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lundi 15 avril 2013

"Régulation européenne et normes internationales: la place des entreprises" intervention de Claude Revel aux "Rencontres Quai d’Orsay – Entreprises"

Nous vous signalions dans ce blog 2 interventions de Claude Revel le 9 avril 2013, l'une sur "le droit : une arme de stratégie économique" à l'Institut du Droit des Affaires, l'autre sur "la normalisation volontaire, vecteur stratégique des acteurs économiques" organisée par l'AFNOR.  

Claude Revel intervenait également ce même jour dans une table ronde intitulée "régulation européenne et normes internationales: la place des entreprises" organisée par le ministère des affaires étrangères dans le cadre des "Rencontres Quai d'Orsay Entreprises", lieu et moment d'écoute et de dialogue entre diplomates et responsables du secteur privé.

Quelques photos, des vidéos, un résumé de la journée ainsi que les discours de clôture de Laurent Fabius et Pierre Moscovici peuvent être consultés via le site diplomatie.gouv.fr.

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"Les anciens des lycées français du monde: un réseau qui ne connaît pas sa force ?"

Claude Revel participait le 6 avril dernier à Vienne, Autriche, à une table ronde intitulée "Les anciens des lycées français du monde : un réseau qui ne connaît pas sa force ?".
Cette table ronde se déroulait dans le cadre du 3e FOMA, réunion mondiale des anciens des Lycées français à l'étranger, co-organisée notamment en liaison étroite avec l'AEFE, l'Agence pour l'Enseignement français à l'étranger, établissement sous tutelle du ministère des Affaires étrangères.
La Ministre déléguée Hélène Conway-Mouret y participait, ainsi que plusieurs autorités françaises et autrichiennes.

Pour plus d'informations sur ce très bel outil au service de l'influence française et de ses membres français et non français, nous vous invitons à consulter les liens ci-dessous.

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vendredi 12 avril 2013

"Développer une influence normative internationale stratégique pour la France" - 2 vidéos de Claude Revel

Claude Revel, auteure du rapport "Développer une influence normative internationale stratégique pour la France" remis en début d'année à la ministre du commerce extérieur, Nicole Bricq, revient sur les points clés abordés dans son rapport via deux interviews vidéos réalisées par l'ANAJ-IHEDN et le Conseil Supérieur du Notariat que vous retrouverez ci-dessous.


Interview par l'ANAJ-IHEDN


Interview par le Conseil Supérieur du Notariat.
Lire le commentaire de l'interview sur le site notaires.fr

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lundi 25 mars 2013

Audition de Claude Revel par la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale

Suite à la remise fin janvier 2013 de son rapport "Développer une influence normative internationale stratégique pour la France" à la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, Claude Revel a été auditionnée par la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale.

La séance a eu lieu le 13 mars dernier, en compagnie d'Alain Costes (AFNOR) et Alain Savary (AXEMA). La vidéo de cette intervention et des réponses aux questions posées par les députés est disponible jusqu'au 11 juin 2013 sur le site de l'Assemblée nationale.

Claude Revel lors de son audition par les députés de la Commission
des Affaires économiques de l'Assemblée nationale.
Source image : assemblee-nationale.tv

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mardi 26 février 2013

La France a-t-elle encore une influence internationale ?

L'Université de Nice Inter-Ages invite Claude Revel le mardi 12 mars 2013 à 10h45 au Centre Universitaire Méditerranéen pour une conférence sur le thème "La France a-t-elle encore une influence internationale ?".

Normes comptables et financières, agroalimentaires, de qualification professionnelle, introduction de procédures nouvelles dans notre Droit, notation des Etats, etc. : nous, en France et en Europe, faisons l'objet tous les jours d'actions d'influence dont nous ne sommes pas toujours conscients. En revanche, nous en diffusons peu, en tout cas de manière organisée et volontaire.
 Ces influences s'exercent sur les décisions de nos dirigeants et sur la formation de nos opinions. La France n'est pas seule concernée. L'influence est devenue un mode de fonctionnement dans la mondialisation, pour les Etats comme pour les acteurs privés. Largement facilitée par les technologies de l'information, elle est désormais obligatoire dans un monde multipolaire. La décision publique internationale est aujourd'hui fondée sur l'influence/lobbying, mode d'élaboration d'origine américaine qui s'est diffusé vers les organisations internationales et européennes, puis vers les Etats.
Derrière les règles et les normes, il y a une compétition sur les modèles de société, les modes de vie, les valeurs politiques. Dans ce contexte et depuis au moins trente ans, notre pays a clairement perdu de son influence. Pour la regagner, elle doit donc exercer une conviction à double niveau, européen et international. La France dispose de tous les atouts, si elle veut bien enfin se mettre à la tâche.

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mercredi 24 octobre 2012

Le caractère indispensable de l'Intelligence économique dans le marché du B2B

source: www.sellingpower.com
© Sellingpower magazine
Contrairement au marché Business to client (B2C), où la promotion des produits/services passe en grande partie par des campagnes publicitaires sur différents supports médias allant du classique (télévision, presse écrite, radio...) au média 2.0 (sites web, réseaux sociaux, blogs...), le marché du Business to business (B2B) est extrêmement limité dans sa stratégie publicitaire. 
Les prospects/clients cibles étant des entreprises globalement peu réceptives à la publicité "traditionnelle" et aux discours "marketés", la règle du jeu change du tout au tout et requiert par conséquent des acteurs du B2B une stratégie de maîtrise de l'information de leur écosystème dans sa totalité (concurrents, législations, innovations, méthodes de pricing, prix du marché, acteurs et jeu d'influence...) et surtout des clients donneurs d'ordres (DO) notamment lors des appels d'offres (AO) où plusieurs entreprises sont mises en concurrence directe pour livrer une prestation compétitive en termes de qualité, prix et valeur ajoutée.

La stratégie commerciale des acteurs du B2B dépend fortement de l'information collectée et l'influence de ces acteurs sur leur marché (un acteur proactif qui contribue aux innovations dans son marché a plus de pouvoir et légitimité auprès des DO qu'un acteur réactif qui se contente d'adapter ses offres aux cycles et changements du marché). D'où le rôle indispensable de l'Intelligence économique (IE) dans le processus commercial et la course vers la compétitivité.
Il est impératif pour un prestataire du B2B de définir sa zone de prospection et sa stratégie de réponse aux AO, en mettant en place une veille concurrentielle efficace.      
  
Une veille efficace dans le marché du B2B doit se focaliser sur 3 points cruciaux :
  • établir une liste de ses principaux concurrents et collecter de l'information à partir de sources ouvertes et analyser leurs stratégies de communication dans le marché (présence offensive ou défensive, supports et moyens de communication) afin d’avoir un aperçu détaillé de leurs offres. Il est relativement compliqué de collecter des informations pertinentes sur ces offres notamment à cause du Non Disclosure Agreement (NDA) ; un document de confidentialité et protection des informations signé systématiquement par les DO et les prestataires lors des AO, d’où l’intérêt de mettre en place un système de veille puissant pour construire une matrice d’information qui permettra par la suite de comparer les offres en interne à celles de la concurrence directe. Pour ce genre d’exercices, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) en France et le Freedom of Information Act (FOIA) aux Etats-Unis sont des sources précieuses d’information.
  • Etablir un profil détaillé du DO, en collectant des informations sur ses sous-traitants, ses fournisseurs, ses relations avec les institutions publiques, sa politique RSE, afin d’adapter l’offre aux exigences et surtout aux problématiques rencontrées par le DO, car déterminer la problématique du prospect permet d’élaborer des offres riches en valeur ajoutée, ne se contentant pas de reproduire un cahier des charges et exécuter des ordres précis, si le contexte actuel pousse les entreprises à optimiser leurs coûts, ces dernières exigent rigoureusement des prestations de qualité à haute valeur ajoutée.
  • Cependant il ne faut pas inclure cette valeur ajoutée dans toutes les offres, car certains DO cherchent via leurs AO une prestation précise avec un budget défini au préalable. Certains prestataires répondent aux AO en soumettant deux propositions distinctes, une dupliquant le cahier des charges et une haut de gamme. Au lieu de « jongler » avec les propositions commerciales et parfois répondre de façon arbitraire, les prestataires du marché B2B doivent apprendre à mettre en place une action de veille applicable pour tous les AO, consistant à la compréhension en profondeur de l’environnement politique et économique dans lequel l’entreprise DO évolue ; subit-elle une conjoncture de restriction budgétaire ou évolue-t-elle dans une conjoncture favorable au développement et l’innovation ? Connaître les critères de notations des réponses aux AO et identifier l’entité ainsi que les personnes en charge de l’évaluation et la sélection sont d’une grande importance.  
Ces différents points exigent une méthodologie précise pour obtenir des résultats pertinents et maintenir une homogénéité dans le processus commercial afin de gagner en compétitivité en connaissant les forces et faiblesses des concurrents et bâtir ainsi de puissants leviers de différenciation, ainsi qu'une excellente maîtrise des sources d'informations ouvertes.

L’autre élément clé de réussite dans le marché du B2B est l’influence. Peu appliquée en France, pour des raisons de culture et d’appréhension, l’influence est pourtant primordiale pour mener à bien les actions commerciales.

Influencer l’environnement qui influence les décisionnaires et les acheteurs, telle est la recette magique. Cette action exige encore une fois l’identification de l’écosystème du DO en influenceurs internes et influenceurs externes, cet exercice s’avère assez complexe vu la multitude des parties prenantes et la nécessité de mesurer leur influence.

Les acteurs du B2B ne peuvent plus se contenter aujourd’hui de mettre en place des actions commerciales classiques, basées sur des campagnes d’emailing, des campagnes de prospection téléphonique, ou de brochures vantant les mérites des prestations offertes.

La concurrence est forte et s’accroît de jour en jour, les leviers de différenciation des offres et des prix se réduisent et les marchés évoluent rapidement. Certains prestataires n’ayant pas pris conscience de tous ces paramètres se contentent de survivre, malgré la qualité de leurs prestations et l’expertise de leurs employés.

Il est important pour tous les acteurs du B2B d’opter pour une stratégie moyen et long terme basée sur l’intelligence économique et ses différents outils pragmatiques pour améliorer leur positionnement et contribuer à modeler leur écosystème, plutôt que de se restreindre à une politique court-termiste consistant à répondre aux AO de façon classique et identique non personnalisées et prospecter une large base de données d’entreprises de façon aléatoire.

Fadoua Yaqobi

Pour aller plus loin: Top Tactics for Engaging&Influencing Today's B2B Customer, Sales&Marketing 2.0 Conference Report, October 2011

Intelligence Economique, quelle place décisionnelle en entreprise ?

L’année 1994 connut la parution du rapport Martre, un document prônant principalement l’intégration de l’Intelligence Economique (IE) au sein des entreprises, la compréhension de la méthode d’optimisation du patrimoine immatériel de l’entreprise et de l’information émanant de son écosystème économique, géographique, politique et social dans le but de gagner en compétitivité, surtout dans un monde marqué par la fin de la guerre froide, l’émergence de nouvelles puissances économiques et la mondialisation des échanges, transférant ainsi la puissance de la case politique et militaire à la case économique.

2012, le poids des multinationales égale voire dépasse parfois celui des États (en 2011 la firme américaine Exxon Mobil a dégagé  un bénéfice net de 41,1 milliards de dollars, supérieur au PIB de la Suède par exemple), l’avancée des hautes technologies bat son plein avec la multiplication de brevets et de produits révolutionnaires et la concurrence est devenue féroce attaquant des 4 coins du globe avec l’émergence de nouvelles puissances économiques avantagées par la faiblesse du coût de la main d’œuvre, offrant ainsi les mêmes services tout en cassant les prix, une concurrence parfois déloyale et dépourvue d’éthique, privilégiant l’espionnage industriel et des pratiques douteuses pour s’imposer et régir les lois du marché.
Cependant, en analysant de près les différentes entreprises françaises notamment les PME, le constat par rapport à l’intégration et l’assimilation de l’IE est fort concertant. Partant d’un point de vue personnel, l’IE doit faire face à 3 obstacles majeurs en entreprise :
  • les idées reçues : l’IE signifie systématiquement Espionnage pour certains cadres et chefs d’entreprise, provoquant ainsi peur et paranoïa, malgré les efforts des spécialistes en IE pour mettre fin à cet amalgame, l'article de Madame Claude Revel "L'intelligence économique est efficace et responsable" paru dans le Monde démontre clairement que l'IE n'est en aucun cas une pratique d'espionnage.
  • une mauvaise utilisation : L’IE est considérée comme un outil et est réduite à une utilisation purement technique via la veille, confiée généralement au département Marketing (stagiaire ou jeunes recrues majoritairement), avec des outils classiques et peu performants (faible connaissance des outils de veille et de recherche, budget limité, faible maîtrise du processus de collecte et d’analyse de l’information).
  • l’ignorance : L’IE est complètement inexistante dans certaines entreprises, notamment les PME, la plupart n’ayant jamais entendu parler de cette discipline.
Dans une interview accordée à la revue Sécurité globale intitulée « L’intelligence économique en questions», Monsieur Alain Juillet déclarait que les Grands Groupes français se sont dotés de services défensifs en intelligence économique (sécurité physique et technique), mais ne pratiquent pas assez l’IE offensive (influence, lobbying...).

Pourquoi le concept d’IE peine tant à s’imposer dans tous ses aspects au niveau des entreprises ?
Il me semble que le caractère transversal et la nécessité de travail en réseau bouleversent les structures hiérarchiques. Le partage et transfert du savoir, des connaissances et de l’information va à l’encontre de la culture interne de certaines entreprises où les employés gardent jalousement leur savoir-faire et connaissances secrets, les considérant comme gage de leur valeur ajoutée et importance au sein de l’organisation.

Il y a un véritable malaise lorsqu’il s’agit de partager et diffuser, de travailler spontanément en réseau  et non dans le cadre d’un projet spécifique, malheureusement, la plupart du temps, cette culture hostile au partage des connaissances et à l’IE est renforcée par l’idéologie du top Management et de la Direction, ces derniers étant parfois peu convaincus de l’utilité et l’importance de l’IE dans le processus décisionnel et stratégique. Une direction qui ne maîtrise et ne définit pas clairement l’utilité et le but d’un concept nouveau à la culture de l’entreprise aura automatiquement du mal à convaincre le reste du corps de l’entreprise à l’appliquer et l’utiliser à bon escient.

L’IE n’étant pas une discipline technique, ne correspondant pas à un secteur précis, mais passant par la mobilisation de plusieurs expertises au-delà des compétences techniques complique la tâche pour les chefs d’entreprise. Doivent-ils la confier à des opérationnels experts-métier ? A quel département correspond-elle, R&D ? Innovation ? Planification ? Sur quelles bases peuvent-ils recruter des responsables IE ? Où s’arrête le pouvoir d’un responsable IE ?

Il est légitime de se poser ces questions, et même d’avoir parfois du mal à trouver les réponses adéquates et bénéfiques dans le processus d’intégration de l’IE.

Je pense que l’IE doit être parfaitement distincte même si elle requiert évidemment la coopération de tous les départements, il faut donc avant tout travailler sur la culture du partage et de la diffusion de l’information au sein des organisations, avec l'aide d'une plateforme efficace et simple d’utilisation de Knowledge Management (KM), des chartes internes claires, mais surtout une sensibilisation des employés de l’entreprise à ces nouvelles pratiques et leur intérêt pour la survie et la compétitivité de l’entreprise.

Durant mes expériences au sein de grands groupes comme au sein de PME, j'ai constaté que la diffusion de l’information se faisait souvent à la demande, au sein d’équipes restreintes, et n’atteignait jamais le centre de décision/direction, la recherche de l’information étant souvent considérée comme secondaire, régie par le couple temps/urgence.

Une fois la barrière de la culture franchie, l’environnement interne de l’entreprise sera plus apte à intégrer progressivement les nouvelles pratiques, ainsi le rôle du KM qui d’ailleurs doit être un département à part de l’IE est de gérer l’information et les connaissances en interne et les optimiser au maximum, facilitant la tâche pour l’IE au sein de l’organisation. Il s'agit avant tout d'instaurer le capital humain au centre de la stratégie d'ensemble.
Concernant les problématiques de recrutement, il me semble qu’opter pour des opérationnels/experts-métier est un mauvais choix, leur collecte et traitement de l’information seront forcément biaisés par leur propre vision, ce qui est contraire aux attentes de l’IE, où l’information doit être brute, réelle et objective et ne pas dévier l’analyse et la stratégie décisionnelle dès le départ. Cependant un responsable IE doit connaître parfaitement le monde de l’entreprise, le profil idéal étant un spécialiste (ingénieur, financier…) à double casquette IE.

Cette dernière phrase pose la question de la place et la valeur décisionnelle de l’IE au sein de l’entreprise, en posant la problématique je me suis rendue compte que les avis sont fortement partagés, les limites des objectifs stratégiques et tactiques de l’IE ne sont pas clairement définis dans les esprits.

L’IE élabore les scenarii, fournit des informations de grande valeur qui une fois analysées débouchent sur des stratégies bien ficelées pour gagner en compétitivité et en puissance; l'étape décisionnelle doit se faire par des analystes et stratèges de l’entreprise, mais devrait inclure dans le "process" l’avis du responsable IE, ce dernier maîtrisant bien l’information de l’écosystème de l’entreprise. Cependant les rôles d’un décisionnaire et d’un responsable IE ne sont pas identiques et ces derniers ne peuvent fusionner en un seul poste.

In fine, si l’Etat français a pris conscience de l’intérêt de l’IE pour la compétitivité et les stratégies de croissance, en créant des entités publiques dédiées à l’IE, en nommant de hauts responsables IE pour travailler en collaboration avec les ministères, en sensibilisant les firmes (grands groupes, PME, TPE…) via des colloques, conférences, rapports, ou parfois des outils "simples" tels que l’Autodiagnostic IE, un questionnaire accessible sur le site du Ministère de l’économie et dédié au PME/TPE, permettant à ces dernières de se situer en matière de bonnes pratiques IE en répondant à des questions précises et ciblées, l’IE demeure parfois prisonnière des idées reçues et de la culture hostile au changement au sein des entreprises, où la valeur de l’information n’est pas considérée comme un élément majeur de rentabilité à moyen et long termes.

Dans le contexte actuel, où la concurrence et l’avancée technologique croissent à une vitesse vertigineuse, les entreprises doivent adopter l’IE et l’intégrer intelligemment dans un monde où l’information et le savoir sont devenus le patrimoine le plus précieux de l’entreprise.

Malgré les obstacles constitués principalement de la culture hostile au changement et aux concepts innovants, nécessitant le travail en réseau et non l’individualisme qui trône partout, le rôle des leaders, chefs d’entreprises et managers est d’instaurer rapidement mais efficacement la culture de l’IE qui une fois adoptée, apporte à l’entreprise les armes nécessaires autant pour se défendre que pour "mener la danse".

Les spécialistes de l’IE ont également un grand rôle à jouer, en touchant une large audience sur les différents supports web et de communication classique afin d’éliminer la barrière de la peur et les inexactitudes entourant l’IE, mais surtout en privilégiant la compétitivité dans les thèmes abordés. 

L’heure est à l’optimisme ! En regardant de près le Baromètre de l’IE Lingway-Portail de l’IE Mai 2012, la compétitivité est au centre des débats IE sur la toile, détrônant la réputation et l’économie.
      
© lingway Vertical semantic solutions

Fadoua Yaqobi

Sources / en savoir plus :

lundi 24 septembre 2012

Conférence sur l'iconomie par Xerfi

L'Institut Xerfi organisait le 19 septembre dernier une très intéressante conférence sur le sujet de l'Iconomie, en présence notamment de Laurent Faibis, président du groupe Xerfi, Jean-Michel Quatrepoint, journaliste-essayiste, Christian Saint-Etienne, économiste, professeur au CNAM et Michel Volle, économiste.

"L'iconomie est le système économique qui permet aux consommateurs, aux entreprises, aux institutions et à l'État de tirer pleinement parti du système technique fondé sur la microélectronique, l'informatique, l'Internet et l'intelligence partagée. Passer de l'économie à l'iconomie, c'est adopter un nouveau modèle de compréhension de l'économie. Ce modèle permet de définir une orientation stratégique pour la compétitivité, la croissance et la renaissance de la France" (source invitation à/présentation de la conférence Xerfi "De l'économie à l'iconomie").

L'institut Xerfi propose via sa chaîne Xerfi Canal de voir et revoir les interventions de 3 participants :
Vous trouverez également sur le blog "Sens & Action", une analyse de Claude Revel sur le sujet de l'Iconomie suite à cette conférence.

Liens

jeudi 20 septembre 2012

Le social engineering est-il roi au royaume du numérique ?

source: www.current.com
Pour obtenir des informations sur les organisations, les attaquants ne se contentent plus d'infiltrer les systèmes d'informations, ils utilisent une méthode ancestrale, le "social engineering" (ou ingénierie sociale en français).
Ce terme englobe toutes les techniques de malveillance qui exploitent les faiblesses humaines dans le but d'obtenir des informations sur une organisation.

Comme nous l'explique le Ponemon Institute, 78% des fuites d'informations en entreprise sont le fait de collaborateurs qui ont accès à ces informations et 95% de ces pertes de données ne sont pas intentionnelles.
On voit donc là les limites des politiques de sécurité des systèmes d'informations, si performantes soient elles.

On le sait, la solidité d'une chaine dépend de son maillon le plus faible hors, dans ce cas précis, l'humain semble tenir ce rôle.
Certes le développement des technologies et la multiplication des réseaux de diffusion ont accru la vulnérabilité des entreprises et la sécurité des systèmes d'informations doit être au cœur des préoccupations stratégiques mais n'appréhender cette mission que du seul point de vue matériel risque de réduire la qualité des résultats escomptés. 

Le social engineering joue sur plusieurs ressorts de la psychologie humaine et utilise tant l'influence que la soumission et la manipulation et ces techniques ont depuis longtemps été étudiées scientifiquement.
Nous pouvons prendre en exemple la notion de "soumission librement consentie" étudiée par Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois dans leur "Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens"(1987) reprenant eux-mêmes la procédure "du pied dans la porte" (1966) de J. Freedman et S. Fraser basée sur la théorie de l'engagement .
Le but est "simple": influencer quelqu’un au point de l’amener à modifier en toute liberté, sans avoir à exercer sur lui de pressions, ni même sans avoir à le convaincre, ses décisions ou son comportement.
Dans  l’expérience de J. Freedman et S. Fraser (1966), par exemple, on proposait aux sujets d’installer, dans leur jardin, un grand panneau publicitaire sur la sécurité routière (comportement attendu). 76 % des sujets ont accepté l’installation de ce panneau après avoir accepté, au préalable, d’apposer une petite affichette du même thème sur leur fenêtre (acte préparatoire), contre 17 % en demande directe.

Les applications au monde professionnel sont courantes, fréquemment malveillantes et les conséquences sont parfois lourdes.
Tous les outils de communication peuvent être mis à profit: le téléphone, le mail (hameçonnage), les réseaux sociaux mais aussi les entretiens d'embauche, les contacts directs...

L'enjeu de la protection de l'information ne prend donc son sens que si ses deux paramètres vecteurs, que sont les systèmes et les personnes qui l'utilisent, sont intégrés à la réflexion et à la stratégie. Les risques sont élevés et il semble nécessaires que les organisations en prennent conscience afin de sensibiliser, former et informer leurs collaborateurs pour leur permettre d'adopter les bons gestes en cas de "sollicitations".
Ceci est particulièrement vrai en temps de crise, période pendant laquelle l'état de fatigue et de stress est accru, les modes de fonctionnement parfois dégradés, le besoin de se reposer sur l'organisation plus fort et les moyens de détection généralement dégradés.
L'intelligence économique, dans cette lutte, jouera un rôle clé car la détection des signaux faibles que génère le social engineering est compliquée et la sensibilité de veille devra être d'autant plus forte.

Pour aller plus loin :
  • C.A. Kiesler, The Psychology of Commitment, Academic Press, 1971 (anglais).
  • Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, Presses universitaires de France, 1987.
  • Jonhattan L Freedman et Scott C Fraser, Compliance without pressure, The foot-in-the-doot technique, Journal of Personality and Social Psychology, 1966 (anglais).

lundi 6 août 2012

Technologie et influence

Les médias ont toujours été des outils d'influence. Au delà des publicités qui sont bien reconnues comme des instruments d'argumentation commerciale, le moindre message ou image qui sont diffusés sont inconsciemment identifiés par le consommateur comme de nouvelles composantes des standards culturels et sociaux d'une société mondialisée. Du contenu des unes des journaux aux programmes de télé réalité en passant par les blogs divertissants, le consommateur est habitué à une société où les savoirs cohabitent en permanence avec les articles engagés et les slogans publicitaires et subit inéluctablement une influence de ces derniers. La somme de ces éléments contribue à la création d'une culture prônant la consommation.

La régulation des médias nous a fait passer d'une ère de la propagande avec une conception verticale du pouvoir à celle de l'influence où l'opinion publique pèse en permanence et détient un impact sur les décisions politiques. Objectivité, transparence et vérité sont autant d'enjeux présents aujourd'hui et qui rendent bien plus subtiles les manières de convaincre et d'influencer. Le code la consommation établi en 1978 donne un nouvel élan dans la façon de communiquer des entreprises et le consommateur obtient ainsi une reconnaissance légale de l'état dans son contrôle (la première partie du code est une série d'articles portant sur la communication des entreprises quant à leurs produits). La création du CSA (Conseil Supérieur de l'audiovisuel) en 1989 marque une nouvelle étape dans le processus de normalisation des publicités. Les réflexions qui en découlent aboutissent à la création de la célèbre loi Evin qui interdit l'affichage de publicités sur le tabac et l'alcool. Le consommateur prend finalement conscience du rôle central que jouent les médias et s'éduque à les maitriser.

L'évolution des technologies et des médias, avec l'arrivée d'Internet, et l'éducation des nouvelles générations à ces technologies ont de nouveau bouleversé le schéma mercatique des entreprises.
Fréquemment et massivement consultés, les blogs, forums et réseaux sociaux sont des portes d'entrée prioritaires sur Internet car ils favorisent une interactivité entre des membres d'un même réseau ou d'une même communauté. Les entreprises ne peuvent plus se contenter de vanter les mérites de leurs produits mais doivent orienter leur stratégie vers le client et non le produit. La définition du mot "image" n'a jamais eu autant de sens qu'aujourd'hui : la rapidité de la communication est telle que la réputation d'une entreprise peut se faire ou se défaire en quelques minutes.

La technologie et sa régulation ont finalement permis une avancée notable du pouvoir du consommateur. Il n'agit plus seul mais se regroupe et agit plus facilement. Elle remet en cause les stratégies d'influence sur lesquelles il existe aujourd'hui un besoin d'innovation. Les expérimentations des entreprises sont parfois le théâtre de ratés qui rappellent qu'une mauvaise entrée par le biais de ces nouvelles technologies peut avoir des conséquences au moins aussi désastreuses qu'une publicité télévisées mal conçue (l'exemple de Vichy avec "le blog de ma peau").

mardi 31 juillet 2012

Le brevet unitaire européen ou le symbole de la désunion...

source:http://breese.blogs.com
La France tend a prendre conscience du rôle qu'elle a à jouer en matière d'influence normative comme le montre le rapport de M. BUQUEN, Délégué  interministériel  à l’Intelligence économique,   « Les  stratégies  d’influence  de  la  France  dans  le  domaine  de  la normalisation  internationale » (pdf).
Toutefois, comme l'explique Claude Revel dans son dernier livre(1), « La France n’est pas assez présente sur les questions stratégiques, pour « formater » l’avenir. Il manque une coordination de l’influence pour pouvoir définir des priorités et appliquer des politiques adaptées ».

Cette coordination fait défaut tant sur le plan national que sur le plan européen.

Ainsi, parmi les enjeux stratégiques d'influence, et donc de compétitivité, la protection du patrimoine immatériel joue une rôle prépondérant et l'exemple des difficultés rencontrées pour mettre en place un véritable brevet unitaire européen est le symbole de ce manque de coordination.

Petit rappel

Le 5 Octobre 1973 était signée la « Convention sur le brevet européen (CBE) » à Munich,  traité multilatéral instituant l'Organisation européenne des brevets et  « brevet européen ».

Les objectifs  affichés par les états contractants étaient de :
  • renforcer la coopération entre les États européens dans le domaine de la protection des inventions,
  • obtenir une telle protection dans ces États par une procédure unique de délivrance de brevets et par l'établissement de certaines règles uniformes régissant les brevets ainsi délivrés, 
  • conclure une convention qui institue une Organisation européenne des brevets et constitue un arrangement particulier (...).
Toutefois, le brevet européen créé par la convention n'est pas un titre unitaire valable dans tous les pays signataires : il s'agit d'un groupe de brevets nationaux indépendants.
Une demande de brevet unique dans une seule langue permet de bénéficier de la protection dans tous les pays contractants.

Le 29 juin, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé que vingt-cinq pays avaient trouvé un accord sur le brevet unitaire européen.
Mais le Parlement en a décidé autrement et a annulé (le 02 Juillet) le vote prévu le 4 juillet sur le sujet, au motif, notamment, de la suppression dans le texte de certains articles liés entre autres aux droits du titulaire du brevet unique pour empêcher des tiers de l'utiliser sans consentement, et à certaines exceptions au brevet.

Les deux pays manquants n'étaient autres que l'Italie et l'Espagne qui ont refusé de participer pour protester contre la non-reconnaissance de l'italien et de l'espagnol comme langue officielle (Français, Anglais et Allemand) de rédaction des brevets...

D'un autre côté, la France, l'Allemagne et l'Angleterre se livraient un féroce combat pour accueillir le siège de la juridiction centrale du brevet unitaire.
Il avait finalement été décidé que la juridiction centrale aurait son siège dans la capitale française, et que l'administration serait à Munich.
Les affaires seraient jugées à Paris pour le secteur du textile et de l'électricité, à Londres pour les sciences du vivant, la chimie et la pharmacie, et à Munich pour l'ingénierie et la mécanique...

Quand on sait qu'aujourd'hui plus de 60 % des demandes de brevets européens proviennent de pays non européens, le premier étant les Etats-Unis (24 % du total), suivi du Japon qui devance l'Allemagne (2), et que, selon Benoît BATTISTELLI, Président de l'Office européen des brevets, le brevet unitaire réduirait de 70% les coûts administratifs et financiers, nous ne pouvons qu’espérer que les discussions reprennent et permettent au projet de sortir de cette nouvelle impasse.

Cet exemple est caractéristique des difficultés de la France à mettre en place une véritable stratégie d'influence.
Elle doit  jouer à un double voire à un triple degré : elle doit d’abord être cohérente en son sein et parler d’une voix uniforme pour espérer, ensuite, jouer son rôle au nom de et avec l’Europe sur l’échiquier international.
Dans ce dossier ,comme dans d'autres, la France doit désormais jouer  son véritable rôle et permettre aux entreprises françaises et européennes de lutter à armes égales dans le nouvel ordre mondial.

(1) "La France : un pays sous influences ?" Claude Revel, Éditions Vuibert, juin 2012
(2) source: Les échos.fr

Pour aller plus loin:
Convention sur le brevet européen (texte officiel)
Office européen des brevets
http://www.europaforum.public.lu

jeudi 19 juillet 2012

Vidéos de la conférence "La France est-elle sous influences ?"

Vous pouvez désormais visionner l'intégralité de la conférence "La France est-elle sous influences ?" réalisée le 30 mai dernier à l'occasion de la sortie du nouveau livre de Claude Revel "La France : un pays sous-influences ?".

Le compte-rendu complet est disponible dans ce précédent billet.

1re partie : discours introductifs et présentation des intervenants



2e partie : les interventions



3e partie : questions du public




Autres liens utiles :

"La France est-elle sous influences ?" - compte-rendu complet

Comme annoncé précédemment, vous trouverez ci-dessous le compte-rendu officiel de la conférence "La France est-elle sous influences ?".

Ce compte-rendu, rédigé avec l'aimable contribution de Carl Soutra, diplômé du MS IEMC (promotion 2011), est téléchargeable au format Adobe Acrobat (pdf). Vous pouvez également visionner la conférence. Voir liens ci-dessous :
°°°

La France est-elle sous influences ?

Conférence du 30 mai 2012 à Sciences Po (19h-21h)

Organisée par la Conférence Olivaint, SKEMA Business School (Centre Intelligence & Influence, GIISK) et les éditions Vuibert, cette conférence s’est tenue à l’occasion de la sortie du nouvel ouvrage de Claude REVEL, « La France : un pays sous influences ? ». Après une introduction par le Directeur du Campus Sciences Po de Paris, David COLON, puis des interventions des responsables étudiants de la Conférence Olivaint, Salomé BERLIOUX (Présidente), Jérôme FABIANO et Bobelle KASHIO-LUKANGA, les panelistes suivants se sont réunis :

  • Eric DELBECQUE, directeur du département sécurité économique de l’INHESJ a exposé sa vision sur ce sujet en tant qu’acteur de l’État.
  • Alice GUILHON, directrice générale de SKEMA Business School, a donné son point de vue sur l’influence dans le secteur de l’enseignement supérieur international.
  • Jérôme BRUNEL, membre du comité exécutif du Groupe Crédit Agricole, a pris la parole sur le thème de l’influence dans le monde financier.
  • Jean Marie CAMBACERES, ancien député et Président de France Asie et Démocratie 2012, a quant à lui analysé l’environnement politique et la Chine et l’Asie.
  • Claude REVEL professeure à SKEMA et praticienne de l’IE, a finalement synthétisé les grands enjeux et les mécanismes communs de l’influence, « rouage-clé de notre société mondialisée ». 

Grâce à des exemples précis et percutants émanant des vies professionnelles et personnelles des panelistes, les participants à ce colloque ont pu découvrir de nouveaux aspects de l’influence. La diversité des sujets abordés permet de se rendre compte que les stratégies d’influence, quelles qu’elles soient, maillent dorénavant nos vies, pour le meilleur comme pour le pire. Une fois ce constat accepté, le public ne peut que convenir d’une faiblesse d’adaptation de nos structures politiques, économiques et administratives face à ces nouveaux enjeux. L’influence est synonyme de formidables opportunités autant que de menaces et sans pécher par excès d’optimisme, il paraît raisonnable de penser que la France puisse sortir par le haut de cette période difficile si certaines réformes et évolutions sont mises en place. On sent que la prise en compte des stratégies d’influence évolue dans notre pays, dans les entreprises comme dans les administrations, mais que beaucoup de sensibilisation reste à faire, notamment à destination des élites décisionnaires, pour anticiper les réalités du XXIème siècle.


Claude REVEL expose d’abord que selon elle, l’influence est aujourd’hui plus encore qu’hier multiforme et qu’il s’agit dorénavant d’un nouveau pouvoir dans les ordres économique, financier mais aussi politique et culturel. Souvent visible mais aussi invisible, l’influence porte en elle des valeurs et des visions qui permettent de s’imposer imperceptiblement, y compris à un niveau planétaire. Claude REVEL précise que l’objectif du débat ci-après est de lancer en France une réflexion qu’elle entend bien continuer avec le Centre Global Intelligence et Influence de SKEMA Business School.

Le débat est animé par Jérôme FABIANO (JF) et Bobelle KASHIO-LUKANGA (BKL). Celle-ci « plante le décor » de la conférence et notamment, aborde les tentations contradictoires de la théorie du complot et du doute, que l’analyse permet de surmonter.

JF demande à Eric DELBECQUE comment les décideurs intègrent les pratiques d’influence dans un nouveau contexte caractérisé par l’incertitude et le changement permanent.

Eric DELBECQUE entame son propos en disant que l’influence n’est en soi pas nouvelle, qu’il est en revanche intéressant de poser une grille des rapports entre les hommes, qui fonctionnent sous quatre modes : l’amour, la guerre, la négociation et l’influence. Cette dernière a certes toujours existé mais elle a aussi évolué. L’influence est un mélange d’exemplarité, d’argumentation, de séduction et de manipulation. Auparavant, l’influence se fondait principalement sur la culture, source notamment du rayonnement de notre pays. Un élément caractéristique de l’époque actuelle est la collision frontale que l’on peut observer entre la guerre et l’influence, ce qui permet de dire qu’aujourd’hui, l’influence est la métamorphose de la contrainte, de la violence. Cette métamorphose se justifie pour Eric DELBECQUE par notre histoire et notamment par les deux guerres mondiales du XXIème siècle. Aujourd’hui, la guerre n’est plus tolérée par les nations occidentales et l’influence a donc comblé ce vide à l’aide de méthodes plus policées.

Comment l’État français affronte-t-il les enjeux d’influence ?

L’Etat intègre mal les stratégies d’influence. Il faudrait accepter que les outils classiques ne fonctionnent plus de la même manière (diplomatie, actions militaires…). Dans ce monde incertain et complexe, les échiquiers sont désormais interconnectés et les Etats sont concurrencés par bien d’autres acteurs. Cette évolution n’est pas perçue par tous en France. Il faut inciter nos pairs à prendre conscience des jeux d’acteurs et de la nécessité de travailler en liens les uns avec les autres. L’Etat français doit faire des efforts en ce sens.

BKL s’adresse ensuite à Alice GUILHON et lui demande si l’enseignement supérieur doit aussi à faire face à de l’influence extérieure ? Quel est par exemple le poids des normes ? Des pressions médiatiques ?

L’enseignement supérieur s’est globalisé ces dernières années et cette évolution a attiré les stratégies d’influence, elle a aussi permis la création d’acteurs visant à standardiser et normaliser les programmes éducatifs ou de recherche. Alice GUILHON prend à titre d’exemple, la course à la standardisation que se livrent EFMD et AACSB. Leur influence conduit par exemple les établissements de formation à définir des stratégies, ce qui n’était pas nécessairement leur  comportement courant auparavant. Ces enjeux sont d’autant plus importants que la formation est un vecteur d’influence économique ou politique pour les Etats, qui sont par conséquent actifs sur ces sujets. L’un des objectifs de ces organismes est d’arriver à contrôler et standardiser ces jeux d’influence. Il existe des organisations régionales spécialisées, au même titre que des associations politiques comme l’ASEAN ou le MERCOSUR, voir par exemple l’association asiatique des Business School, il en est de même pour le continent africain. Ces outils de normalisation et de standardisation adoptés par les continents et les pays sont au final de véritables armes pour imposer des règles bien précises, mais cette pression est contrebalancée par les progrès insufflés par ces mêmes démarches. Ce sont aussi ces organismes qui promeuvent des enseignements d’éthique, de diversité…. Cela dit, cette pression a pour conséquence une perte dans la diversité des programmes et la moindre innovation d’un établissement est rapidement reproduite par ses pairs, ce que regrette Alice GUILHON. La norme dans le management est aujourd’hui clairement définie par les Anglo-saxons, d’où l’intérêt de se féliciter de la présence de certains Français à des postes clés de l’EFMD.

La Directrice de SKEMA est ensuite interrogée sur le fait de savoir si les enseignements français et européens sont bien armés pour faire face à cette influence ? On lui demande également si les Français et Européens sont alliés ou non dans cette bataille.


Alice GUILHON explique que toute cette réflexion est très récente de la part des Français et des Européens. Nous étions auparavant toujours suspendus à ce que proposaient les Américains. Aujourd’hui, une nouvelle tendance à la différenciation se fait jour et les établissements européens tendent à s’extirper de ces modèles. En ouvrant un campus aux USA, SKEMA vise notamment à montrer les vertus du système éducatif français. SKEMA va par exemple ouvrir une classe préparatoire sur place, ce qui est un système totalement inconnu aux Etats-Unis. Une norme asiatique est en cours de préparation mais il faut avoir conscience que les acteurs européens résistent bien à l’heure actuelle comme le montrent les classements du Financial Times. L’Europe est en train de s’armer pour réagir. La Directrice Générale de SKEMA nuance cependant son propos en disant que si les Européens arrivent à bien s’entendre, ce n’est pas toujours le cas entre Français, or cette étape initiale est un élément clé pour définir une stratégie d’influence commune.

Y a-t-il une manière française d’influencer ? Celle-ci est-elle poussée par l’Etat Français ? Comment celui-ci intègre-t-il ces stratégies d’influence ?

La France est caractérisée par la cohabitation de deux systèmes d’éducation : le système universitaire et celui des « grandes écoles ». Lors de la production du référentiel d’Intelligence économique, Alice GUILHON et Alain JUILLET ont cherché à montrer l’importance de l’enseignement de cette approche pour la compétitivité à terme de notre pays. L’écho initial ne fut pas très positif mais petit à petit, cela évolue et le soutien des pouvoirs publics est davantage affiché aujourd’hui.

Au-delà des membres de la Conférence des Grandes Écoles, que pensent les autres dirigeants d’Écoles sur les sujets d’influence ?

Les dirigeants d’Écoles perçoivent l’intérêt de maîtriser ces jeux d’influence, cela ne leur donne pas pour autant la capacité à agir clairement sur ces sujets. L’INHESJ et les établissements pilotes qu’il a promus permettent aujourd’hui un démarrage à grande échelle de l’enseignement de l’intelligence économique, dont fait partie l’influence.

Jérôme BRUNEL reçoit à son tour les questions des animateurs. JF expose l’enjeu de normes et de régulation que représente la finance aujourd’hui. Il demande en souriant s’il y a un « complot » ou une influence concertée du capital au niveau mondial.

Les masses de liquidités sont telles que Jérôme BRUNEL ne voit pas comment un Big Brother pourrait ordonner une quelconque tendance. Cependant, les marchés sont composés d’acteurs qui font des analyses rationnelles quand ils ne sont pas en panique et ils ont des convergences d’intérêts ; cela a le pouvoir de révéler certaines situations. Jérôme BRUNEL insiste par ailleurs sur la différence qu’il y a entre révéler une situation et la créer ou l’amplifier notamment par des comportements spéculatifs « moutonniers ». Les entreprises bancaires sont aujourd’hui confrontées à une avalanche de régulations qui concernent tous les secteurs de la banque, tant le capital que les liquidités et la manière dont les acteurs peuvent être ou non sauvés. C’est ici qu’interviennent les actions d’influence que pratiquent les banques, afin que les règles qui seront édictées pour les prochaines années collent au terrain et leur permettent de continuer à faire leur travail. Rien n’est cependant neutre, derrière certaines règles comme Bâle III, il y a une guerre des modèles bancaires. Une guerre afin que les modèles qui prévalent dans certains pays prévalent sur d’autres, par un effet de concurrence visant in fine à affaiblir le système bancaire du voisin. Il ne faut donc pas être naïf et de véritables jeux d’influence se cachent derrière une apparente technicité. Jérôme BRUNEL différencie de la même façon qu’Alice GUILHON la bonne influence de la mauvaise. Il rappelle en effet que comme toute entreprise cotée, le Groupe Crédit Agricole est sous influence du marché et que cela est un bon correcteur.

Que pense M. BRUNEL de l’influence à l’heure de l’avènement du concept RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) et comment des pratiques d’influence peuvent elle selon lui s’intégrer dans un cadre éthique ?

Cette compatibilité va de soi : les lobbyistes français et européens ont peu de budget, par ailleurs les entreprises ont adopté des pratiques de RSE et les mots cohérents avec la réalité sont leur seule arme, à ne pas gâcher, dans un système démocratique européen extrêmement transparent, peut-être même parfois trop.

Homme politique français, Jean Marie CAMBACERES se voit quant à lui demander par BKL si la situation de l’influence en France peut être comparée à celle en vigueur dans  d’autres Etats ? Quid de Démocratie 2012 ?

Les entreprises sont loin d’être les seules à faire de l’influence auprès des politiques, les organisations professionnelles, syndicats et autres ONG sont au moins aussi présents. Cependant on n’est pas du tout au niveau des États-Unis en ce domaine et les pressions sur les parlementaires n’ont rien à voir en France avec la situation outre-Atlantique.
Beaucoup de think tanks existent, à gauche, parmi lesquels la Fondation Jean Jaurès ou Terra Nova. Démocratie 2012 a comme caractéristique de mailler le territoire et a comme ambition de faire remonter à Paris les opinions du  terrain sur les réformes.

En tant que spécialiste de l’Asie, JM CAMBACERES est interrogé sur la manière dont les Chinois abordent l’influence à l’international.

La Chine signifie « Empire du Milieu » en chinois ce qui prouve par la sémantique, s’il en est besoin, que l’influence sur l’étranger n’est pas ancrée dans la tradition chinoise... Cette velléité d’influence a été ponctuelle dans les années 70 et s’est depuis atténuée avec l’intégration du pays dans le grand concert des nations. Selon Jean Marie CAMBACERES, la Chine n’a pas de concept propre, ils ont davantage intégré ce qui se faisait ailleurs. Si le pays commence à avoir une réelle influence, c’est parce qu’il devient une puissance économique de premier plan, parce qu’il effectue des essais militaires et parce qu’il met en place des stratégies de soft power, les meilleurs exemples étant les Jeux Olympiques de Pékin, l’Exposition Universelle de Shanghai ou les Centres Confucius dans le monde. Cependant, pour que l’influence fonctionne, il faut que le fond soit bon et certains événements, parfois qualifiés par les responsables politiques chinois de faits divers, comme les protestations des bonzes tibétains, ruinent rapidement les efforts de longue haleine entrepris par les Chinois.

Quels sont les leviers d’influence de la France sur l’Asie ?

Par sa puissance économique, son rayonnement culturel, son statut diplomatique, sa puissance militaire ou bien encore sa langue, la France dispose des leviers classiques de l’influence. Cependant, ces leviers ne sont pas coordonnés entre eux et perdent ainsi en efficience. En ce qui concerne l’aspect économique, le poids de la France dans les échanges de la Chine représente moins de 1% de ceux-ci. L’initiateur de Démocratie 2012 pense que si les actions d’influence françaises étaient coordonnées et organisées, leur poids pourrait être non-négligeable en Asie.
D’une manière générale, les décisions internationales « ne tombent pas du ciel » mais sont longuement débattues durant de nombreuses réunions préparatoires desquelles la France est régulièrement absente. Avant d’être diffusée et validée, une circulaire  européenne est préparée durant 4 ou 5 ans dans les enceintes bruxelloises.

Les animateurs demandent à Claude REVEL d’évoquer finalement les quelques aspects particulièrement importants de l’influence.

Influencer c’est faire penser ou agir l’autre selon votre souhait à vous, sans utilisation de force ni de paiement. Les deux principaux outils pour cela sont la séduction et l’argumentation et ceux-ci sont souvent liés dans la réalité. L’influence revient selon Claude REVEL à une prise de pouvoir consentie, pas nécessairement consciente pour autant. Les stratégies d’influence peuvent se développer à un niveau individuel mais aussi sur un théâtre collectif et cela est facilité par le développement des techniques d’information et de communication. Selon Claude REVEL, l’information est une énergie en tant que telle, cependant invisible et l’influence est une manière de traiter cette information. L’influence a donc permis à certains acteurs disposant de pouvoirs limités telles les ONG ou certaines associations de gagner en poids et en visibilité. Le corollaire est que les acteurs institutionnels en place ont dû repenser leur mode de relation au monde.

L’influence est une arme de compétition que l’on soit une entreprise, un Etat ou une école qui doivent perpétuellement convaincre. Ces acteurs s’appuient pour cela sur l’influence, composée ici de l’image de l’acteur, de sa réputation… La compétition a de plus en plus lieu en amont de la bataille à proprement parler et c’est cette pré-bataille normative et réglementaire qui est justement le terrain de jeu favori de l’influence, qui s’est d’ailleurs fortement professionnalisée.

L’influence a aussi contribué à l’évolution de notre mode de gouvernance politique, elle est aujourd’hui le mécanisme de formation de la décision publique, comme aux  Etats-Unis où les pratiques de lobbying sont officiellement encadrées. Autre forme de gouvernance, celle des entreprises où surveiller et influencer son environnement devient une obligation et où il faut donc anticiper afin d’être in fine en mesure de façonner l’avenir en fonction de sa vision. Ces démarches de bonne gouvernance sont couramment appelées diplomatie d’entreprise, advocacy, public diplomacy, soft power dans le monde professionnel. Ainsi, en « imbibant » de façon discrète les règles et les cerveaux, à l’aide de think tanks et de relais d’opinions, les acteurs influencent leurs environnements.

L’influence est aussi un véhicule de modèles de société et de valeurs. Si l’influence américaine est un tel succès, c’est qu’elle est porteuse d’un message. C’est aussi pour cela que des pays comme le Brésil, le Qatar ou la Chine s’intéressent à cette ingénierie de l’influence. Notre société occidentale est aujourd’hui, selon Claude REVEL, dans un mode de gouvernance libéralo-morale où des règles très libérales côtoient une éthique déjà normée et toujours en cours de normalisation.

Les Français se sont-ils approprié l’influence ?

Claude REVEL estime que ces pratiques commencent seulement à être acceptées en France, on tolère par exemple aujourd’hui du bout des lèvres le lobbying. Elle argumente son propos en faisant référence à la notion de l’information énergie abordée précédemment et dont la valeur n’est pas encore intégrée par nos concitoyens. Selon l’auteur du livre « La France : un pays sous influences ? », nos concitoyens ont du mal à comprendre un mode de fonctionnement où la loi est faite avec l’aide de ceux-là même pour qui elle est faite, voire même par eux (la soft law, les autoréglementations). La caractéristique dite cartésienne de la réflexion française, y compris chez nos dirigeants, ne favorise pas cette prise de conscience. Ces hommes et femmes ne voient pas toujours l’intérêt de s’impliquer dans des cercles de réflexions pour nourrir leur prise de décision. L’influence est par nature transversale, ne peut être cloisonnée et se nourrit d’échanges et de confrontation d’idées, de points de vue et d’analyses. Cet esprit cartésien génère aussi certaines difficultés avec quelques outils régulièrement utilisés dans les stratégies d’influence, elle cite l’exemple du classement. En France, l’auteur du classement est considéré comme neutre par nature et il est difficile d’imaginer que les classements répondent à des intérêts quels qu’ils soient. Or c’est bien souvent le cas des classements internationaux, comme par exemple le « Doing Business » » de la Banque mondiale ou le classement de Shanghai sur les universités, et ce n’est pas être paranoïaque que de dire cela. De la même façon, les réseaux en France font plus souvent appel à des notions de copinage qu’à des notions de compétences.

Selon Claude REVEL, les Français ont bien intégré les aspects techniques du web et des réseaux, notamment sur les réseaux sociaux. Cependant, elle fait la distinction entre la compréhension technique et la faculté à utiliser cette compréhension pour l’utiliser comme une arme stratégique au service d’entreprises. Cela est encore plus vrai au niveau de l’Etat en termes d’influence internationale et politique.

A la suite de l’ensemble des propos émis par les autres panelistes, il paraît important que la France apprenne à jouer sa propre partition, vers l’Europe et vers le monde. En ce sens, la France doit s’appuyer sur ses atouts et parmi ceux-ci, sur son capital culturel et son réservoir d’idées politiques, uniques au monde. Ces atouts doivent néanmoins être utilisés avec finesse et sans arrogance aucune, avec une grande discrétion et avec les mots des autres pour nous faire comprendre.

Claude REVEL plaide donc pour la mise en place d’une telle ingénierie au plus haut niveau de l’Etat, en la forme d’une structure fondée sur des priorités de long terme et s’articulant simultanément sur les trois piliers économiques, politiques et culturels, comment le font nos principaux coopétiteurs.

L’ultime question des animateurs s’adresse à l’ensemble des panelistes : cette nouvelle donne de l’influence peut-elle renouveler la démocratie ? Préfigurer un mode de gouvernance internationale ?

Jean Marie CAMBACERES estime que le train avance d’ores et déjà et que par conséquent, si nous ne le prenons pas en marche, la France se verra imposer un certain nombre de choses y compris des normes, un nouveau modèle de droit… Quant au renouvellement d’une diplomatie, il pense que l’influence, même à l’échelle planétaire, n’est en rien dévolue au seul Quai d’Orsay. Le problème de la France est que selon lui, il n’y a pas de pilotage global pilotant tous les secteurs, allant de l’accueil des étudiants étrangers, à la promotion de la langue française, la protection de nos savoir-faire et la compétitivité de nos entreprises.

Eric DELBECQUE pense, lui, que l’influence met à l’épreuve la diplomatie traditionnelle dans le sens où celle-ci ne s’intéressait qu’aux rapports entre les États, or la société actuelle est composée de beaucoup plus d’éléments que de la seule action de l’État y compris la société civile et que l’influence est justement la capacité à agréger une myriade d’acteurs dont l’État n’est qu’une composante et de les faire concourir à un objectif commun. Il estime que le jour où la diplomatie aura compris que l’État ne parle plus à l’État mais que des nations et des blocs régionaux échangent entre eux via une myriade d’intervenants divers et variés, alors, la diplomatie aura achevé sa mue et sera passée dans l’ère de l’influence. Jérôme BRUNEL tient à nuancer et rendre plus positifs ces derniers propos. Il pense que la situation décrite est celle des années 90. Il estime qu’à l’heure actuelle, notamment dans la finance, les acteurs privés comme étatiques travaillent de concert en bonne intelligence.

De nombreuses questions sont ensuite posées aux conférenciers. Nous suggérons aux lecteurs de se reporter à la vidéo des débats.

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jeudi 12 juillet 2012

Conférence "La France est-elle sous influences ?" - compte-rendu

Nous vous annoncions précédemment le succès rencontré par la conférence « La France est-elle sous influences ? » organisée par SKEMA Business School et son Centre Global Intelligence & Influence (GIISK), la Conférence Olivaint et les éditions Vuibert à l’occasion de la sortie du dernier livre de Claude Revel « La France : un pays sous influences ? ».

Vous trouverez ci-dessous un résumé des points clés abordés lors de cette conférence, réalisé par des étudiants du Mastère Spécialisé en Intelligence Economique et Management des Connaissances de SKEMA. Un compte-rendu complet sera publié très prochainement ainsi que la vidéo de l’évènement.

Pour rappel, les intervenants présents à cette conférence étaient :
  • Jérôme Brunel, membre du Comité exécutif du Crédit agricole ;
  • Jean-Marie Cambacérès, ancien Député et Président de France-Asie ;
  • Eric Delbecque, Directeur de la Sécurité Economique à l’INHESJ (Institut national des hautes études de sécurité et de justice)  ;
  • Alice Guilhon, Directrice générale de SKEMA;
  • Claude Revel, Directrice du GIISK.
Ces derniers étaient invités à exposer leurs analyses et expériences puis à échanger avec l’auditoire. 

Qu’est-ce que l’influence ?

Claude Revel
Selon Claude Revel, « l’influence est une relation consciente ou inconsciente qui permet de faire agir ou penser autrui selon ce que veut l’émetteur de l’influence, sans exercice de la force ni paiement ». Elle peut prendre différentes formes dans différents contextes et revêt aujourd’hui un caractère décisif si l’on veut comprendre et maîtriser l’environnement qui nous entoure. L'influence est "séduction, conviction, argumentation". C'est une prise de pouvoir « consentie » au niveau collectif et désormais  facilitée  par l'évolution des  technologies de l'information et de la communication.

L’influence est une manière de traiter l’information, information que l’on peut assimiler à une énergie qui doit donc être exploitée en tant que telle. Cette énergie a permis de faire émerger de nouveaux acteurs comme les ONG par exemple. Il s’agit d’une « arme de compétition » (il faut expliquer, convaincre afin de protéger sa marque, son image, sa réputation,…) opérant en amont (avec les règles et normes) et poussant les organisations et les Etats à changer de mode de gouvernance (une confiance de plus en plus grande est accordée aux intérêts privés dans le cycle de décision). Pour cela, anticiper est plus que nécessaire.

Pour Claude Revel l’influence devrait donc être un mode de gouvernance en soi, précédé par une anticipation et permettant au total d’agir sur les règles et les normes. La France doit intégrer le fait que l’influence véhicule des modèles et des valeurs dans un monde de plus en plus « libéralo-moral » parfois contradictoire puisque soucieux de garantir un maximum de liberté en produisant de plus en plus de règles. 

Eric Delbecque
Selon Eric Delbecque, l’influence est également un sujet multiforme prenant tout son sens dans le contexte d’incertitude actuel. Dans ce contexte, la grille d’évaluation des rapports intersubjectifs basée sur l’amour, la guerre, la négociation et l’influence évolue. Ce phénomène s’explique notamment par le fait que deux de ces critères sont entrés en conflit : la guerre (contrainte) et l’influence. L’influence est une métamorphose de la contrainte sous le poids historique et moral des deux guerres mondiales qui ont transformé ces rapports intersubjectifs : la guerre en tant que telle a perdu sa légitimité et sa nouvelle forme passe donc par l’influence. Cette dernière agit selon ses propres critères que sont l’exemplarité, l'argumentation, la séduction et la manipulation.

L'influence dans l'enseignement supérieur

Alice Guilhon
Selon Alice Guilhon, l’exemple de l’enseignement supérieur est caractéristique de l’évolution des enjeux et des influences que subit aujourd’hui la France. En effet, ce secteur doit faire face à une concurrence internationale forte et est devenu un moyen d’influence en tant que tel : chaque région du monde tente d’imposer son modèle en créant des instances ou organismes de normalisation, d’accréditation, de labélisation afin d’imposer ses standards aux autres. La France et l’Europe sont aujourd’hui confrontées à des critères d’évaluation qui ne sont plus forcément les leurs, pour exister sur la scène internationale et doivent donc impérativement réussir à inverser cette tendance (exemple des normes AACSB versus EFMD).

Il est vrai que la France subit des influences anglo-saxonnes (surtout américaine) et asiatique… mais elle est en train de s'armer. Alice Guilhon cite l’exemple de SKEMA ayant réussi à importer des « classes prépas », modèle typiquement français, aux Etats-Unis.

L'influence dans la finance

Jérôme Brunel
Jérôme Brunel nous rappelle que le monde bancaire est un marché extrêmement régulé dans lequel, nous explique-t-il, chaque acteur essaie d’imposer son modèle afin de dominer le marché. Là encore, l’influence anglo-saxonne est prépondérante mais la France tente désormais de riposter en s’organisant et en se structurant tant au niveau européen qu’au niveau international. Jérôme Brunel nous indique que cette influence financière est réelle et qu’elle ne tient pas du complot mais plutôt d’une réaction systémique. Ainsi, la convergence d’intérêts entre les acteurs transforme les marchés en révélateurs et en amplificateurs de situations, les conduisant à la spéculation par mimétisme.

L'influence chinoise

Jean-Marie Cambacérès
Jean-Marie Cambacérès nous explique que la Chine n’a pas véritablement de doctrine de l’influence : cette dernière est contradictoire et non coordonnée. Mais, des progrès ont été faits depuis 30 ans. Aujourd'hui, elle utilise les mêmes outils que les autres pays malgré ce manque de coordination.




La France, un pays influent ?

Eric Delbecque rappelle que la France a longtemps utilisé les outils classiques d’influence : outils diplomatiques, culturels, économiques, militaires… mais ceux-ci ne peuvent plus fonctionner si nous continuons à les utiliser de manière isolée.

Pour Claude Revel, la France a du mal à s’approprier certaines nouvelles règles du jeu et ne construit pas de véritable stratégie d’influence. Elle doit s’affranchir d’idées préconçues qui la freinent dans son rôle international. La notion de réseau se résume trop souvent au « copinage » ou à son aspect technique certes plutôt bien maîtrisé mais la France n’est pas assez présente dans les cercles de réflexion, « think tanks » ou même lors des rencontres internationales qui sont devenues les vrais centres de prises de décisions stratégiques. La France a par ailleurs encore du mal à appréhender certaines notions telles que l’autorégulation ou autoréglementation.

Claude Revel indique que les Etats-Unis sont pionniers mais la Chine, le Brésil, le Qatar sont en train de se renforcer. Comme l’a rappelé Eric Delbecque, la France s’est trop longtemps appuyée sur les outils traditionnels de l’influence. Claude Revel précise qu’elle doit désormais jouer à plusieurs niveaux : elle doit d’abord être cohérente en son sein et parler d’une voix uniforme pour espérer, ensuite, jouer son rôle au nom et avec l’Europe sur le plan international.



En conclusion, nous l’avons bien compris, la compétition a lieu en amont si l’on veut espérer imposer ses idées au reste du monde : « agir après, c’est trop tard ! ». Par ailleurs, l’influence est un véritable pouvoir applicable à divers niveaux, économique, politique, culturel… mais qu’il faut vouloir !

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