vendredi 24 décembre 2010

Conférence Intelligence Economique - MS IEMC SKEMA - INHESJ - janvier 2011

A l’occasion de la rentrée du Mastère spécialisé Intelligence Economique et Management des Connaissances de SKEMA Business School, SKEMA et l’Institut National des Hautes Etudes de Sécurité et de Justice (INHESJ) vous invitent à participer le vendredi 21 janvier 2011 à une journée consacrée au thème


« Intelligence économique, tendances et défis du futur »


L’événement se tiendra de 10h à 16h à l’Ecole Militaire à Paris.

Sous la forme d’exposés et de tables rondes, professionnels, intervenants et diplômés du MS IEMC tenteront d’aller au-delà du constat et d’identifier voire proposer des pistes pour le futur.

Le programme complet de cette journée sera prochainement disponible. Restez informés via notre Twitter, notre blog du pôle IE SKEMA ou le blog de nos étudiants. Les inscriptions seront ouvertes début janvier.

Liens utiles

mercredi 1 décembre 2010

La commission épingle Google pour abus de position dominante

La Commission européenne a lancé une enquête sur Google étant donné que trois moteurs de recherche ont déposé des plaintes formelles accusant l'entreprise d'avoir abusé de sa position dominante et fait disparaître les résultats de ces moteurs sur le moteur de recherche Google.

L'UE est tenu d'examiner si Google a volontairement modifié les résultats de recherche des sites de comparaison de prix Foundem (UK) et Ciao (détenue par Bing de Microsoft), et ejustice.fr du moteur de recherche français juridique.

L'investigation de l'UE enquêtera également sur la plate-forme publicitaire de Google, qui couvre les résultats de recherche de Google gratuits et parrainés et "un placement préférentiel présumé des services Google."

Voyons ce que cela signifie. La Commission européenne va examiner si Google "impose des obligations d'exclusivité à ses partenaires sur la publicité, les empêchant de placer certains types d'annonces concurrentes sur leurs sites Web, ainsi que sur les vendeurs d'ordinateurs et de logiciels, dans le but de fermer les outils de recherche concurrents." Plus précisément, si Google a abusé de sa position dominante sur le marché à la recherche en ligne en abaissant le classement des résultats de recherche de services concurrents. Savoir si Google a accordé un placement privilégié aux résultats de ses propres services de recherche, ce faisant, fermant la porte à des services concurrents, et réduit le niveau de qualité des liens sponsorisés des services concurrents de recherche verticale, le niveau de qualité étant l'un des facteurs qui détermine le prix payé à Google par les annonceurs.

Le fait important est que Ciao, Foundem et Ejustice.fr ont déposé une plainte antitrust contre Google. Ceci est différent de tout autre sonde de l'UE de Google sur la vie privée, notamment en relation avec les activités de Street View de Google.

La déclaration de Google est que l'entreprise va "travailler avec la Commission pour répondre à ses préoccupations."

La question est particulièrement sensible pour les fournisseurs européens de recherche car il y a souvent un sentiment partagé que Google estime que ses actions peuvent être discrètes et qu'il peut s'en tirer dans de petits marchés européens, loin des critiques des médias de la Silicon Valley.

Le point de vue de Foundem est que Google est en train "d'étouffer l'innovation" et "ne devrait pas être autorisé d'effectuer une discrimination positive en faveur de ses propres services".

En effet, il y a même une organisation professionnelle européenne l'ICOMP (Initiative pour un marché concurrentiel en ligne) dont leur conseilé juridique, David Wood, se félicite de l'enquête et la considère comme "approfondie et nécessaire pour déterminer le fonctionnement de la boîte noire de Google."

Maintenant, bien que l'UE puisse imposer une amende pouvant aller jusqu'à 10% du chiffre d'affaires pour abus de position dominante (celle de l'UE a pris 1,38 milliard de dollars d'Intel Corp l'an dernier) la probabilité que cette enquête soit sévère avec l'imposition d'une amende est assez peu probable, et même si cela se produisait, l'amende serait probablement limitée à ses marchés européens. Par exemple, en Septembre la Commission a clos une enquête sur Apple après avoir lancé les services transfrontaliers. Il montre que la Commission n'est pas, en pratique, réellement intransigeante.

Mais le fait que cette enquête ait été lancée et pointe sévèrement Google montre que Google doit rendre des comptes de ses actes et doit répondre aux accusations d'une manière officielle et légale.

Sources :
Hugo Amsellem

mardi 30 novembre 2010

La gouvernance mondiale : JECO 2010

La 3ème édition des Journées de l'Economie se sont déroulées les 9, 10 et 11 novembre 2010 à Lyon. Une conférence majeure avait pour thème "La gouvernance internationale", avec des invités prestigieux dont il était attendu des propositions d'action concrètes. Elle était organisée en partenariat avec l'OCDE dans le cadre des 50 ans de l'OCDE.

Christine Lagarde, Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, a ouvert la conférence sur l'impact des crises monétaires sur notre quotidien tant au point de vue personnel qu'à celui de nos entreprises. Elle a présenté les trois sujets de réflexion soumis par le Président de la République pour une meilleure stabilité internationale :
  • 1/ comment réformer l'actuel système monétaire international, avec quels acteurs.
  • 2/ comment améliorer le système de fixation des prix des matières premières (pétrole, gaz, produits agricoles, etc.) et des nouveaux marchés (quotas d'émission de CO2, etc.).
  • 3/ la gouvernance mondiale : problème de la légitimité, crédibilité du G20 remise en cause, etc. Créé suite à la crise de 1997, peut-on encore dire que le G20 sert la cause commune, les pays en développement ? Ne pourrait-on pas imaginer le G20 comme un point de rapprochement entre les grandes institutions (FMI, ONU, Banque mondiale, etc.), avec une meilleure représentativité de tous ?
Angel Gurria, Secrétaire général de l'OCDE, a succédé à son intervention. Selon lui, la crise que nous venons de passer est l'une des plus graves "de sa vie" : beaucoup de "choses mauvaises" restent, tels que une croissance médiocre, un taux de chômage supérieur à 10%, des déficits budgétaires historiques, des accumulations de dettes sans précédent dans le domaine de l'OCDE. "Il faut revoir notre modèle économique", il est nécessaire que l'ensemble des dirigeants politiques fassent preuve de coordination, cohérence et coopération pour mettre en œuvre des actions de croissance, de développement, de stabilité et de durabilité. Pour qu'un nouvel équilibre puisse se faire, il va falloir voir pus loin que la seule reprise, il est temps d'envisager des actions sur le long terme. M. Gurria pose la question de la suffisance du G20 face aux grandes problématiques mondiales (lutte contre la pauvreté, éducation, secrets bancaires et paradis fiscaux, protectionnisme, etc.). Le G20 a été créé pour la stabilisation, l'un de ses succès ayant été de rééquilibrer les systèmes bancaires. Aujourd'hui, l'équilibre international doit inclure, selon M. Gurria et dès la prochaine réunion du G20, les questions de l'éducation, de la concurrence, de la santé, de la croissance verte, de l'innovation, etc. Ce sont ces nouvelles thématiques qui feront tenir la croissance sur le long terme, et non plus l'équilibre de la seule monnaie. Il devient primordial que les politiques des différents pays réalisent un exercice de convergence de leurs actions pour toutes les problématiques internationales.

Puis est intervenu Michel Camdessus, gouverneur honoraire de la Banque de France, ancien Directeur général du Fonds Monétaire International. Soulevant la difficile question de la définition de la gouvernance, il a souhaité proposer un certain nombre d'"instruments" qui soutiendraient des actions communes efficaces pour l'organisation monétaire et financière mondiale. La question qu'il pose est la suivante : "Quel nouveau type de fonds mondial a-t-on besoin ?" ou comment adapter les institutions actuelles au monde actuel.
  • Le FMI devrait avoir un mandat élargi, et surveiller la sphère financière en plus de son rôle monétaire.
  • Il serait nécessaire d'avoir une discipline collective, une sorte de "surveillance" pour s'assurer que les règles du jeu sont respectées par tous. M. Camdessus met en garde contre deux pièges, que sont les inégalités de contraintes entre les pays qui utilisent le fonds et les autres, et le non-suivi des actions communes par le pays émetteur de la monnaie mondiale. Il préconise ainsi une surveillance par les pairs, car il est difficile de sanctionner, le regard des autres pays étant la sanction la plus efficace. A l'inverse, les "bons élèves", c'est-à-dire les pays appliquant le diagnostic et les prescriptions de la gouvernance mondiale, auraient droit aux financements nécessaires et à des conditions assouplies.
  • Devant la difficulté à évoluer vers un marché des changes fixe, il serait nécessaire de mettre au point un système mixte d'encadrement des monnaies (floatting / fixe), ainsi qu'un nouveau moyen d'orienter les marchés.
  • Le prêteur de dernier ressort devrait avoir des moyens. Ce devrait être quelqu'un pouvant émettre de la monnaie exceptionnellement et dans les proportions nécessaires à la situation. Le problème actuel est que le pays émetteur de la monnaie mondiale peut se libérer des problèmes de monnaie, mais peut également être à l'origine d'une inflation importante, impactant l'économie d'autres pays.
  • Un dispositif d'observation des liquidités mondiales devrait être mis en place pour éviter les sur-liquidités. La structure monétaire mondiale pouvant émettre ou éponger de la liquidité mondiale pourrait être le FMI si une adaptation de ses fonctions et de ses moyens d'action est faite.
C'est ainsi que M. Camdessus énonce quelques problèmes rencontrés par le FMI, qui devrait être résolus pour l'adapter à toutes ces propositions d'actions :
  • Il pose d'abord le problème de la représentativité au pouvoir du FMI : certains pays sont sur-représentés quand d'autres sont sous-représentés. Par parenthèse, au G20, 160 pays ne sont pas représentés et ne veulent pas qu'on décide à leur place: pourquoi ne pas envisager un regroupement des pays par circonscription, et chacun siègerait à tout de rôle au G20.
  • Le pouvoir du G20 ne repose sur rien, ses recommandations ne passent pas directement dans le droit positif. Il devrait être associé au FMI pour gagner sa légitimité.
  • Le FMI est perçu comme technocratique. Le dernier mot devrait être fait par les politiques (au pouvoir décisionnel directement) et non par le Comité de consultation comme cela se fait aujourd'hui.
  • Les banques centrales devraient être plus présentes au sein du FMI.
Enfin, François Bourguignon, ancien économiste en chef et premier vice-président de la Banque Mondiale, revient sur les missions de la Banque Mondiale. Sa mission première est de collecter auprès des bailleurs de fonds (pays riches) pour soutenir des économies pauvres dans des conditions favorables (taux zéro, premier paiement dans 10 ans, échelonnement sur 40 ans), quand ce prêt ne devient pas un don.
Aujourd'hui on observe un fort déficit dans les quantités allouées à l'aide au développement. Et l'aide allouée est de plus en plus souvent liée à des contrats (accords bilatéraux et non plus multilatéraux). L'efficacité de cette aide est donc moindre et cette situation de dérive handicape gravement la gestion de l'aide au développement.

Par ailleurs on peut également noter des problèmes de coordination entre les donateurs : l'OCDE gère le suivi et l'allocation des ressources à l'échelle mondiale, et sur le terrain, ce sont les agences bilatérales de développement qui sont en charge du suivi. Mais cette répartition des tâches n'est pas optimale et l'aide finale apportée n'est pas la meilleure possible. La distribution des projets pourrait être améliorée si la prise en charge des demandes était faite différemment.
Il est difficile de définir des "modèles" d'aides, car chaque demande est singulière et possède des caractéristiques et impacts qui sont propres au pays (politiques en place, accords nationaux, etc.). Beaucoup de choses sont impliquées dans chaque demande.

Finalement, il faudrait, selon M. Bourguignon, une forte volonté politique par le G20 pour une gouvernance mondiale efficace.

La vidéo de la conférence : http://www.touteconomie.org/index.php?arc=v29

Cynthia Coll

lundi 29 novembre 2010

Une approche du lobbying repensée chez Apple

Il semblait naturel que le président Obama aille rencontrer le PDG d'Apple Steve Jobs lors de sa visite du jeudi à la Silicon Valley. Après tout, Obama a eu des dizaines de réunions avec les chefs d'entreprise similaires au cours des deux dernières années et Steve Jobs gère une des entreprises de high-tech les plus précieuses du pays.

La durée d'une heure du rendez-vous à l'hôtel Westin à San Francisco a marqué une rupture importante. Contrairement à ses principaux rivaux dans la Silicon Valley, y compris Google (Eric Schmidt, directeur général), Steve Jobs manifeste peu d'intérêt dans les affaires de Washington - sauf lorsque les activités de régulation du gouvernement viennent perturber les activités d'Apple, notamment les brevets, le commerce et les taxes.

On ne sait pas qui a ouvert la séance. "C'est une réunion que le président était impatient d'avoir", a déclaré la Maison Blanche via Robert Gibbs. Apple n'a pas répondu à une demande de commentaire.

Mais il a été mis en évidence une tension croissante pour la société, une relique une fois oubliée qui a transformé l'industrie de la musique, l'édition, la téléphonie mobile et la télévision au cours des 10 dernières années avec des terminaux mobiles innovants et à succès. L'influence croissante d'Apple sur le marché et sa valeur en forte hausse, qui a atteint les 280 milliards de dollars, ont suscité un examen plus approfondi de la part des organes de régulation et des législateurs.

Les activités de lobbying à Washington d'Apple restent modestes et discrètes. Les analystes rappellent les risques pour l'entreprise de suivre les traces d'autres entreprises de haute technologie qui ont ignoré les pressions politiques jusqu'à avoir été frappés par des enquêtes antitrust et les plaintes de réglementation. Cette approche attentiste a été adoptée par Microsoft et Google, qui ont été questionnés par ministère de la Justice et la Federal Trade Commission afin de déterminer si ces entreprises n'ont pas été un frein à la libre concurrence, et si elles ne l'ont pas entravée.

Apple a récemment réglé les allégations faites par le Ministère de la Justice américaines supposant des accords avec d'autres entreprises pour tirer les salaires vers le bas. La Federal Trade Commission a également enquêté sur une plainte déposée par Adobe qui a vu sa technologie évincée d'Apple sur son AppStore notamment les applications Flash pour l'IPAD.

Apple est maintenant "au centre de certaines questions clés que la FCC et la FTC veulent résoudre", a déclaré Stifel Nicolaus.

Microsoft et Google ont depuis renforcé leurs activités de lobbying et ont embauché des dizaines de "Policy Minds" proches de la Federal Communications Commission. L'administration Obama a tendu la main à son tour, en cultivant des liens étroits avec de nombreux cadres de la haute technologie, y compris Eric Schmidt, qui agit à titre de conseiller économique.
En effet, lors de la visite d'Obama en Californie cette semaine, il a parlé à une collecte de fonds organisée par le Parti Démocrate.

En comparaison, Apple ne fait pas figure de proue lors des plus grands débats politiques et juridiques pour l'industrie high-tech, mais il permet au groupe Business Software Alliance du commerce de parler en son nom sur la vie privée et les questions de contrefaçon. La société est partie de la Chambre de commerce l'année dernière en signe de protestation face à l'opposition de la chambre à la législation sur un projet de loi sur le changement climatique.

Malgré sa place de numéro 2 des ventes de smartphone aux États-Unis, Apple n'était guère impliquée dans les débats à la FCC sur les règles de la neutralité du net et les contrats d'exclusivité-combiné répandus dans l'industrie du sans fil - comme celui que l'entreprise entretient avec AT&T pour commercialiser son iPhone .

Apple a quatre lobbyistes à Washington et son bureau est dirigé par Catherine Novelli, une ancienne représentante adjointe du commerce des États-Unis. La société a dépensé 340.000 $ sur le dernier trimestre sur des lois qui portent sur la réforme des brevets, l'élimination des déchets électroniques et comment les entreprises peuvent recueillir des données de localisation sur les utilisateurs de téléphones portables. En revanche, Google a dépensé quatre fois ce montant au troisième trimestre, Microsoft a dépensé environ cinq fois plus.

Maintenant, avec Apple assis sur 51 milliards de dollars en liquidités qu'il veut mettre en action par des acquisitions et une défense acharnée de son contrôle sur les applications logicielles et Internet sur la boutique iTunes, les observateurs disent que la société devra faire face à encore plus de contrôles.

"Un des avantages qu'Apple a connu en matière de contrôle antitrust, c'est qu'il est resté un petit joueur, mais efficace, et rentable sur le marché", a déclaré Andy Gavil, professeur de droit de la concurrence à l'université Howard. "Il a reçu plus d'attention récemment en raison de la popularité de l'iTunes Store et l'iPhone."

Sources :
Hugo Amsellem

jeudi 25 novembre 2010

Partenariat entre le MS Intelligence Economique SKEMA et l'INHESJ

Le mastère spécialisé IEMC (Intelligence Economique et Management des Connaissances) de SKEMA Business School est désormais dispensé en partenariat avec l’Institut National des Hautes Etudes de Sécurité et de Justice, INHESJ, établissement public national à caractère administratif placé sous la tutelle du Premier ministre.

SKEMA Business School et l’INHESJ unissent ainsi leurs complémentarités pour proposer un programme complet, couvrant dans une optique professionnelle tous les champs de l’intelligence économique, veille et outils de veille, anticipation, gestion des risques et influence. Les dynamiques et les savoir-faire des stratégies d'influence et du management des connaissances sont spécifiquement et particulièrement approfondis, donnant ainsi une spécialisation avancée très appréciée des entreprises. Le programme est établi en commun et l’INHESJ met en particulier au service de ce mastère sa compétence reconnue en matière de sécurité économique.

La scolarité est sanctionnée par le diplôme de SKEMA Business School et par un certificat de l’INHESJ.

lundi 22 novembre 2010

Innover en Chine

Le 21 octobre 2010 s'est tenue à la Chambre de Commerce et de l'Industrie de Lyon une conférence sur la protection des innovations en Asie. Ce compte-rendu reprend plus précisément l'intervention de M. Alain COLOMBET du cabinet de conseil en Propriété intellectuelle Lavoix sur les dépôts de brevets par des entreprises françaises en Chine.

La Chine se positionne fortement sur le marché des brevets aujourd'hui, elle souhaite faire évoluer son image d'"imitatrice" et mettre en avant ses innovations. Pour y parvenir, le gouvernement chinois a renforcé depuis quelques années sa politique sur les droits de propriété intellectuelle (PI), politique appuyée par la parution d'un livre blanc le 21 avril 2005 et intitulé "Nouveaux progrès dans la protection des DPI par la Chine". L'objectif du gouvernement est sans équivoque : la Chine sera "première de la classe" d'ici 2020 dans "l'application des standards internationaux d'obtention, de protection, d'exploitation et d'exercice des titres et droits de PI sur le territoire chinois."* Pour se faire, il lui faudra mener un certain nombre d'actions, dont "l'amélioration de la qualité et la quantité des titres de PI chinois", la "lutte contre le piratage et la contrefaçon" ainsi que des actions de sensibilisation et de formation à la PI pour une meilleure connaissance et utilisation des droits de PI par les entreprises locales et la population.

Pour accompagner ces actions, la législation chinoise évolue : le 1er février 2010 une nouvelle loi sur les brevets est entrée en vigueur, impactant les modalités de dépôt des brevets étrangers en Chine. Avant octobre 2009, un usage antérieur hors de Chine ne pouvait s’opposer à un brevet déposé en Chine ultérieurement. Depuis, la nouveauté absolue prime, preuve à l'appui.

Les règles de brevetabilité en Chine tendent à s'aligner sur les règles internationales, mais quelques particularités chinoises persistent. Ainsi, l’analyse de la suffisance de description de l’invention dans la demande de brevet n'est pas identique en Chine et dans les pays occidentaux : une innovation pourra être protégée aux USA ou en Europe de manière large (non limitée aux exemples de réalisation), alors que le brevet chinois a vocation à protéger de manière étroite le produit exemplifié. Il en résulte que, le brevet chinois devant clairement expliciter chaque produit et leur utilité, la quantité de brevets déposés en Chine est largement supérieure à celle des autres pays qui protègent une "famille" de produits. Il est également demandé dès le dépôt d'un brevet chinois d'apporter des résultats concrets, les modes de réalisation, des données expérimentales (l’examinateur de l’office chinois des brevets refusant la présentation des preuves que l’invention fonctionne hormis celles présentes dans le texte de la demande de brevet), ce qui n'est pas la pratique aux USA ou en Europe (dès qu'une innovation est pressentie, un brevet peut être déposé et sera modifié quand des données seront disponibles). Il est donc nécessaire pour les entreprises françaises d'être très prudentes dans le descriptif de leurs innovations dans les brevets chinois, car seul ce qui est décrit et exemplifié est protégeable. Les revendications doivent être très proches des exemples.

Une invention faite en Chine devra suivre la règle de dépôt suivante : le premier dépôt doit être fait en Chine ou "à l'étranger sous réserve d'autorisation du SIPO (Office chinois de la propriété intellectuelle) avec un délai de 4 mois"*. Le dépôt en Chine peut être fait sous la forme d’une demande chinoise en chinois, ou d’une demande PCT en anglais (Patent Cooperation Treaty) auprès du SIPO.

Pour une invention réalisée partiellement en Chine et en France, il est nécessaire de faire un 1er dépôt en Chine. Dans le cas d'une co-invention avec contrat entre les deux parties, seul le contrat établi permet d'établir le propriétaire de l'invention. Sans contrat, l'invention est propriété des deux parties. Dans le cas d'une "invention de commande"*, sans contrat désignant le propriétaire de l'innovation, le brevet appartient à l'entreprise ayant réalisé l'invention et non le commanditaire qui en a alors qu'un droit d'exploitation. En pratique, si un contrat de prestation est fait avec une entreprise chinoise, il est important de prévoir dans le contrat de partenariat une clause définissant la propriété d'éventuelles inventions. En l'absence de contrat, l'exploitation et le dépôt de l'invention est libre pour chacune des parties.
En termes de statistiques, la nouvelle politique chinoise sur les brevets a conduit à une explosion du nombre de dépôts de brevets chinois en Chine, entre 1997 et 2009 (12 672 brevets versus 229 096).. Concernant les brevets étrangers déposés au SIPO, leur nombre a également augmenté (12 102 en 1997, équivalent au nombre de dépôts de brevets chinois, versus 85 477 en 2009, chiffre faible comparé aux dépôts chinois). Le marché chinois est très difficile d'accès comme on peut le voir, avec en 2009, plus de 85 000 brevets étrangers déposés contre 230 000 brevets locaux. De même, autant de brevets locaux que étrangers sont délivrés par le SIPO (c’est-à-dire autant pour la Chine que pour le reste du monde !).
En ce qui concerne l'application des droits de propriété intellectuelle en Chine, le nombre de procès a aussi explosé entre 2001 et 2008, principalement entre Chinois. Peu de procès ont cours entre Chinois et étrangers, souvent intentés par des entreprises chinoises d'ailleurs. Parmi les procès entre Chinois et étrangers en 2007-2008, 71% des verdicts étaient en faveur des brevetés étrangers. Il est donc possible de gagner des procès en Chine.

En conclusion, il est indispensable de bien connaître la culture chinoise pour une bonne négociation, et de s'appuyer sur des médiateurs locaux maîtrisant les usages et la langue chinoise. Les contrats doivent être précis et détaillés. Il est important de noter qu'un accord oral peut être considéré comme une évolution du contrat écrit.

Avant tout accord, il est nécessaire de bien connaître l'environnement de l'entreprise sur le territoire chinois : surveillance des brevets concurrents, des partenaires éventuels, de la législation chinoise.

Cynthia Coll


Je remercie M. Colombet pour l'aide apportée à la rédaction de cet article.

* Citations de M. Alain COLOMBET

Pour aller plus loin :
OMPI : http://www.wipo.int