dimanche 25 octobre 2009

Format numérique des livres et des journaux, nouvelle donne en matière d'information et modèle économique

L'e-book désigne un "livre" dématérialisé au format propriétaire ou non. L'actualité récente montre le fort développement d'activités commerciales autour de ce concept avec par exemple le lancement du "lecteur" d'AMAZON "Kindle" en Europe (19 octobre 2009), ou bien "l'e-reader" de SONY et l'annonce de la commercialisation du "Nook" par BARNES & NOBLE aux USA (21 octobre). Le rapport sur l'édition numérique de Bernard PROST (2007) "L'éditeur des années 2010" a mis en évidence les facteurs qui permettent actuellement l'expansion de l'information numérisée :
  • Extension rapide du haut-débit
  • Développement du sans-fil
  • Apparition d'écrans de plus en plus confortables
  • Multiplication et sophistication des appareils nomades (téléphones portables, lecteurs numériques dédiés, ...)
Le livre papier en tant que support traditionnel est donc sérieusement concurrencé par les livres en version numérique. Le mouvement devrait s'accentuer avec le développement des systèmes "e-books" d'AMAZON, SONY, BARNES&NOBLE et les projets d'APPLE. Le principe est simple au-delà de la vente d'un produit (le lecteur proprement dit) c'est la fourniture d'informations numérisées qui est le "coeur du business" avec notamment les "e-books". L'objectif affiché est de permettre le téléchargement d'un ouvrage numérique en un minimum de temps sur le lecteur par connexion sans fil à une base de données payante. Par exemple AMAZON assure pour le Kindle près de 200 000 livres en téléchargement au prix moyen de 10 $. Les applications de ce concept sont multiples et concernent notamment les manuels scolaires et universitaires. Il convient de noter l'aspect "durable" du système qui n'a, bien sur, pas recours au support papier et dont les lecteurs sont conçus en tenant compte de la législation en vigueur concernant le recyclage des composants électroniques. L'enjeu est de aussi de mettre en place un nouveau modèle économique dans le domaine de l'édition, avec à la clef une réduction d'environ 30 % du prix du produit par rapport aux éditions papiers. Actuellement le "numérique" ne représente à peine que 1 % du chiffre global de l'édition en France. Parallèlement à cela la numérisation des livres tombés dans le domaine public se poursuit avec rapidité. Elle a commencé avec le projet GUTEMBERG initié en juillet 1971 par Michael HART. En 38 ans on est passé de quelques dizaines de livres numérisés au "cyber-espace et à la société de l'information", ainsi que le décrit Marie LEBERT, de l'université de TORONTO dans "une courte histoire de l'e-book"(copyright 2009 Marie LEBERT). La numérisation d'ouvrages par GOOGLE s'inscrit dans ce mouvement, l'action concerne d'une part les livres tombés dans le domaine public (accord avec différentes bibliothèques publiques en France par exemple). D'autre part GOOGLE essaie de faire valider un projet d'accord avec des syndicats d'auteurs et d'éditeurs américains qui se heurte à de multiples oppositions, ayant pour objectif la mise en ligne d'ouvrages soumis à des droits d'auteur avec une répartition des bénéfices prévue de la façon suivante :
  • 63 % à l'auteur et l'éditeur
  • 37 % à GOOGLE
Différents lecteurs existent aussi comme le "Cybook" (du fabricant français BOOKEN) ou "l'Illiad" (du néerlandais iREX). Le principe ne concerne de plus pas que les livres numériques mais aussi la presse avec l'annonce du Kindle-DX au format adapté à la presse. D'ores et déjà plus de 85 journaux et magazines étant disponibles en abonnement ou à l'unité pour le Kindle.

Le développement de l'information numérique et de ces nouveaux supports pose de nombreuses questions juridiques et techniques :
  • Papier électronique imitant l'apparence du "vrai" papier
  • Encre électronique réagissant aux impulsions électriques (écrans ne consommant pas d'énergie une fois la page affichée)
  • Respect des droits d'auteur
  • D.R.M. (Digital Rights Management), systèmes protégeant la copie numérique
GOOGLE vient ainsi d'annoncer le rachat (en septembre) de reCAPTCHA, société spécialisée dans le domaine des "Completely Automated Public Turing test to tell Computers and Humans Apart" à la fois pour des raisons de sécurisation de l'accès à certaines pages et d'autre part afin de bénéficier du savoir-faire de la société en matière de reconnaissance optique afin de "scanner" sur une plus grande échelle des livres.

En ce qui concerne l'aspect politique, le ministre de l'éducation nationale Xavier DARCOS a lancé un programme afin d'expérimenter les dernières technologies de numérisation de façon à permettre le développement de nouveaux supports pédagogiques plus légers, actualisés et interactifs. Un séminaire "manuels numériques" s'étant déroulé à Strasbourg les 23 et 24 octobre. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, secrétaire d'état chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique auprès du Premier Ministre est concernée plus particulièrement par le dossier et inscrit son action dans le cadre du plan "numérique 2012" lancé en octobre 2008 par Eric BESSON. Au niveau européen différentes actions sont en cours concernant la numérisation du patrimoine culturel le développement du multimédia (plusieurs organisations internationales comme l'UNESCO étant déjà impliquées dans le mouvement).

Le nombre de contenus numériques (livres, journaux, ...) va donc continuer à croître de façon exponentielle (suivant ce qui s'est produit depuis des années déjà). Cependant la question demeure de savoir quel sera le support technique qui s'imposera pour utiliser efficacement ces ressources d'informations multiples. Les e-books (pris dans le sens du support technique permettant le chargement et la lecture d'un document numérisé) s'imposeront-ils? Des téléphones portables ou des P.D.A. encore améliorés rendront-ils le même service ? Ou bien, in fine les micro-portables seront-ils plus performants et polyvalents ? Quelque soit le support technique qui s'imposera, la question des moteurs de recherche et de la classification d'un pareil nombre de données connaîtra des évolutions technologiques majeures. Les cinq ans qui viennent seront donc marqués par la diffusion très rapide et très large des contenus numériques auprès du grand-public, ce qui changera la façon d'apprendre, de travailler, et d'échanger les idées dans l'ensemble de la planète. Cela aura des conséquences importantes sur la capacité d'innovation des gens mais aussi de façon importante sur l'organisation et le fonctionnement économique de nombreuses activités (édition, journalisme, information, ...).

Florent Mattei

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