lundi 11 avril 2011

Réseaux sociaux réels & Réseaux sociaux en ligne (1/2)

L’étude des réseaux sociaux est un champ théorique de la sociologie dont les débuts remontent aux années 1960 avec notamment la mise en évidence du phénomène du petit monde par le psychologue Stanley Milgram.

Cette dernière décennie, ce domaine a pris un essor considérable avec l’avènement des NTIC, du web 2.0 (ou web social) et comment ceux ci ont bouleversé la manière de gérer nos relations avec les autres en se couplant aux réseaux sociaux réels préexistants.

Face à cette augmentation des interactions en ligne entre personnes, il devient nécessaire et opportun de comprendre les principes sociologiques fondamentaux sous-jacents, au delà de la technologie elle même qui évolue constamment.

Ces modes de connections et les nouveaux usages qui en découlent ne cadrent ainsi pas tout à fait avec les modèles théoriques actuels et leurs impacts sur la société sont actuellement l’objet d’exploration par les sciences sociales et cognitives.


Les réseaux sociaux ne datent pas d’hier et font même partie intrinsèque de nos façons de fonctionner. Ils répondent notamment à 2 besoins supérieurs, identifiés par le psychologue Abraham Maslow : le besoin d’appartenance et le besoin de reconnaissance.

Le premier se traduit par la recherche de communication, d’expression et d’intégration dans un groupe. Il s’agit notamment de se sentir accepté et, conséquence logique, de ne pas se sentir seul ou exclu.

Le second se traduit par la recherche d’un statut, d’une estime de soi et de l’obtention du respect des autres. Il s’agit notamment de se valoriser et d’être reconnu au travers d’une activité (tant de travail que de loisir).

Un individu va ainsi avoir différents groupes indépendants de relations (très difficiles à mélanger) formés au cours des étapes de sa vie ou bien après une expérience commune partagée ou encore grâce à un hobby (typiquement de 4 à 6 et jusqu’à une dizaine).

Cependant, force est de constater que la plupart des sites de web social n’intègre pas correctement cette réalité en ne proposant des interactions qu’avec une seule et même liste d’ « amis » indifférenciée au lieu d’une audience choisie.

Cette notion d’ « ami » est d’ailleurs elle même biaisée. En effet, 85% des groupes dont fait parti un individu ne contient pas le mot « ami » dans sa désignation. En outre, plus de la moitié de ces groupes sont identifiés de manière unique.

Face à une telle diversité, il devient clair que le terme « ami » soit insuffisant à décrire ses propres groupes et/ou amis : différents types de relations, ou liens sociaux, rentrent ainsi en ligne de compte pour pouvoir faire la nuance.

Le lien social permet de transformer un simple groupe d’individus en une véritable communauté en fonction de sa force. Pour le sociologue Mark Granovetter, il s’agit d’une combinaison de la quantité de temps, de l’intensité émotionnelle, de la confiance mutuelle et des services réciproques qui y sont investis.

Les liens dits forts concernent donc ceux que nous avons avec les gens qui nous sont le plus proches, auxquelles nous tenons le plus (famille, meilleurs amis, voire certains collègues de travail) et avec qui nous interagissons le plus fréquemment : cela représente typiquement une dizaine de personnes.

Les liens dits faibles concernent plutôt ceux que nous avons avec des connaissances, des personnes rencontrées récemment, des amis d’amis : des personnes avec lesquelles nous interagissons moins fréquemment. Cognitivement, nous ne sommes capable de maintenir qu’un nombre limité de ces liens, à savoir environ 150 (Nombre de Dunbar).

Alors que les liens forts peuvent conduire avec le temps à l’émergence d’une pensée groupale au sein d’un même groupe, les liens faibles permettent quand à eux de se relier à une plus grande variété d’informations, d’idées et de façons de penser.

Face à ces différents réseaux de liens (et les trous structuraux qui en découlent), nous tendons ainsi à mettre en place une gestion stratégique et rationnelle de nos relations de manière à optimiser l’efficacité des liens forts et la diversité des liens faibles (Effilience).

Un apport majeur des réseaux sociaux en ligne est donc de faciliter considérablement les reconnections avec nos liens faibles, moins évidentes à l’époque du téléphone et de l’e-mail. En effet dans le monde d’internet la proximité géographique n’est plus de rigueur : seule reste la proximité sociale.

Ils ont également conduit à l’apparition d’un nouveau type de lien, supplémentaire aux précédents liens forts et faibles : les liens temporaires, dont l’importance va grandissante dans le web social.

Il s’agit de relations avec des personnes non connues, si ce n’est au travers de la conversation que l’on a avec elles ou par leur profil en ligne, et avec qui nous avons des interactions qui ont moins de chances de conduire à en avoir de nouvelles.

En effet, un échange unique en ligne avec quelqu’un critiquant un produit, répondant à une question sur un forum ou encore commentant une de vos productions est devenu de nos jours quelque chose de très commun...

Consulter la partie 2.

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