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lundi 1 octobre 2012

Intelligence Economique : une marque?

Intelligence Stratégique, Intelligence des Risques, Competitive Intelligence, Business Intelligence... : un foisonnement des appellations 

L'Intelligence Economique connaît un foisonnement des appellations à la fois dans l'Hexagone et outre-Atlantique. Du coup, ceci peut jeter un trouble sur la compréhension même du concept.
Bernard Carayon dans la partie Avertissements du rapport « Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale » paru en 2003 (Pdf) a voulu trancher le débat : « L’intelligence économique a fait l’objet de multiples définitions d’experts. Plusieurs personnalités auditionnées ont souligné la confusion – entretenue par la double acceptation du mot intelligence entre intelligence économique et espionnage et suggéré de changer d’appellation. "L’intelligence économique" reste cependant une "marque" sur laquelle tout le monde s’entend, faute d’un autre choix crédible ».
Pour autant le débat est-il vraiment tranché? Les amalgames et les confusions qui ont été faits l'année dernière au moment de l'"affaire Renault", semblent montrer que non.
Alors comme nous y invite Frédéric Martinet,  « il y a fort à faire en intelligence économique, en veille stratégique. Qu’avant de nous soucier de l’espionnage économique nous devrions nous soucier de ces pays qui aujourd’hui viennent nous mettre en difficulté sur notre compétitivité produit, sur nos innovations.
Le repli sur soi même, la stigmatisation de l’ "autre" à travers la mise en exergue de quelques cas marginaux d’espionnage ou de pillage économique, qui existent par ailleurs depuis que l’économie existe, ne devrait pas nous faire ignorer tout le chemin qu’il y a à faire dans la surveillance et la compréhension de son environnement économique et de ses concurrents ». (Quand l'Intelligence Economique brasse du vent, site Actulligence).

Moult signifiants pour un même signifié?

L'Intelligence Economique est-elle toujours une "marque", un marqueur? Dans ce cas, le concept d'IE renverrait donc à  une palette de disciplines. Et, la variété des appellations, telles que Intelligence Stratégique, Intelligence des Risques, Competitive Intelligence ou encore Business Intelligence, ne répondrait qu'à ce souci de spécifier le champ de l'Intelligence Economique qui est couvert; des composantes d'un tout qu'est l'Intelligence Economique. Pour faire un parallèle au travaux de Ferdinand de Saussure en linguistique, l'IE serait le concept, le signifié et les différentes appellations en représenteraient ses signifiants, ses images acoustiques.
Signifiant et signifié, d'après un schéma de F. de Saussure

L'IE conserverait donc ce statut de "marque" fédératrice.

Tiré de "Introduction à l'Intelligence Economique et à la protection du patrimoine informationnel"
Ecole Européenne de l'Intelligence Economique (Pdf)

Ou moult signifiés?

Pour autant, force est de constater, à l'instar de François-Bernard Huyghe, qu'« entre le pôle de la théorie pure et celle des recettes sécuritaires, la géoéconomie et les pratiques quotidiennes, les méchants espions et les gentils managers, le sulfureux et le trivial, l’offensif et le défensif, le mondial et le local, la cognition et la persuasion, on s’y perd un peu ».  Ne serions-nous pas en présence de multiples concepts couvrant un spectre plus large que celui de l'IE?
Ainsi, l'Intelligence Stratégique ferait donc référence à « l’Intelligence capable de créer une synergie entre trois activités qui permettent aux organisations d’être innovantes, plus compétitives et d’assurer leur pérennité par :
1. la surveillance de son environnement externe (Intelligence Economique),
2. la surveillance des changements internes qu’elles doivent opérer (Knowledge Management),
3. la mise en [place] des stratégies adéquates afin de prétendre à des décisions pertinentes au temps opportun (en usant des outils de Business Intelligence) ».
De son côté, l'Intelligence des Risques est « un concept innovant de management des risques par l’intelligence économique. [...] Elle scrute et anticipe les évolutions en cours à travers la veille sécuritaire globale ; voit poindre d’autres réglementations et normes anglo-saxonnes qui dessinent les contours de la sécurité future, aux plans financier et comptable, informatique, de gestion de la santé et de la sécurité au travail, de sécurité de l’information » (Bernard Besson & Jean-Claude Possin, De l'intelligence des risques à la mission de protection, tome 1).
Outre-Atlantique la  « Competitive Intelligence is knowledge and foreknowledge about the entire business environment that results in action »  (Seena Sharp, Competitive Intelligence Advantage).
Ou encore la Business Intelligence « également "intelligence d'affaires" ou "informatique décisionnelle", englobe les solutions informatiques apportant une aide à la décision avec, en bout de chaîne, rapports et tableaux de bord de suivi à la fois analytiques et prospectifs. Le but est de consolider les informations disponibles au sein des bases de données de l'entreprise ».

En définitive, il est manifeste que l'on s'y perd un peu, d'autant plus que le vocable "intelligence" est associé à différents substantifs (risques, stratégie, concurrence, business...). Du coup, peut-on encore affirmer que l'Intelligence Economique reste LA marque sur laquelle tout le monde s'entende? Certainement trouver un nom plus fédérateur (au sens de fédération des différentes disciplines couvertes) n'est pas une fin en soi, mais serait un moyen de re-clarifier le concept. Un concept qui renvoie à un processus, une gestion du cycle de l'Information : un management. Un concept qui a une finalité : s'inscrire dans le processus de construction de la stratégie d'une entreprise ou d'une organisation, de même que dans le processus de suivi de cette stratégie (sous l'angle de mise en lumière de risques).  Alors pourquoi pas une appellation telle Management des Risques Stratégiques ou Management de l'Information Stratégique. Mais finalement tout ceci n'a-t-il pas déjà été dit par Alice Guilhon, lorsqu'elle définit l'Intelligence Economique comme "le processus de maîtrise de l’information stratégique ayant pour finalité la réduction des risques" (Source Alice Guilhon/Groupe de travail du HRIE).

jeudi 31 mars 2011

De l'Open Space à l'Open Source Intelligence

Le concept d'Open Space Management (OSM) fait son apparition en Allemagne dans les années 1950. Son modèle se base sur le système organisationnel des rédactions de presse. Il sera théorisé aux Etats-Unis par Harrison Owen au milieu des années 1980 et connaîtra une expansion rapide et soutenue. On estime aujourd'hui que près de 60% des entreprises ont recours à ce mode de management.

L'atout principal invoqué par ses défenseurs réside dans sa capacité à générer des échanges et à permettre une circulation accrue de l'information au sein d'un service. Par ailleurs, on estime un gain d'espace de l'ordre de 30% et donc un coût de gestion réduit.

La proximité physique participe également à un rapprochement des strates hiérarchiques et abolit les barrières qu'elles induisent. Cependant, de nombreux détracteurs pointent les menaces liées à ce mode de management. L'OSM accentuerait le stress par l'exposition permanente du salarié aux autres, et diminuerait la productivité à cause des "bavardages" extra-professionnels et du bruit permanent. Enfin, la suppression des barrières hiérarchiques ne serait pas qu'un avantage. (cf. "L'open space m'a tuer" A. des Isnards & T.Zuber)
L'Open Source Intelligence (ou OSINT) fait lui son apparition aux Etats Unis en 2004. Suivant les recommandations de la commission 9/11, un Open Source Center sera fondé dès 2005 sous la tutelle du Directeur National de l'Intelligence américain.

Le système organisationnel OSINT reprend les principes de l'OSM sous la forme d'une plateforme de type Web 2.0. Il intègre les outils médias et Deep Web au service de la collecte, du partage et du traitement de l'information disponible à des fins stratégiques. (Source CF2R)

Les solutions apportées par l'OSINT présenteraient donc les avantages de l'OSM tout en réduisant drastiquement ses inconvénients. Ainsi, l'information circule plus vite, est traitée de façon simultanée et peut être tracée.

Le développement des intranets, des plateformes collaboratives et surtout des "social networks" au sien des entreprises démontre bien l'intérêt que celles-ci ont à développer un outil OSINT.
Cela permet à l'entreprise d'accentuer sa réactivité et de créer des espaces de travail dynamiques (même à distance) pour répondre aux défis économiques et stratégiques auxquels elle devra faire face.

Antoine HILLION

vendredi 12 décembre 2008

Intelligence Economique et/ou Business Intelligence. Rapprochement ou confusion ?

Que signifie l’expression « Business Intelligence » en anglais ? Pourquoi certains d’entre nous ont-ils tendance à la traduire facilement et avec évidence» par « Intelligence Economique » en français? Sur quelles bases s’appuie cette traduction ?

Constat: Intelligence Economique (IE) et Business intelligence (BI) : un rapprochement insuffisamment fondé qui cause en revanche une véritable confusion.

Origine de la confusion :
La BI est littéralement traduite par IE par un grand nombre de personnes et cela est du à l’existence d’un terme commun entre les deux concepts et qui est « intelligence ». De ce fait et intuitivement, le terme business est traduit par celui de « économique », pour ainsi suggérer puis créer la relation entre les deux concepts.

Une clarification s’impose...
Définitions :
a- Intelligence économique
"L'intelligence économique peut être définie comme l'ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution en vue de son exploitation, de l'information utile aux acteurs économiques. Ces diverses actions sont menées légalement avec toutes les garanties de protection nécessaires à la préservation du patrimoine de l'entreprise, dans les meilleures conditions de qualité, de délais et de coût."
Définition fournie par Henri Martre dans son rapport intitulé « INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIE DES ENTREPRISES »

b- Business Intelligence
"La Business Intelligence désigne les moyens, les outils et les méthodes qui permettent de collecter, consolider, modéliser et restituer les données d'une entreprise en vue de fournir une aide à la décision aux managers. Le terme français est « Informatique Décisionnelle ». Une application de ce genre exécute la capture, l’analyse et le stockage de données provenant de plusieurs sources hétérogènes qui peuvent être des "Enterprise Ressource Planning" (ERP), des bases de données ou d’autres entrepôts de données. Traditionnellement, un entrepôt de données est utilisé comme source d’information par les décisionnaires. La Business Intelligence s’insère dans l’architecture du système d’information d’une entreprise."
Travail réalisé (pdf) par Rodrigo FREITAS PAIXÃO

Des distinctions préalables ressortent de ces deux définitions:
1 - La recherche de l’information et/ou des données
En IE : La collecte, souvent en externe et dans des sources d’informations hors entreprise, entend les informations susceptibles d’apporter un plus à l’entreprise et pouvant servir sa stratégie et préserver sa position par rapport à ses concurrents.

En BI : L’extraction des données du système d’information local, qu’elles concernent l’entreprise même, d’autres structures externes (concurrents) ou au sens plus large son marché (domaine d’activité), en vue de leur exploitation, et ce afin de faciliter la prise de décision.

Ceci explique que l’IE utilise les informations/données collectées en externe, alors que la BI, les données sujettes d’analyse et d’exploitation sont déjà existantes dans le SI. L’objet de la BI est de capturer ces données, les analyser, leur donner du sens lorsqu’elles ne sont pas formelles, et puis les transmettre aux unités concernées pour aide à la prise de décision.

2 Le caractère informatique que prend la BI par rapport à l’IE
Ceci est traduit par tous les logiciels sur lesquels s’appuie la BI pour fonctionner efficacement. En effet, le terme de l’Informatique décisionnelle s’avère le plus adéquat pour désigner la BI en français. Ce dernier semble le plus proche et le plus approprié vu que la BI est un processus d’opérations s’inscrivant dans l’architecture du Système d’Information d’aide à la décision de l’entreprise. Or un dispositif d’IE ne se base pas obligatoirement et exclusivement sur des outils informatiques. Pour l’IE, la technologie constitue un moyen d’exécution optimale et plus performante de son processus. Contrairement à la BI qui elle n’a de raison d’exister hors les outils et langages intégrés qui, dans l’absolu, sont informatiques.

Toutefois, les deux processus se rencontrent dans la mesure où tous les deux consistent à identifier l’information pertinente à exploiter de la manière la plus optimale de façon à constituer un avantage pour l’entreprise et suivant ses orientations stratégiques.

En conclusion, l’IE, étant perçue comme étant plus large dans son champs d’application que la BI, pourrait parfaitement intégrer cette dernière en tant que composante dans son processus, ce qui constituera un avantage remarquable et renforcera son fonctionnement en lui apportant des techniques et des outils informatiques pointus lui permettant une meilleure performance.

Siham Bensaid