Affichage des articles dont le libellé est Relations-Internationales. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Relations-Internationales. Afficher tous les articles

dimanche 27 mai 2012

Le "Soft Power", la stratégie efficace pour un Etat? (Partie 2)

Consulter la première partie de cet article "Le "Soft Power", la stratégie efficace pour un Etat? (partie 1)"

Ressources du Soft Power

Nye explique que le Soft Power d'un pays est basé principalement sur trois ressources : la culture (à condition que les autres pays soient attirés par cette culture), les valeurs politiques (qu'elles soient à la hauteur et en accord en politique intérieure et extérieure) et les politiques étrangères (qu'elles soient légitimes et morales).

La culture est un ensemble de valeurs et de pratiques qui créent un sens pour la société. La culture a plusieurs formes. En général, on distingue la haute culture comme la littérature, l'art, l'éducation supérieure qui intéressent les élites, et la culture populaire qui se concentre plutôt sur le divertissement de masses.

Quand la culture d'un pays possède une valeur universelle, et qu’il mène des politiques qui partagent des valeurs et des intérêts communs avec d'autres pays, elle augmente la possibilité d'obtenir le résultat voulu par l'attraction et le sentiment de devoir produit par cette attraction. La culture qui n'est pas universelle et qui est limitée et médiocre, ne peut pas produire de Soft Power.

Quelques analystes traitent le Soft Power comme la simple puissance de la culture populaire. Ils confondent les ressources culturelles et le comportement d'attraction. Il est vrai que la culture populaire est une des ressources qui produit le Soft Power, mais le Soft Power ne se limite pas qu’au phénomène global de la culture populaire.

Les politiques gouvernementales peuvent renforcer ou dégrader le Soft Power. Si la politique intérieure ou la politique extérieure est hypocrite, arrogante, indifférente aux opinions des autres ou qu'elle a une approche limitée aux intérêts nationaux, cela peut nuire au Soft Power. Les valeurs qu'un gouvernement montre par ses actions (par exemple la démocratie dans la politique intérieure, la coopération en institutions internationales, et la promotion de la paix et les Droits de l'Homme en politique étrangère) peuvent influencer les préférences des autres pays. Les gouvernements peuvent attirer ou repousser les autres par les exemples qu'ils donnent. 

En revanche, le Soft Power n'appartient pas au gouvernement autant que le Hard Power (par exemple, la force militaire qui est une ressource en Hard Power est strictement gouvernementale). Les ressources du Soft Power sont souvent indépendantes du gouvernement. 

Limites du Soft Power

Il est important de vérifier les conditions dans lesquelles il est possible de retirer plus de résultats voulus par l'attraction. Par exemple, pour que la culture populaire du pays A devienne la puissance d'attraction et produise un effet de Soft Power sur le pays B, il faudrait que les cultures du pays A et du pays B soient similaires. Toutes les puissances dépendent de contextes : qui est lié à qui, sous quelles conditions. Pour le Soft Power, il est important d'avoir les acteurs qui le reçoivent, l'interprètent et le transmettent volontairement, plus que le Hard Power. De plus, les effets du Soft Power sont dispersés et vagues, et ne donnent pas qu’une action spécifique. Ils créent plutôt une influence générale. 
Notre époque de l'information globalisée

Dans les pays démocratiques, la puissance d'aujourd'hui est moins coercitive et tangible qu'auparavant. En même temps, la plupart des pays ne sont pas encore au stade de la démocratie avancée. Par exemple, dans les pays africains et du Moyen-Orient, beaucoup ne sont pas encore arrivés à l'industrialisation et sont essentiellement basés sur l'économie agricole; leurs institutions sont fragiles. En conséquence, cette situation limite la transformation globale de la puissance.

Dans ce monde divers, les trois ressources de la puissance (militaire, économique, soft) sont toujours utiles et importantes et chaque relation nécessite ces puissances avec les niveaux différents. Mais, si la tendance économique et sociale actuelle bouleversée par la révolution informatique continue, le Soft Power serait la plus importante puissance parmi les trois. 

La révolution informatique et la globalisation économique ont transformé et ont « rétréci » le monde. Les communautés virtuelles sont apparues, les réseaux sans frontière sont créés. Les entreprises multinationales et les acteurs non-gouvernementaux (y compris les organisations terroristes) joueront un rôle de plus en plus important. Et ces organisations auront leur propre Soft Power. Elles attireront les personnes, sans considération de frontières des pays. A ce moment-là, la politique devient une compétition pour l'attraction, la légitimité, et la crédibilité. La capacité de donner des informations, et le fait qu’elles soient reçues avec confiance, seraient une ressource importante d'attraction et de puissance. 

L'importance de Soft Power sera de plus en plus grande dans notre époque de l'information. Les pays qui veulent renforcer leur Soft Power devraient avoir plusieurs voies de communication pour encadrer leurs programmes et arriver à des résultats : avoir la culture et les idées proches des normes globales (libéralisme, pluralisme, autonomie) et être crédibles concernant les valeurs et la politique intérieure ou étrangère. 

Ce Soft Power, dont nous aurons besoin de plus en plus, n'est pas un simple résultat des actions officielles de gouvernement, mais aussi un sous-produit de la société économique et sociale. Il arrive que les actions des associations à but non lucratif puissent bloquer ou rendre compliqués les efforts des gouvernements, de même des entités commerciales traitant la culture populaire peuvent aider ou freiner les objectifs de gouvernement.

"Power shift" et "Network"

Les pays émergeants et les acteurs non-étatiques sont en train de changer le système international. Avec la mondialisation, "le monde est plat" (The World is Flat : l'expression de Thomas L Friedman) : l'interdépendance mondiale et l'évolution de la technologie informatique produisent de plus en plus de communication inter-étatique mais aussi celle des acteurs non étatiques et interpersonnel. La nécessité de travail collectif et de collaboration apparaisse.

Le plus important, c'est d'apprendre à combiner le Soft Power et le Hard Power ce qui devient le Smart Power.


Trois types de Puissances
(à partir du tableau p.31 "Soft Power" Joseph Nye)


En savoir plus :


 Joseph Nye à propos des fluctuations du pouvoir dans le monde, TED global 2010


Joseph Nye : Contextual Intelligence

Le "Soft Power", la stratégie efficace pour un Etat? (partie 1)


Joseph S. Nye, Jr.
source 
Le Soft Power de Joseph Nye

L'idée de «Soft Power» est apparue pour la première fois en mars 1990 dans l'article «The misleading metaphorof decline» de Joseph Nye. Nye répondait aux thèses «déclinistes» de l'époque, présentées par Paul Kennedy. Ensuite, il a conceptualisé ce «Soft Power» dans le livre «Bound to Lead».

Joseph Nye est professeur à l’université de Harvard, expert à CSIS (Center for Strategic & International Studies), ancien adjoint au sous-secrétaire d'état sous l'administration Carter (1977-1979), ancien président au National Intelligence Council (1993-1994), ancien secrétaire adjoint à la Défense sous l'administration Clinton (1994-1995) et président du groupe nord-américain au sein de la Commission Trilatérale. Nye a développé avec Robert Keohane, dans les années 70, le courant théorique néolibéral et le concept de «complex interdependence» (pdf) (les phénomènes d'interdépendance et les relations transnationales) dans le domaine des relations internationales.

Le Soft Power, «La puissance douce» en français, correspond au pouvoir d'attraction et de séduction. Selon Nye, le Soft Power est la capacité d'obtenir ce qu'on veut par l'attraction plutôt que par coercition ou récompense. L'idée du Soft Power existe depuis toujours (cf. l'art de la guerre de Sun Tzu (pdf))dans la politique internationale : la puissance du pays se fait par la force militaire et économique, Hard Power, et la puissance pour bouger et influencer l’opinion publique, Soft Power. Nye l’a développé comme concept de politique étrangère, et depuis la parution en 2004 de son livre «Soft Power : Means to Success in World Politics», les diplomates, les universitaires et les économistes n’ont pas cessé de débattre sur ce sujet.

Puissance

Nye définit en premier lieu ce qu'est la puissance (Power). Il expose que la puissance est comme le temps (météo), tout le monde en dépend et en parle, mais peu le comprenne. C'est aussi comme l'amour : quelque chose qu'on ne peut ni définir, ni mesurer, mais réel. La puissance est la capacité de produire le résultat que l’on veut, mais aussi la capacité d'influencer le comportement des autres pour obtenir le résultat désiré. Pour cela, il y a plusieurs voies : exercer des pressions par la menace, donner une récompense, ou attirer ensuite coopter.

Nye qualifie la politique internationale actuelle comme une partie d'échecs en trois dimensions. On peut gagner si on joue horizontalement aussi bien que verticalement. La plus haute partie de l'échiquier est celle des relations militaires traditionnelles inter-étatique où l'hégémonie américaine unipolaire existe encore. Mais, dans la partie centrale qui concerne les relations économiques internationales (commerce international, l'anti-monopole ou les régulations financières), les Etats-Unis ne peuvent plus obtenir ce qu'ils veulent sans consentement de l'UE, le Japon, la Chine et les autres. Dans cette partie, la distribution des puissances est multipolaire. Enfin, la partie la plus basse de l'échiquier est transnationale, là où se croisent les problèmes de terrorisme, les crimes internationaux, le changement du climat, la propagation de maladies contagieuses. Ici, la puissance est largement dispersée et désordonnée entre les organisations étatiques et non-étatiques. Nye affirme que beaucoup d'hommes politiques ne s'intéressent qu'à la partie haute de l'échiquier, c'est-à-dire aux sujets militaires, et qu'ils ne jouent que dans une seule partie de l'échiquier alors que le jeu est en trois dimensions. A long terme, c'est une stratégie perdante, parce qu’obtenir les résultats favorables dans la partie la plus basse, transnationale, nécessite l'utilisation du Soft Power.

Le Soft Power est la puissance qui rend les autres envieux d’obtenir les mêmes résultats que nous; cela se réalise plutôt par la cooptation que par la force ou la pression.

Il s'appuie sur la capacité à former les préférences des autres. Dans la vie privée de chacun, nous connaissons la puissance de séduction et d'attraction. Dans le monde des affaires, les chefs d'entreprise et les cadres compétents savent que pour obtenir un meilleur leadership, il ne suffit pas de commander, mais il faut montrer l'exemple et attirer les autres vers ce qu'ils veulent. Il est difficile de diriger une grande organisation seulement par les ordres. Les salariés doivent adhérer aux valeurs des dirigeants. Les leaders doivent partager des valeurs que les autres acceptent et admirent.

Puissance
(traduit à partir du tableau p.8 "Soft Power" Joseph Nye)

Le Soft Power et Hard Power sont reliés. Les deux partagent le même objectif d'arriver à un but en influençant les comportements des autres. La différence entre les deux, concernant la nature des comportements ou la tangibilité des ressources, est relative à la question de degré : dominer ou commander (la capacité de changer leurs comportements) peut se faire par la coercition ou l'incitation. Coopter (la capacité à former et cadrer ce que les autres veulent) peut se faire par le charme de la culture ou par des valeurs.

En savoir plus :