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jeudi 20 septembre 2012

Les Ecoles de formation internes : plus qu’un outil de knowledge management


Les écoles de formation internes, académies ou universités d’entreprise fleurissent en France, comme le montre par exemple l'article de Jean-Claude Lewandowski, "Le boom des universités d'entreprise", paru dans les Echos en mai 2011. Véritable prolongement de l’école elles prennent une ampleur de plus en plus importante dans les organisations et se révèlent être un véritable outil de transmission mais aussi de cohésion.

Les écoles internes présentent trois facettes distinctes :

1/ Pallier aux difficultés de recrutement
Les métiers dits « pénuriques » manquent de formations ciblées et concrètes, les RH des grandes entreprises créent alors des formations internes où les experts deviennent professeurs et les jeunes collaborateurs élèves. Les connaissances manuelles, les nouveaux métiers, les professions spécifiques à une entreprise se voient identifier, formaliser et ainsi pérenniser.
L’entreprise cible ses besoins en terme de profils et d’expertise et oriente sa stratégie de formation afin d’anticiper les difficultés de recrutement et les pénuries de profils. La transmission de savoir n'est qu'un moyen pour aider au recrutement.

2/ Professionnaliser les équipes
Contrairement aux idées reçues, on ne devient pas « savant » une fois que l’on intègre une entreprise. L’apprentissage se fait tout au long de sa carrière, le diplôme n’est plus synonyme de sagesse mais la porte d’entrée à d’autres enseignements, plus experts et ciblés. On apprend un métier à chaque changement de poste, à chaque arrivée dans une nouvelle organisation.
Par exemple, Kiabi
a mis en place des écoles internes autour des métiers du retail (management, coordination de vente, direction de magasins, acheteurs...) afin de donner à ses 7200 collaborateurs un savoir commun et fondé. Marianne Maton, directrice de l'Institut de « Formation et Développement » (IFD) de Kiabi explique : "Notre groupe est toujours dans une phase de développement important. Nous allons recruter 1 500 personnes en 2009, dont 350 cadres, ceci afin d’accompagner l'ouverture de 140 nouveaux magasins dans les trois ans. Nous avons donc beaucoup de personnel à former en même temps" (source : "Kiabi mise sur ses écoles internes de formation" par Yves Rivoal sur formaguide.com).

3/ Renforcer la culture d’entreprise et la fierté d’appartenance
Les écoles internes, lieu de passage et d’enseignement des collaborateurs sont un merveilleux vecteur de cohésion. C’est un lieu rêvé pour insuffler les valeurs, l’histoire et l’esprit d’une entreprise. Sephora a bien compris cela avec le lancement de la Sephora University dont la « vocation est de faire de chaque collaborateur un véritable ambassadeur de la marque » selon Sandrine Bécaud, Directrice de la Formation Europe (source "Des écoles internes pour apprendre la culture maison" par Christine Riste sur lsa-conso.fr). Le fait de donner un nom à l’école la différencie de l’organisation, la rend neutre et lieu d’apprentissage et de reconnaissance. Les collaborateurs ressentent l'investissement de l'entreprise en eux et sont ainsi réceptif aux messages véhiculés.

Ainsi, le management des connaissances à l’origine de la création des écoles internes se révèle être plus riche qu’il n’y paraît. En effet ces écoles internes vont plus loin que la simple transmission de savoir, elle garantit la compétitivité de l’organisation avec des collaborateurs formés et instruits et des pertes de connaissances limitées. Les experts retraités peuvent aussi devenir enseignants à temps partiel avec des contrats de "cumul emploi retraite". Mais c’est aussi un merveilleux moyen de rassembler  et de partager plus qu’un savoir métier mais une culture d’entreprise, une fierté d’appartenance et ainsi un bien être au travail.

Sources


  • Blog LSA "Des écoles internes pour apprendre la culture d'entreprise"
  • Article de Jean-Claude Lewandowski dans
  • les Echos (mai 2011) "Le boom des universités d'entreprise"
  • Blog d'Eric Blot Universités et académies d'entreprise
  • MQ

    Le compagnonnage, une tradition unique de transmission de savoir

    Le compagnonnage est la pratique de transfert de savoir et savoir-faire liés aux métiers de la pierre, du bois, du métal, du cuir et des textiles ainsi qu’aux métiers de bouche la plus reconnue.

    Pour comprendre le compagnonnage il faut remonter dans le temps. Même si son point d’origine, sa date de naissance reste inconnue on retrouve des corporations de forgerons sous les Pharaons mais aussi des collèges d’artisans de charpentiers dans la Rome antique. Paradoxalement cette pratique traditionnelle s’est vue malmenée par l’histoire : condamnée par la Sorbonne en 1655, malmenée par la période post-révolution, interdite sous l’occupation allemande, elle survit clandestinement dans les milieux ouvriers.

    Si le compagnonnage a su traverser les âges et affronter les résistances c’est que le concept va bien au delà du savoir pour englober une façon de vivre et d’être avec de vraies convictions humaines.

    Le compagnonnage se traduit par l’apprentissage d’un métier manuel ou plutôt son perfectionnement : un apprentissage pour l’excellence.  L’apprenti est guidé par un compagnon, ici pas de notion de maître ou de tuteur mais plus une collaboration et un partage. Au delà d’une technique d’enseignement ou d’un outil de transmission de savoir-faire le compagnonnage repose sur une véritable philosophie : il s’agit d’allier la manuel et la réflexion ; de perfectionner ses connaissances tout en apprenant un savoir être, humble et généreux. Le travail manuel revêt une dimension sacrée, dépositaire d’un secret le compagnon le révèle à l’apprenti par de nombreux rites.

    En plus de refuser le duo maître/ élève le compagnonnage refuse également la pédagogie prônant la théorie puis la mise en pratique. Au contraire la particularité de cette pédagogie est l’apprentissage « sur le tas » : l’aspirant se fond dans le métier, le sent et le vit, les représentations viendront ensuite. De plus, il est dans une position de perfectionnement et doit déjà être titulaire d’un diplôme (type CAP). Les critères de recrutement ne sont pas seulement la technique mais le mérite et l’envie. Les qualités techniques ne sont pas plus importantes que les qualités humaines. L’apprenti désirant devenir aspirant doit chercher la seule maîtrise du métier mais aussi vouloir la partager et la transmettre.

    L’apprenti réalise dans son initiation un Tour de France d’une durée moyenne de cinq ans afin de mieux comprendre les différents savoirs autour de son métier dans chaque atelier. Au delà du voyage c’est une initiation, une découverte du pays, des coutumes, des pratiques. Instruction et éveil de la conscience sont les mots clés de cette tradition initiatique.
    Finalement, c’est la production d’un « chef d’œuvre », évaluée par les compagnons qui validera l’apprenti et lui permettra à son tour de transmettre son savoir.

    Le tuteur, c’est-à-dire le compagnon est appelé à transmettre, il accompagne l’aspirant dans sa démarche, la transmission froide et descendante n’a pas de place dans cette pédagogie du partage qui prend la forme d’un chemin de vie.

    Le compagnon fini n’est pas celui qui n’a plus rien à apprendre mais celui qui a atteint une certaine maturité.  Le métier s’apprend toute une vie, et enseigner consiste moins à apprendre à autrui ce qu’on sait, qu’à le faire entrer dans la recherche qu’on a déjà commencé d’entreprendre. Le compagnon n’enseigne pas il accompagne. Le compagnonnage n’est pas un rassemblement de travailleurs mais une communauté.

    Le compagnonnage - inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco - apparaît comme la dernière communauté qui associe « la main à la pensée » c’est-à-dire une transmission à la fois de techniques professionnelles anciennes, et de valeurs humaines (solidarité, partage, questionnement existentiel...) via des rites d’initiation propres au métier. Ainsi la formation à l’excellence d’un métier est ici étroitement liée au développement individuel.

    Aujourd’hui ne pourrions-nous pas nous inspirer de cette pédagogie pour l’insuffler dans l’entreprise ? Et si le manager devenait compagnon, c’est-à-dire s’il arrêtait d’être un expert pour devenir « mature » ? S’il arrêtait d’être le supérieur pour devenir l’accompagnant ? Le manager et le collaborateur avancent ensemble sur un même chemin, ils travaillent pour la réalisation d’objectifs et se développent à travers leurs missions. Etant latent il devient nécessaire de le mettre en mot et l’incorporer dans la relation managériale, d’arrêter de dissocier le métier du développement personnel et de valoriser la patience et la relation égalitaire.

    En effet, pourquoi l’enseignement dans le compagnonnage se limiterait-il aux seuls métiers manuels et pratiques ? Nous pouvons imaginer un enseignement « sur le tas » même au sein d’une organisation, une mise en pratique directe, une immersion dans le métier dont les grandes lignes théoriques émergeront d’elles-mêmes. Ne pourrions-nous pas encourager les managers à changer leurs habitudes pour commencer par la pratique et en tirer la théorie ?

    L’héritage du compagnonnage ne devrait pas se limiter aux métiers manuels et influencer le milieu de l’entreprise autant par la relation du maître vers l’élève que par la pédagogie pratique, terrain et variée.

    Sources / en savoir plus :
    MQ

    lundi 25 juin 2012

    Management des Connaissances : lorsque l’entreprise se lie à l’école

    Dans un univers de plus en plus compétitif, la guerre des talents fait rage entre les entreprises, chacune voulant dénicher la perle rare, l’intégrer et la former. Garder l’avantage, innover toujours plus nécessite d’avoir dans ses équipes des "jeunes têtes bien faites", mais comment les trouver ?

    L’entreprise ne se contente plus de former les jeunes recrues via des méthodes de tutoring, d’écoles internes, de formations, elle rencontre les jeunes étudiants sur les bancs de l’école.
    Le 21e siècle est marqué par la rencontre entre les entreprises et les écoles/ universités de l’enseignement supérieur. Les écoles se présentent comme des ponts légitimes vers le monde du travail et les entreprises comme des relais via les périodes toujours plus longues de stage et d’alternance. Les deux parties avaient tout intérêt à travailler ensemble, l’une pour assurer l’employabilité de ses étudiants et l’autre comme méthode pertinente de sourcing et de communication employeur.

    Ainsi chacune gagne à ce partenariat qui peut prendre plusieurs formes : du forum de rencontre aux co-branding de Master en passant par les jurys de sélection.
    Chacun élabore sa stratégie et noue des relations choisies. Mêmes les universités s'investissent avec l'apparition d'intranets pour la diffusion d'offres et d'interlocuteurs dédiés à la "Relation Entreprise".

    L’exemple le plus connu est le partenariat crée en 1991 entre l’immense LVMH et l'école de commerce ESSEC afin de former les futurs managers de l’univers du luxe. Ce Msc propose un savant mélange de théorie, mises en situation et visites de sites… les étudiants profitent ainsi d’une vision « inside » et opérationnelle du secteur du luxe et de ses exigences.
    Cette démarche implique les managers de LVMH qui accueillent forment et partagent leur savoir avec les jeunes talents. Mais LVMH jouit surtout de l’immense privilège de sélectionner et former en amont ses futurs managers. Ce format de « co branding » est un engagement mutuel : l’école fournit une formation de qualité, débouchant sur des emplois et l’entreprise peut dénicher des nouveaux talents et les former avant de les intégrer tout en communiquant de façon positive et attractive sur sa "Marque Employeur". Ce n’est pas par hasard si LVMH apparaît aujourd’hui comme l’un des employeurs les plus attractifs pour les étudiants d’école de commerce et d’universités françaises.

    SKEMA est tout aussi innovant avec la création en juin 2010 d'une chaire "Microsoft" extrêmement riche, avec un pan "enseignement et recherche" dont la portée est essentiellement pédagogique, mais aussi un soutien technologique aux initiatives entrepreneuriales et enfin des opportunités de carrières.

    Il apparait clairement que ce type de "mariage" n'est possible que si l'entreprise et l'école partagent les mêmes valeur et une même stratégie de partenariat. Les RH ont compris la place primordiale de l’enseignement supérieur et l’utilité de se lier aux écoles afin d’anticiper des recrutements et de ne pas subir les flots de talents mais de les gérer. Nous pouvons aisément parler de Knowledge Management lorsqu’une entreprise invite ses experts à intervenir auprès des étudiants à partager leurs connaissances, les faisant ambassadeur et dénicheur de talents.

    L’apprentissage, douce alliance de théorique et de pratique occupe désormais les esprits des entreprises, pour le plus grand plaisir des étudiants.

    vendredi 30 mars 2012

    "Big Data" ou "Big Blabla" ?

    Les 20 et 21 mars s’est tenue pour la première fois à Paris une conférence sur le «Big Data», autrement dit ‘’larges volumes de données’’. Tous les grands prêtres de l’Information Technology étaient donc réunis à la Cité Universitaire Internationale de Paris-France: SAP, Microsoft, Oracle, HP, EMC, MicroStrategy, Syncsort, Pentaho, Amazon Web Services, Talend, SkySQL, Informatica, Teradata Aster, InterSystems.... avec pour ambition de ‘‘transformer le déluge de données en décision’’.

    Alors le « Big Data », une révolution informatique ?

    Commençons par le commencement : qu’est que le « Big Data » ?
    D’après McKinsey Global Institute, le « "Big Data » est un "ensemble de données dont la taille dépasse la capacité des outils ordinaires de gestion de base de données à enregistrer, stocker, administrer et analyser l'information." Du coup, la capacité des ordinateurs est désormais de l’ordre du Téraoctet (1 000 Gigaoctets), pour ne pas dire le Pétaoctet (1 000 Téraocotets).
    IBM s’est ainsi positionné sur le créneau de l’informatique dite ‘‘plus intelligente’’ avec le « Big Data » comme une de ses composantes.




    Source
    image
    IBM

    Des capacités informatiques énormes, mais pour quoi faire?

    La masse de données à traiter semble gigantesque quand on additionne aux sources traditionnelles les données brutes générées par les sites web, les appareils mobiles, les réseaux sociaux…
    Si l’on en croit MicroStrategy, société présente lors de la conférence, ‘‘jamais pouvoir exploiter de forts volumes de données n'a présenté un tel intérêt. Les entreprises accumulent des milliers de milliards d'octets de données concernant tous les aspects de leur activité. Or, ce Big Data est plus précieux que jamais, car il renferme des informations inestimables sur les clients et les marchés’’. Et de renchérir, ‘‘[...] les entreprises croulent sous les données, c'est une occasion unique de valoriser cette ressource qui se présente à elles. Celles qui sauront la saisir verront leur chiffre d'affaires exploser’’.

    Une problématique qu’il faut replacer au cœur de l’intelligence économique

    Reprenons en effet la définition de l’AFDIE (Association Française de Développement de l’Intelligence Economique) :
    ’’L’intelligence économique est l’ensemble des moyens qui, organisés en système de management de la connaissance, produit de l’information utile à la prise de décision dans une perspective de performance et de création de valeur pour toutes les parties prenantes.’’
    L’élément clé de la définition est inclus dans l’aspect ’’utile’’ de l’information.
    Certes, nous assistons à une surenchère du flot de données brutes, mais pour autant ‘‘[…] aborder la problématique de gestion stratégique de l’information (et non gestion de l’information stratégique) par l’angle de la sur-information revient à tourner en rond, puisque le taux de production de contenus sera toujours plus élevé que le taux d’absorption humain et d’assimilation des données’’. In Infobésité : arrêtez avec ce non sens de Aref JDEY.

    Le « Big Data » correspond à une course à l’armement informatique, mais reste un moyen et non pas une fin. Il faut effectivement s’assurer que ce « Big Data » participe efficacement au système de management de la connaissance composé des axes majeurs ‘‘Management’’ (Identification/Sélection/Exploitation) et ‘‘Connaissances’’, c'est-à-dire transformer les données brutes en connaissance ; activité où l’humain reste clé.


    Source Laurent Jean Marc in Wikipédia (Gestion des connaissances)

    Et, de conclure en reprenant l’aphorisme de Jean Bodin qu’ ‘‘il n’est de richesses que d’hommes’’, ici les analystes, les veilleurs, les consultants en Intelligence Economique... (in La gestion des métiers de l’Intelligence Economique en entreprise, IHEDN, juin 2007 (pdf)).

    Pour en savoir plus :