lundi 1 octobre 2012

Quand l'lntelligence (Economique) devient collective

Les outils de la Prospective Stratégique au service de l'Intelligence Economique 

L'information représente l'énergie ou encore le carburant nécessaire à la mise en marche de la machine/activité Intelligence Economique, activité dépeinte au travers du cycle de renseignement.



Selon François-Bernard Huyghe, "ce « cycle » se divise en phases – quel que soit le nom qu’on leur donne – allant de la recherche à l’emploi de l’information pour la décision stratégique. Le processus commence donc par la définition des priorités de recherche. Il se poursuit par l’enchaînement des opérations au cours desquelles un acteur (le plus souvent un service étatique) oriente ses recherches, recueille les données, les analyse et les transmet aux responsables concernés pour les aider à prendre la bonne décision".  (Source huyghe.fr)
La problématique est liée au recueil des données. En effet, cette tâche est le plus souvent celle de l'analyste en Intelligence Economique ou du veilleur. Il s'agit pour lui de trouver les sources adéquates en rapport avec le problème posé et d'acquérir les informations afin de lancer la phase d'analyse.
En d'autres termes, cette étape correspond à "la collecte méthodique des informations qui commence d'abord par la recherche des sources pertinentes, documentaires, humaines ou techniques". (Source Wikipedia)
Le point qui nous intéresse ici est lié à la notion de sources humaines.  En effet, plus loin dans la définition nous trouvons "Le renseignement humain est un renseignement dont la source d'information est une personne humaine. Par extension, le renseignement humain désigne toutes les activités et méthodes de collecte (entretien, interrogatoire, enquête...) et d'analyse associées. Dans l'esprit du grand public, c'est l'activité la plus souvent associée au terme espionnage" (ibid.).
Cette définition est très restrictive et en effet mène à cette confusion avec l'espionnage qui gangrène la compréhension du concept d'Intelligence Economique. Mais mon propos n'est pas relatif à ce dernier aspect, il l'est plutôt à son aspect restrictif. En effet, la problématique est de recueillir de l'information. Lorsque nous sommes en phase prospective, le plus souvent, l'information n'est pas disponible et le futur est incertain, pouvant donner lieu à de multiples possibles. Dans ce contexte le recueil de l'information devra être fait de manière différente. Nous devons sortir des méthodes de veille classiques pour rentrer dans le champ des méthodes de prospective.

Les méthodes de prospective: un complément voire un pan à part entière des méthodes de recueil d'informations


Si l'on convient que l'Intelligence Economique est une méthode (cf. précédent billet blog, L'intelligence Economique: un nouveau discours de la méthode), alors celle de l'analyse structurelle devrait être intégrée à la boîte à outils de l'Intelligence Economique.
Mais qu'est-ce donc et pourquoi la considérer comme utile dans une démarche d'I.E.?
En fait "L'analyse structurelle est un outil de structuration d'une réflexion collective. Elle offre la possibilité de décrire un système à l'aide d'une matrice mettant en relation tous les éléments constitutifs de ce système. Partant de cette description, cette méthode a pour objet, de faire apparaître les principales variables influentes et dépendantes et par là les variables essentielles à l'évolution du système".  (Source Site La prospective : "Pour penser et agir autrement", Michel Godet).
De cette définition, il faut retenir notamment l'aspect participatif. En effet, en I.E. le recueil de l'information n'est pas toujours aisé soit que la problématique est confidentielle, sans possibilité de trouver de l'information à partir des différentes sources, soit que l'on cherche à circonscrire un phénomène qui fait intervenir un nombre important de variables interdépendantes. Il faut donc actionner l'intelligence collective. Au sein d'une entreprise, la collecte de l'information est réalisée via la réunion des experts internes (parfois avec un renfort externe pour l'animation du groupe) sur le domaine considéré. Comme dirait Philippe Scotto intervenant au sein du Mastère spécialisé SKEMA : Intelligence Economique et Management des Connaissances en Prospective Stratégique, l'analyse structurelle est une valse à 3 temps :
Phase 1 : Recensement et définition des variables
Phase 2 : Description des relations entre les variables
Phase 3 : Identification des variables clés

Pour concrétiser quelque peu, voici une illustration à partir d'un travail de groupe sur le thème du leadership effectué dans le cadre du cours de Philippe Scotto.

Phase 1 : Recensement et définition des variables (extrait de 10 définitions sur 23)


Phase 2 : Matrice d'influence intervariables (1 = influence)
Phase 3 : Identification des variables clés
Les enseignements de cet exercice : Le président Eisenhower définissait le leadership comme suit : « Il s’agit de faire faire aux gens quelque chose, non pas parce qu'on leur dit de le faire mais parce qu'ils ont instinctivement envie de le faire pour vous». Ainsi les variables clés pour susciter ce côté instinctif de l’exécution sont, dans notre système, la vision, l’exemplarité et l’enthousiasme, supportés par l’énergie, le dynamisme, la compétence, le charisme et une stratégie en tête. Avoir de facto des aptitudes à mener crée le leadership et cette qualité est-elle-même entretenue/renforcée par la pratique du leadership. De leur côté, la communication, l’entrainement, le management, l’autorité, la direction et l’équipe sont des résultantes du leadership. Par exemple, l’équipe acquiert sa cohérence, se fédère du fait notamment d’une vision qui est transmise.

En définitive, l'analyse structurelle est très puissante et s'inscrit dans l'étape 1 du cycle du renseignement Recherche et Collecte de l'information. D'aucuns diront que sa faiblesse est la subjectivité des parties prenantes formant le groupe (dans le choix des variables, leur définition, leurs relations d'influence). Il faut certes de la rigueur dans la composition du groupe et dans son animation. Une fois ceci assuré, la subjectivité n'est plus un défaut, elle est une force, car c'est un résultat de groupe qui permet de générer de la connaissance et in fine d'agir sur son environnement. N'est-ce pas le fondement de l'Intelligence Economique?

Pour en savoir plus :
Michel Godet : Identifier les variables clés : L'analyse structurelle (Pdf),
Michel Godet - Philippe Durance : La prospective stratégique pour les entreprises et les territoires

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