétés japonaises.
En fait, il y a un enjeu majeur pour la quête des ingénieurs japonais qualifiés en Asie. Non seulement les Chinois, mais aussi les industries coréennes et taiwanaises sont en concurrence pour dénicher et acquérir les meilleurs ingénieurs japonais.

Un ingénieur japonais (né en 1962, ancien employé dans une entreprise japonaise de fabrication des matériels de précision) est parti chez Samsung SDI (groupe SAMSUNG) en 2002. Depuis 2010, il est conseiller à AUO (entreprise taiwanais, leader en écran LCD). Il témoigne des circonstances dans lesquelles il a rejoint Samsung :
C'était il y a 10 ans. Je suis allé dans un restaurant à Tokyo, indiqué par le Président de Samsung SDI. Il m'attendait dans une pièce privée avec le Vice-président et le Directeur général. Ils sont venus de Corée du Sud pour me convaincre.
" Nous avons décidé de développer les écrans OLED (Organic Light-Emmiting Diode, diode électroluminescente organique) comme coeur de business. Mais, nous n'avons pas assez de connaissances technologiques. Pourriez-vous venir pour former nos ingénieurs?"
Ils ont essayé de me convaincre pendant 2 heures. Les paroles du président et son enthousiasme m'ont touchés.
A l'époque, j'étais responsable de la conception des écran OLED dans une entreprise japonaise de fabrication des matériels de précision. Le nombre de demandes de brevets dépassait 200, j'étais convaincu de ma performance et des résultats. La direction me donnait des objectifs, en disant "si vous l'atteigniez, on commence la production des écrans OLED". Mais, chaque fois que j'atteignais cet objectif, on m'en donnait d'autres... Au fur à mesure, j'ai compris que la direction n'avait pas vraiment l'intention de concrétiser le projet. Malgré ça, je devais motiver mon équipe. C'était dur pour moi. A l'époque, la direction se concentrait sur une autre technologie pour les écrans, mais beaucoup en doutaient. J'ai commencé à me poser la question de continuer à travailler dans cette entreprise. C'est à ce moment- là que le Président de Samsung SDI m'a fait cette proposition. Je voulais continuer à travailler au Japon en développant et réussissant des projet, mais l'entreprise ne m'a pas donné l'environnement favorable. En 2002, j'ai décidé de partir. Le traitement n'était pas exceptionnel mais la Corée du sud bénéficie d'une exonération des impôts sur les revenus pour les ingénieurs pendant 5 ans, ce qui rendait le poste assez intéressant.
En Corée du Sud, j'ai travaillé avec 35 ingénieurs pour développer des écrans OLED. Je n'ai jamais manqué de respect vis à vis du contrat avec l'entreprise précédente concernant la confidentialité. Je n'ai utilisé que des informations publiques comme thèses ou brevets. Actuellement, Samsung a 90% du marché mondial OLED. Chez Samsung, il y avait beaucoup de Japonais. On peut dire que les ingénieurs japonais ont énormément contribué pour les plans de produits ou la fabrication.
SAMSUNG a 3 méthodes pour recruter les ingénieurs étrangers. Si c'est une personne "indispensable" pour réaliser une technologie, le Président Lee Kun-hee lui-même peut venir le solliciter. Pour les ingénieurs de niveau en dessous, ils font d'abord une sélection par rapport aux thèses publiées, aux brevets ou leur réputation dans le secteur, ensuite ils font des propositions à travers des chasseurs de têtes. Il arrive aussi que les ingénieurs envoient eux-même leur CV pour se vendre. En conséquence, SAMSUNG acquiert une énorme base de données des ingénieurs.

On constate que la bataille pour les ingénieurs continue. Les ingénieurs japonais partent à l'étranger soit par licenciement (donc obligé de trouver un autre emploi), soit pour de meilleures conditions (financières et environnementales : motivation, responsabilité, aboutissement des projets...etc). Les entreprise se battent pour recruter les meilleurs ingénieurs afin d'obtenir les technologies les plus avancées.

Informations supplémentaires :
Le livre blanc de l'industire manufacturière (White Paper on Manufacturing Industries, Monodzukuri 2011) montre bien l'état de la fuite des technologies des entreprises japonaises.

Il est évident qu'avec la mondialisation, le risque de la fuite des technologies augmente, puisque les entreprises se développent de plus en plus à l'international. Dans le contexte actuel, la forte appréciation du Yen accentue ce phénomène de délocalisation de ses industries à l'étranger.

D'après ce livre blanc, 39.7% des entreprises qui se développent à l'international affirment avoir connu la fuite des technologies ou ne peuvent pas le confirmer mais le soupçonnent, contre 28.8% des entreprises qui ne se développent pas à l'international. Quand ces entreprises ont une implantation à l'étranger pour le coeur de compétence (core competence), le chiffre monte jusqu'à 44.5%. Cette tendance est similaire pour celles qui ont développé leur Recherche et Développement à l'étranger. Concernant les entreprises multinationales, 1 sur 2 ont connu la fuite des technologies...

Alors, comment se réalisent ces "fuites technologiques" ?
52.8% est par les employés locaux, ensuite 44.5% par la copie des produits vendus, 17.3% par les anciens employés japonais et 11.8% par les employés japonais, des chiffres non négligeables.

Pour les pays destinataires de ces fuites, le premier est la Chine (63.5%), suivi de la Corée du Sud (34%), Japon (30%), Etats-Unis et Europe (8%).


1. d'après une enquête "l'impact sur les industrie sous la condition actuelle de la forte appréciation du yen" faite par MITI (Ministry of International Trade et Industry)
2. par exemple, SONY 10000 personnes, Renesas Electronics 14000 personnes, OLYMPUS 2500 personnes, TEPCO(Tokyo Electric Power Company) 7400 personnes.

(source : NIKKEI BUSINESS 9 juillet 2012)