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mardi 7 août 2012

Les Jeux Olympiques : instrument de Soft Power


Le Soft Power est selonJoseph Nye, la capacité d'un acteur politique d'influencer indirectement le comportement d'un autre acteur ou la définition par cet autre acteur de ses propres intérêts à l’aide de moyens autres que la force. Pour cela quel meilleur moyen que l’organisation de d’évènement sportif à l’échelle planétaire, qui va être suivi par des centaines de millions de personnes. Les évènements sportifs font partie des rares événements ayant une importance médiatique de cette envergure. Les Jeux Olympiques (JO) sont pleinement une démonstration de puissance sans utiliser la force dans ces différentes étapes. Le Soft Power des JO se partage en deux parties :

La première consiste à obtenir l’organisation des JO. Les pays s’affrontent dans une lutte sans merci auprès du Comité International Olympique pour obtenir cet évènement comme on l’a pu le constater pour l’obtention des JO de 2012 entre le Royaume Uni et la France et les autres pays éliminés plus tôt dans la course. Rien que d’obtenir les JO permet d’effectuer une démonstration de sa puissance dans la capacité à organiser cet évènement comme nul autre. Si le pays organisateur arrive à réaliser cette aventure sans réels problèmes majeures, alors il démontre sa puissance par des moyens autres que militaires. Les jeux sont en effet toujours accomplis dans le cadre d’un projet d’affirmation sur la scène internationale. Il s’agit donc de communiquer à l’échelle planétaire en montrant sa capacité à organiser un tel événement puisque les JO sont suivis par plus d’un milliard d’êtres humains. La rentabilité d’événements sportifs comme les JO est secondaire pour le pays organisateur. Mais le bénéfice d’image et de médiatisation de l’organisateur est bien réel.

Source image
 

Le deuxième aspect est sur le plan plus sportif. Comme on peut le remarquer, il y a bien une compétition entre les sportifs mais également entre les pays. Un tableau des médailles est tenu afin de montrer la supériorité des États afin de confirmer sa puissance. Officiellement, ce classement n'existe pas. Pourtant, la hiérarchie des nations selon le nombre de médailles obtenues est observée avec attention par tous les pays. Les États-Unis et la Chine se disputent la première place par tous les moyens possibles et inimaginables. 

Je pense même que les outils de l’intelligence économique sont pleinement utilisés, se que l’on pourra appeler de « l’intelligence sportive ». Rien que pour les jeux de Londres, les affaires s’accumulent comme l'histoire où huit joueuses de badminton chinoises auraient abaissé leur niveau de jeu pour s'offrir un tableau plus abordable pour la suite la compétition. Il doit y avoir également des recherches pour déstabiliser certain concurrent. Le port des lunettes de protection obligatoire de Tony Parker par son équipe américaine après une bagarre dans laquelle il s’est trouvé pourrait bien en être un exemple. Et encore ces exemples ne sont que l’infime partie que dont nous ayons connaissance.

Aujourd’hui, dans cette "guerre" sportive,  l’UE se pose une question stratégique, vu l’influence des pays selon ces résultats sportifs. La problématique est de savoir s’il ne sera pas plus intéressant de regrouper les médailles olympiques des pays européens. Ce qui permettra à l’UE d’être la première puissance sportive mondiale bien devant les États-Unis et le Chine et d’afficher sa supériorité en matière sportive.

jeudi 19 juillet 2012

Vidéos de la conférence "La France est-elle sous influences ?"

Vous pouvez désormais visionner l'intégralité de la conférence "La France est-elle sous influences ?" réalisée le 30 mai dernier à l'occasion de la sortie du nouveau livre de Claude Revel "La France : un pays sous-influences ?".

Le compte-rendu complet est disponible dans ce précédent billet.

1re partie : discours introductifs et présentation des intervenants



2e partie : les interventions



3e partie : questions du public




Autres liens utiles :

"La France est-elle sous influences ?" - compte-rendu complet

Comme annoncé précédemment, vous trouverez ci-dessous le compte-rendu officiel de la conférence "La France est-elle sous influences ?".

Ce compte-rendu, rédigé avec l'aimable contribution de Carl Soutra, diplômé du MS IEMC (promotion 2011), est téléchargeable au format Adobe Acrobat (pdf). Vous pouvez également visionner la conférence. Voir liens ci-dessous :
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La France est-elle sous influences ?

Conférence du 30 mai 2012 à Sciences Po (19h-21h)

Organisée par la Conférence Olivaint, SKEMA Business School (Centre Intelligence & Influence, GIISK) et les éditions Vuibert, cette conférence s’est tenue à l’occasion de la sortie du nouvel ouvrage de Claude REVEL, « La France : un pays sous influences ? ». Après une introduction par le Directeur du Campus Sciences Po de Paris, David COLON, puis des interventions des responsables étudiants de la Conférence Olivaint, Salomé BERLIOUX (Présidente), Jérôme FABIANO et Bobelle KASHIO-LUKANGA, les panelistes suivants se sont réunis :

  • Eric DELBECQUE, directeur du département sécurité économique de l’INHESJ a exposé sa vision sur ce sujet en tant qu’acteur de l’État.
  • Alice GUILHON, directrice générale de SKEMA Business School, a donné son point de vue sur l’influence dans le secteur de l’enseignement supérieur international.
  • Jérôme BRUNEL, membre du comité exécutif du Groupe Crédit Agricole, a pris la parole sur le thème de l’influence dans le monde financier.
  • Jean Marie CAMBACERES, ancien député et Président de France Asie et Démocratie 2012, a quant à lui analysé l’environnement politique et la Chine et l’Asie.
  • Claude REVEL professeure à SKEMA et praticienne de l’IE, a finalement synthétisé les grands enjeux et les mécanismes communs de l’influence, « rouage-clé de notre société mondialisée ». 

Grâce à des exemples précis et percutants émanant des vies professionnelles et personnelles des panelistes, les participants à ce colloque ont pu découvrir de nouveaux aspects de l’influence. La diversité des sujets abordés permet de se rendre compte que les stratégies d’influence, quelles qu’elles soient, maillent dorénavant nos vies, pour le meilleur comme pour le pire. Une fois ce constat accepté, le public ne peut que convenir d’une faiblesse d’adaptation de nos structures politiques, économiques et administratives face à ces nouveaux enjeux. L’influence est synonyme de formidables opportunités autant que de menaces et sans pécher par excès d’optimisme, il paraît raisonnable de penser que la France puisse sortir par le haut de cette période difficile si certaines réformes et évolutions sont mises en place. On sent que la prise en compte des stratégies d’influence évolue dans notre pays, dans les entreprises comme dans les administrations, mais que beaucoup de sensibilisation reste à faire, notamment à destination des élites décisionnaires, pour anticiper les réalités du XXIème siècle.


Claude REVEL expose d’abord que selon elle, l’influence est aujourd’hui plus encore qu’hier multiforme et qu’il s’agit dorénavant d’un nouveau pouvoir dans les ordres économique, financier mais aussi politique et culturel. Souvent visible mais aussi invisible, l’influence porte en elle des valeurs et des visions qui permettent de s’imposer imperceptiblement, y compris à un niveau planétaire. Claude REVEL précise que l’objectif du débat ci-après est de lancer en France une réflexion qu’elle entend bien continuer avec le Centre Global Intelligence et Influence de SKEMA Business School.

Le débat est animé par Jérôme FABIANO (JF) et Bobelle KASHIO-LUKANGA (BKL). Celle-ci « plante le décor » de la conférence et notamment, aborde les tentations contradictoires de la théorie du complot et du doute, que l’analyse permet de surmonter.

JF demande à Eric DELBECQUE comment les décideurs intègrent les pratiques d’influence dans un nouveau contexte caractérisé par l’incertitude et le changement permanent.

Eric DELBECQUE entame son propos en disant que l’influence n’est en soi pas nouvelle, qu’il est en revanche intéressant de poser une grille des rapports entre les hommes, qui fonctionnent sous quatre modes : l’amour, la guerre, la négociation et l’influence. Cette dernière a certes toujours existé mais elle a aussi évolué. L’influence est un mélange d’exemplarité, d’argumentation, de séduction et de manipulation. Auparavant, l’influence se fondait principalement sur la culture, source notamment du rayonnement de notre pays. Un élément caractéristique de l’époque actuelle est la collision frontale que l’on peut observer entre la guerre et l’influence, ce qui permet de dire qu’aujourd’hui, l’influence est la métamorphose de la contrainte, de la violence. Cette métamorphose se justifie pour Eric DELBECQUE par notre histoire et notamment par les deux guerres mondiales du XXIème siècle. Aujourd’hui, la guerre n’est plus tolérée par les nations occidentales et l’influence a donc comblé ce vide à l’aide de méthodes plus policées.

Comment l’État français affronte-t-il les enjeux d’influence ?

L’Etat intègre mal les stratégies d’influence. Il faudrait accepter que les outils classiques ne fonctionnent plus de la même manière (diplomatie, actions militaires…). Dans ce monde incertain et complexe, les échiquiers sont désormais interconnectés et les Etats sont concurrencés par bien d’autres acteurs. Cette évolution n’est pas perçue par tous en France. Il faut inciter nos pairs à prendre conscience des jeux d’acteurs et de la nécessité de travailler en liens les uns avec les autres. L’Etat français doit faire des efforts en ce sens.

BKL s’adresse ensuite à Alice GUILHON et lui demande si l’enseignement supérieur doit aussi à faire face à de l’influence extérieure ? Quel est par exemple le poids des normes ? Des pressions médiatiques ?

L’enseignement supérieur s’est globalisé ces dernières années et cette évolution a attiré les stratégies d’influence, elle a aussi permis la création d’acteurs visant à standardiser et normaliser les programmes éducatifs ou de recherche. Alice GUILHON prend à titre d’exemple, la course à la standardisation que se livrent EFMD et AACSB. Leur influence conduit par exemple les établissements de formation à définir des stratégies, ce qui n’était pas nécessairement leur  comportement courant auparavant. Ces enjeux sont d’autant plus importants que la formation est un vecteur d’influence économique ou politique pour les Etats, qui sont par conséquent actifs sur ces sujets. L’un des objectifs de ces organismes est d’arriver à contrôler et standardiser ces jeux d’influence. Il existe des organisations régionales spécialisées, au même titre que des associations politiques comme l’ASEAN ou le MERCOSUR, voir par exemple l’association asiatique des Business School, il en est de même pour le continent africain. Ces outils de normalisation et de standardisation adoptés par les continents et les pays sont au final de véritables armes pour imposer des règles bien précises, mais cette pression est contrebalancée par les progrès insufflés par ces mêmes démarches. Ce sont aussi ces organismes qui promeuvent des enseignements d’éthique, de diversité…. Cela dit, cette pression a pour conséquence une perte dans la diversité des programmes et la moindre innovation d’un établissement est rapidement reproduite par ses pairs, ce que regrette Alice GUILHON. La norme dans le management est aujourd’hui clairement définie par les Anglo-saxons, d’où l’intérêt de se féliciter de la présence de certains Français à des postes clés de l’EFMD.

La Directrice de SKEMA est ensuite interrogée sur le fait de savoir si les enseignements français et européens sont bien armés pour faire face à cette influence ? On lui demande également si les Français et Européens sont alliés ou non dans cette bataille.


Alice GUILHON explique que toute cette réflexion est très récente de la part des Français et des Européens. Nous étions auparavant toujours suspendus à ce que proposaient les Américains. Aujourd’hui, une nouvelle tendance à la différenciation se fait jour et les établissements européens tendent à s’extirper de ces modèles. En ouvrant un campus aux USA, SKEMA vise notamment à montrer les vertus du système éducatif français. SKEMA va par exemple ouvrir une classe préparatoire sur place, ce qui est un système totalement inconnu aux Etats-Unis. Une norme asiatique est en cours de préparation mais il faut avoir conscience que les acteurs européens résistent bien à l’heure actuelle comme le montrent les classements du Financial Times. L’Europe est en train de s’armer pour réagir. La Directrice Générale de SKEMA nuance cependant son propos en disant que si les Européens arrivent à bien s’entendre, ce n’est pas toujours le cas entre Français, or cette étape initiale est un élément clé pour définir une stratégie d’influence commune.

Y a-t-il une manière française d’influencer ? Celle-ci est-elle poussée par l’Etat Français ? Comment celui-ci intègre-t-il ces stratégies d’influence ?

La France est caractérisée par la cohabitation de deux systèmes d’éducation : le système universitaire et celui des « grandes écoles ». Lors de la production du référentiel d’Intelligence économique, Alice GUILHON et Alain JUILLET ont cherché à montrer l’importance de l’enseignement de cette approche pour la compétitivité à terme de notre pays. L’écho initial ne fut pas très positif mais petit à petit, cela évolue et le soutien des pouvoirs publics est davantage affiché aujourd’hui.

Au-delà des membres de la Conférence des Grandes Écoles, que pensent les autres dirigeants d’Écoles sur les sujets d’influence ?

Les dirigeants d’Écoles perçoivent l’intérêt de maîtriser ces jeux d’influence, cela ne leur donne pas pour autant la capacité à agir clairement sur ces sujets. L’INHESJ et les établissements pilotes qu’il a promus permettent aujourd’hui un démarrage à grande échelle de l’enseignement de l’intelligence économique, dont fait partie l’influence.

Jérôme BRUNEL reçoit à son tour les questions des animateurs. JF expose l’enjeu de normes et de régulation que représente la finance aujourd’hui. Il demande en souriant s’il y a un « complot » ou une influence concertée du capital au niveau mondial.

Les masses de liquidités sont telles que Jérôme BRUNEL ne voit pas comment un Big Brother pourrait ordonner une quelconque tendance. Cependant, les marchés sont composés d’acteurs qui font des analyses rationnelles quand ils ne sont pas en panique et ils ont des convergences d’intérêts ; cela a le pouvoir de révéler certaines situations. Jérôme BRUNEL insiste par ailleurs sur la différence qu’il y a entre révéler une situation et la créer ou l’amplifier notamment par des comportements spéculatifs « moutonniers ». Les entreprises bancaires sont aujourd’hui confrontées à une avalanche de régulations qui concernent tous les secteurs de la banque, tant le capital que les liquidités et la manière dont les acteurs peuvent être ou non sauvés. C’est ici qu’interviennent les actions d’influence que pratiquent les banques, afin que les règles qui seront édictées pour les prochaines années collent au terrain et leur permettent de continuer à faire leur travail. Rien n’est cependant neutre, derrière certaines règles comme Bâle III, il y a une guerre des modèles bancaires. Une guerre afin que les modèles qui prévalent dans certains pays prévalent sur d’autres, par un effet de concurrence visant in fine à affaiblir le système bancaire du voisin. Il ne faut donc pas être naïf et de véritables jeux d’influence se cachent derrière une apparente technicité. Jérôme BRUNEL différencie de la même façon qu’Alice GUILHON la bonne influence de la mauvaise. Il rappelle en effet que comme toute entreprise cotée, le Groupe Crédit Agricole est sous influence du marché et que cela est un bon correcteur.

Que pense M. BRUNEL de l’influence à l’heure de l’avènement du concept RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) et comment des pratiques d’influence peuvent elle selon lui s’intégrer dans un cadre éthique ?

Cette compatibilité va de soi : les lobbyistes français et européens ont peu de budget, par ailleurs les entreprises ont adopté des pratiques de RSE et les mots cohérents avec la réalité sont leur seule arme, à ne pas gâcher, dans un système démocratique européen extrêmement transparent, peut-être même parfois trop.

Homme politique français, Jean Marie CAMBACERES se voit quant à lui demander par BKL si la situation de l’influence en France peut être comparée à celle en vigueur dans  d’autres Etats ? Quid de Démocratie 2012 ?

Les entreprises sont loin d’être les seules à faire de l’influence auprès des politiques, les organisations professionnelles, syndicats et autres ONG sont au moins aussi présents. Cependant on n’est pas du tout au niveau des États-Unis en ce domaine et les pressions sur les parlementaires n’ont rien à voir en France avec la situation outre-Atlantique.
Beaucoup de think tanks existent, à gauche, parmi lesquels la Fondation Jean Jaurès ou Terra Nova. Démocratie 2012 a comme caractéristique de mailler le territoire et a comme ambition de faire remonter à Paris les opinions du  terrain sur les réformes.

En tant que spécialiste de l’Asie, JM CAMBACERES est interrogé sur la manière dont les Chinois abordent l’influence à l’international.

La Chine signifie « Empire du Milieu » en chinois ce qui prouve par la sémantique, s’il en est besoin, que l’influence sur l’étranger n’est pas ancrée dans la tradition chinoise... Cette velléité d’influence a été ponctuelle dans les années 70 et s’est depuis atténuée avec l’intégration du pays dans le grand concert des nations. Selon Jean Marie CAMBACERES, la Chine n’a pas de concept propre, ils ont davantage intégré ce qui se faisait ailleurs. Si le pays commence à avoir une réelle influence, c’est parce qu’il devient une puissance économique de premier plan, parce qu’il effectue des essais militaires et parce qu’il met en place des stratégies de soft power, les meilleurs exemples étant les Jeux Olympiques de Pékin, l’Exposition Universelle de Shanghai ou les Centres Confucius dans le monde. Cependant, pour que l’influence fonctionne, il faut que le fond soit bon et certains événements, parfois qualifiés par les responsables politiques chinois de faits divers, comme les protestations des bonzes tibétains, ruinent rapidement les efforts de longue haleine entrepris par les Chinois.

Quels sont les leviers d’influence de la France sur l’Asie ?

Par sa puissance économique, son rayonnement culturel, son statut diplomatique, sa puissance militaire ou bien encore sa langue, la France dispose des leviers classiques de l’influence. Cependant, ces leviers ne sont pas coordonnés entre eux et perdent ainsi en efficience. En ce qui concerne l’aspect économique, le poids de la France dans les échanges de la Chine représente moins de 1% de ceux-ci. L’initiateur de Démocratie 2012 pense que si les actions d’influence françaises étaient coordonnées et organisées, leur poids pourrait être non-négligeable en Asie.
D’une manière générale, les décisions internationales « ne tombent pas du ciel » mais sont longuement débattues durant de nombreuses réunions préparatoires desquelles la France est régulièrement absente. Avant d’être diffusée et validée, une circulaire  européenne est préparée durant 4 ou 5 ans dans les enceintes bruxelloises.

Les animateurs demandent à Claude REVEL d’évoquer finalement les quelques aspects particulièrement importants de l’influence.

Influencer c’est faire penser ou agir l’autre selon votre souhait à vous, sans utilisation de force ni de paiement. Les deux principaux outils pour cela sont la séduction et l’argumentation et ceux-ci sont souvent liés dans la réalité. L’influence revient selon Claude REVEL à une prise de pouvoir consentie, pas nécessairement consciente pour autant. Les stratégies d’influence peuvent se développer à un niveau individuel mais aussi sur un théâtre collectif et cela est facilité par le développement des techniques d’information et de communication. Selon Claude REVEL, l’information est une énergie en tant que telle, cependant invisible et l’influence est une manière de traiter cette information. L’influence a donc permis à certains acteurs disposant de pouvoirs limités telles les ONG ou certaines associations de gagner en poids et en visibilité. Le corollaire est que les acteurs institutionnels en place ont dû repenser leur mode de relation au monde.

L’influence est une arme de compétition que l’on soit une entreprise, un Etat ou une école qui doivent perpétuellement convaincre. Ces acteurs s’appuient pour cela sur l’influence, composée ici de l’image de l’acteur, de sa réputation… La compétition a de plus en plus lieu en amont de la bataille à proprement parler et c’est cette pré-bataille normative et réglementaire qui est justement le terrain de jeu favori de l’influence, qui s’est d’ailleurs fortement professionnalisée.

L’influence a aussi contribué à l’évolution de notre mode de gouvernance politique, elle est aujourd’hui le mécanisme de formation de la décision publique, comme aux  Etats-Unis où les pratiques de lobbying sont officiellement encadrées. Autre forme de gouvernance, celle des entreprises où surveiller et influencer son environnement devient une obligation et où il faut donc anticiper afin d’être in fine en mesure de façonner l’avenir en fonction de sa vision. Ces démarches de bonne gouvernance sont couramment appelées diplomatie d’entreprise, advocacy, public diplomacy, soft power dans le monde professionnel. Ainsi, en « imbibant » de façon discrète les règles et les cerveaux, à l’aide de think tanks et de relais d’opinions, les acteurs influencent leurs environnements.

L’influence est aussi un véhicule de modèles de société et de valeurs. Si l’influence américaine est un tel succès, c’est qu’elle est porteuse d’un message. C’est aussi pour cela que des pays comme le Brésil, le Qatar ou la Chine s’intéressent à cette ingénierie de l’influence. Notre société occidentale est aujourd’hui, selon Claude REVEL, dans un mode de gouvernance libéralo-morale où des règles très libérales côtoient une éthique déjà normée et toujours en cours de normalisation.

Les Français se sont-ils approprié l’influence ?

Claude REVEL estime que ces pratiques commencent seulement à être acceptées en France, on tolère par exemple aujourd’hui du bout des lèvres le lobbying. Elle argumente son propos en faisant référence à la notion de l’information énergie abordée précédemment et dont la valeur n’est pas encore intégrée par nos concitoyens. Selon l’auteur du livre « La France : un pays sous influences ? », nos concitoyens ont du mal à comprendre un mode de fonctionnement où la loi est faite avec l’aide de ceux-là même pour qui elle est faite, voire même par eux (la soft law, les autoréglementations). La caractéristique dite cartésienne de la réflexion française, y compris chez nos dirigeants, ne favorise pas cette prise de conscience. Ces hommes et femmes ne voient pas toujours l’intérêt de s’impliquer dans des cercles de réflexions pour nourrir leur prise de décision. L’influence est par nature transversale, ne peut être cloisonnée et se nourrit d’échanges et de confrontation d’idées, de points de vue et d’analyses. Cet esprit cartésien génère aussi certaines difficultés avec quelques outils régulièrement utilisés dans les stratégies d’influence, elle cite l’exemple du classement. En France, l’auteur du classement est considéré comme neutre par nature et il est difficile d’imaginer que les classements répondent à des intérêts quels qu’ils soient. Or c’est bien souvent le cas des classements internationaux, comme par exemple le « Doing Business » » de la Banque mondiale ou le classement de Shanghai sur les universités, et ce n’est pas être paranoïaque que de dire cela. De la même façon, les réseaux en France font plus souvent appel à des notions de copinage qu’à des notions de compétences.

Selon Claude REVEL, les Français ont bien intégré les aspects techniques du web et des réseaux, notamment sur les réseaux sociaux. Cependant, elle fait la distinction entre la compréhension technique et la faculté à utiliser cette compréhension pour l’utiliser comme une arme stratégique au service d’entreprises. Cela est encore plus vrai au niveau de l’Etat en termes d’influence internationale et politique.

A la suite de l’ensemble des propos émis par les autres panelistes, il paraît important que la France apprenne à jouer sa propre partition, vers l’Europe et vers le monde. En ce sens, la France doit s’appuyer sur ses atouts et parmi ceux-ci, sur son capital culturel et son réservoir d’idées politiques, uniques au monde. Ces atouts doivent néanmoins être utilisés avec finesse et sans arrogance aucune, avec une grande discrétion et avec les mots des autres pour nous faire comprendre.

Claude REVEL plaide donc pour la mise en place d’une telle ingénierie au plus haut niveau de l’Etat, en la forme d’une structure fondée sur des priorités de long terme et s’articulant simultanément sur les trois piliers économiques, politiques et culturels, comment le font nos principaux coopétiteurs.

L’ultime question des animateurs s’adresse à l’ensemble des panelistes : cette nouvelle donne de l’influence peut-elle renouveler la démocratie ? Préfigurer un mode de gouvernance internationale ?

Jean Marie CAMBACERES estime que le train avance d’ores et déjà et que par conséquent, si nous ne le prenons pas en marche, la France se verra imposer un certain nombre de choses y compris des normes, un nouveau modèle de droit… Quant au renouvellement d’une diplomatie, il pense que l’influence, même à l’échelle planétaire, n’est en rien dévolue au seul Quai d’Orsay. Le problème de la France est que selon lui, il n’y a pas de pilotage global pilotant tous les secteurs, allant de l’accueil des étudiants étrangers, à la promotion de la langue française, la protection de nos savoir-faire et la compétitivité de nos entreprises.

Eric DELBECQUE pense, lui, que l’influence met à l’épreuve la diplomatie traditionnelle dans le sens où celle-ci ne s’intéressait qu’aux rapports entre les États, or la société actuelle est composée de beaucoup plus d’éléments que de la seule action de l’État y compris la société civile et que l’influence est justement la capacité à agréger une myriade d’acteurs dont l’État n’est qu’une composante et de les faire concourir à un objectif commun. Il estime que le jour où la diplomatie aura compris que l’État ne parle plus à l’État mais que des nations et des blocs régionaux échangent entre eux via une myriade d’intervenants divers et variés, alors, la diplomatie aura achevé sa mue et sera passée dans l’ère de l’influence. Jérôme BRUNEL tient à nuancer et rendre plus positifs ces derniers propos. Il pense que la situation décrite est celle des années 90. Il estime qu’à l’heure actuelle, notamment dans la finance, les acteurs privés comme étatiques travaillent de concert en bonne intelligence.

De nombreuses questions sont ensuite posées aux conférenciers. Nous suggérons aux lecteurs de se reporter à la vidéo des débats.

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jeudi 12 juillet 2012

Conférence "La France est-elle sous influences ?" - compte-rendu

Nous vous annoncions précédemment le succès rencontré par la conférence « La France est-elle sous influences ? » organisée par SKEMA Business School et son Centre Global Intelligence & Influence (GIISK), la Conférence Olivaint et les éditions Vuibert à l’occasion de la sortie du dernier livre de Claude Revel « La France : un pays sous influences ? ».

Vous trouverez ci-dessous un résumé des points clés abordés lors de cette conférence, réalisé par des étudiants du Mastère Spécialisé en Intelligence Economique et Management des Connaissances de SKEMA. Un compte-rendu complet sera publié très prochainement ainsi que la vidéo de l’évènement.

Pour rappel, les intervenants présents à cette conférence étaient :
  • Jérôme Brunel, membre du Comité exécutif du Crédit agricole ;
  • Jean-Marie Cambacérès, ancien Député et Président de France-Asie ;
  • Eric Delbecque, Directeur de la Sécurité Economique à l’INHESJ (Institut national des hautes études de sécurité et de justice)  ;
  • Alice Guilhon, Directrice générale de SKEMA;
  • Claude Revel, Directrice du GIISK.
Ces derniers étaient invités à exposer leurs analyses et expériences puis à échanger avec l’auditoire. 

Qu’est-ce que l’influence ?

Claude Revel
Selon Claude Revel, « l’influence est une relation consciente ou inconsciente qui permet de faire agir ou penser autrui selon ce que veut l’émetteur de l’influence, sans exercice de la force ni paiement ». Elle peut prendre différentes formes dans différents contextes et revêt aujourd’hui un caractère décisif si l’on veut comprendre et maîtriser l’environnement qui nous entoure. L'influence est "séduction, conviction, argumentation". C'est une prise de pouvoir « consentie » au niveau collectif et désormais  facilitée  par l'évolution des  technologies de l'information et de la communication.

L’influence est une manière de traiter l’information, information que l’on peut assimiler à une énergie qui doit donc être exploitée en tant que telle. Cette énergie a permis de faire émerger de nouveaux acteurs comme les ONG par exemple. Il s’agit d’une « arme de compétition » (il faut expliquer, convaincre afin de protéger sa marque, son image, sa réputation,…) opérant en amont (avec les règles et normes) et poussant les organisations et les Etats à changer de mode de gouvernance (une confiance de plus en plus grande est accordée aux intérêts privés dans le cycle de décision). Pour cela, anticiper est plus que nécessaire.

Pour Claude Revel l’influence devrait donc être un mode de gouvernance en soi, précédé par une anticipation et permettant au total d’agir sur les règles et les normes. La France doit intégrer le fait que l’influence véhicule des modèles et des valeurs dans un monde de plus en plus « libéralo-moral » parfois contradictoire puisque soucieux de garantir un maximum de liberté en produisant de plus en plus de règles. 

Eric Delbecque
Selon Eric Delbecque, l’influence est également un sujet multiforme prenant tout son sens dans le contexte d’incertitude actuel. Dans ce contexte, la grille d’évaluation des rapports intersubjectifs basée sur l’amour, la guerre, la négociation et l’influence évolue. Ce phénomène s’explique notamment par le fait que deux de ces critères sont entrés en conflit : la guerre (contrainte) et l’influence. L’influence est une métamorphose de la contrainte sous le poids historique et moral des deux guerres mondiales qui ont transformé ces rapports intersubjectifs : la guerre en tant que telle a perdu sa légitimité et sa nouvelle forme passe donc par l’influence. Cette dernière agit selon ses propres critères que sont l’exemplarité, l'argumentation, la séduction et la manipulation.

L'influence dans l'enseignement supérieur

Alice Guilhon
Selon Alice Guilhon, l’exemple de l’enseignement supérieur est caractéristique de l’évolution des enjeux et des influences que subit aujourd’hui la France. En effet, ce secteur doit faire face à une concurrence internationale forte et est devenu un moyen d’influence en tant que tel : chaque région du monde tente d’imposer son modèle en créant des instances ou organismes de normalisation, d’accréditation, de labélisation afin d’imposer ses standards aux autres. La France et l’Europe sont aujourd’hui confrontées à des critères d’évaluation qui ne sont plus forcément les leurs, pour exister sur la scène internationale et doivent donc impérativement réussir à inverser cette tendance (exemple des normes AACSB versus EFMD).

Il est vrai que la France subit des influences anglo-saxonnes (surtout américaine) et asiatique… mais elle est en train de s'armer. Alice Guilhon cite l’exemple de SKEMA ayant réussi à importer des « classes prépas », modèle typiquement français, aux Etats-Unis.

L'influence dans la finance

Jérôme Brunel
Jérôme Brunel nous rappelle que le monde bancaire est un marché extrêmement régulé dans lequel, nous explique-t-il, chaque acteur essaie d’imposer son modèle afin de dominer le marché. Là encore, l’influence anglo-saxonne est prépondérante mais la France tente désormais de riposter en s’organisant et en se structurant tant au niveau européen qu’au niveau international. Jérôme Brunel nous indique que cette influence financière est réelle et qu’elle ne tient pas du complot mais plutôt d’une réaction systémique. Ainsi, la convergence d’intérêts entre les acteurs transforme les marchés en révélateurs et en amplificateurs de situations, les conduisant à la spéculation par mimétisme.

L'influence chinoise

Jean-Marie Cambacérès
Jean-Marie Cambacérès nous explique que la Chine n’a pas véritablement de doctrine de l’influence : cette dernière est contradictoire et non coordonnée. Mais, des progrès ont été faits depuis 30 ans. Aujourd'hui, elle utilise les mêmes outils que les autres pays malgré ce manque de coordination.




La France, un pays influent ?

Eric Delbecque rappelle que la France a longtemps utilisé les outils classiques d’influence : outils diplomatiques, culturels, économiques, militaires… mais ceux-ci ne peuvent plus fonctionner si nous continuons à les utiliser de manière isolée.

Pour Claude Revel, la France a du mal à s’approprier certaines nouvelles règles du jeu et ne construit pas de véritable stratégie d’influence. Elle doit s’affranchir d’idées préconçues qui la freinent dans son rôle international. La notion de réseau se résume trop souvent au « copinage » ou à son aspect technique certes plutôt bien maîtrisé mais la France n’est pas assez présente dans les cercles de réflexion, « think tanks » ou même lors des rencontres internationales qui sont devenues les vrais centres de prises de décisions stratégiques. La France a par ailleurs encore du mal à appréhender certaines notions telles que l’autorégulation ou autoréglementation.

Claude Revel indique que les Etats-Unis sont pionniers mais la Chine, le Brésil, le Qatar sont en train de se renforcer. Comme l’a rappelé Eric Delbecque, la France s’est trop longtemps appuyée sur les outils traditionnels de l’influence. Claude Revel précise qu’elle doit désormais jouer à plusieurs niveaux : elle doit d’abord être cohérente en son sein et parler d’une voix uniforme pour espérer, ensuite, jouer son rôle au nom et avec l’Europe sur le plan international.



En conclusion, nous l’avons bien compris, la compétition a lieu en amont si l’on veut espérer imposer ses idées au reste du monde : « agir après, c’est trop tard ! ». Par ailleurs, l’influence est un véritable pouvoir applicable à divers niveaux, économique, politique, culturel… mais qu’il faut vouloir !

Liens utiles :

mardi 19 juin 2012

La France : un pays sous influences ? Chronique dans Les Echos

Le dernier livre de Claude Revel, "La France : un pays sous influences ?", dont nous annoncions récemment sur ce blog la publication ainsi que l'organisation d'une conférence dédiée le 30 mai dernier, fait aujourd'hui l'objet d'une chronique positive dans le journal les Echos : "[...] Dans un ouvrage très documenté et émaillé d'illustrations, Claude Revel décrypte l'influence dans toutes ses représentations, ses techniques, au travers des relais et des outils qui la diffusent [...] Cet essai, dense, nous éclaire à la fois sur le fonctionnement de l'influence, ses enjeux et ses dérives [...]"(source Natalie Silbert pour Les Echos).

Vous pouvez consulter l'intégralité de la chronique via le lien suivant : "L'influence, nouvel enjeu géopolitique".

Autres liens utiles sur le livre "La France : un pays sous influences ?" :

dimanche 27 mai 2012

Le "Soft Power", la stratégie efficace pour un Etat? (Partie 2)

Consulter la première partie de cet article "Le "Soft Power", la stratégie efficace pour un Etat? (partie 1)"

Ressources du Soft Power

Nye explique que le Soft Power d'un pays est basé principalement sur trois ressources : la culture (à condition que les autres pays soient attirés par cette culture), les valeurs politiques (qu'elles soient à la hauteur et en accord en politique intérieure et extérieure) et les politiques étrangères (qu'elles soient légitimes et morales).

La culture est un ensemble de valeurs et de pratiques qui créent un sens pour la société. La culture a plusieurs formes. En général, on distingue la haute culture comme la littérature, l'art, l'éducation supérieure qui intéressent les élites, et la culture populaire qui se concentre plutôt sur le divertissement de masses.

Quand la culture d'un pays possède une valeur universelle, et qu’il mène des politiques qui partagent des valeurs et des intérêts communs avec d'autres pays, elle augmente la possibilité d'obtenir le résultat voulu par l'attraction et le sentiment de devoir produit par cette attraction. La culture qui n'est pas universelle et qui est limitée et médiocre, ne peut pas produire de Soft Power.

Quelques analystes traitent le Soft Power comme la simple puissance de la culture populaire. Ils confondent les ressources culturelles et le comportement d'attraction. Il est vrai que la culture populaire est une des ressources qui produit le Soft Power, mais le Soft Power ne se limite pas qu’au phénomène global de la culture populaire.

Les politiques gouvernementales peuvent renforcer ou dégrader le Soft Power. Si la politique intérieure ou la politique extérieure est hypocrite, arrogante, indifférente aux opinions des autres ou qu'elle a une approche limitée aux intérêts nationaux, cela peut nuire au Soft Power. Les valeurs qu'un gouvernement montre par ses actions (par exemple la démocratie dans la politique intérieure, la coopération en institutions internationales, et la promotion de la paix et les Droits de l'Homme en politique étrangère) peuvent influencer les préférences des autres pays. Les gouvernements peuvent attirer ou repousser les autres par les exemples qu'ils donnent. 

En revanche, le Soft Power n'appartient pas au gouvernement autant que le Hard Power (par exemple, la force militaire qui est une ressource en Hard Power est strictement gouvernementale). Les ressources du Soft Power sont souvent indépendantes du gouvernement. 

Limites du Soft Power

Il est important de vérifier les conditions dans lesquelles il est possible de retirer plus de résultats voulus par l'attraction. Par exemple, pour que la culture populaire du pays A devienne la puissance d'attraction et produise un effet de Soft Power sur le pays B, il faudrait que les cultures du pays A et du pays B soient similaires. Toutes les puissances dépendent de contextes : qui est lié à qui, sous quelles conditions. Pour le Soft Power, il est important d'avoir les acteurs qui le reçoivent, l'interprètent et le transmettent volontairement, plus que le Hard Power. De plus, les effets du Soft Power sont dispersés et vagues, et ne donnent pas qu’une action spécifique. Ils créent plutôt une influence générale. 
Notre époque de l'information globalisée

Dans les pays démocratiques, la puissance d'aujourd'hui est moins coercitive et tangible qu'auparavant. En même temps, la plupart des pays ne sont pas encore au stade de la démocratie avancée. Par exemple, dans les pays africains et du Moyen-Orient, beaucoup ne sont pas encore arrivés à l'industrialisation et sont essentiellement basés sur l'économie agricole; leurs institutions sont fragiles. En conséquence, cette situation limite la transformation globale de la puissance.

Dans ce monde divers, les trois ressources de la puissance (militaire, économique, soft) sont toujours utiles et importantes et chaque relation nécessite ces puissances avec les niveaux différents. Mais, si la tendance économique et sociale actuelle bouleversée par la révolution informatique continue, le Soft Power serait la plus importante puissance parmi les trois. 

La révolution informatique et la globalisation économique ont transformé et ont « rétréci » le monde. Les communautés virtuelles sont apparues, les réseaux sans frontière sont créés. Les entreprises multinationales et les acteurs non-gouvernementaux (y compris les organisations terroristes) joueront un rôle de plus en plus important. Et ces organisations auront leur propre Soft Power. Elles attireront les personnes, sans considération de frontières des pays. A ce moment-là, la politique devient une compétition pour l'attraction, la légitimité, et la crédibilité. La capacité de donner des informations, et le fait qu’elles soient reçues avec confiance, seraient une ressource importante d'attraction et de puissance. 

L'importance de Soft Power sera de plus en plus grande dans notre époque de l'information. Les pays qui veulent renforcer leur Soft Power devraient avoir plusieurs voies de communication pour encadrer leurs programmes et arriver à des résultats : avoir la culture et les idées proches des normes globales (libéralisme, pluralisme, autonomie) et être crédibles concernant les valeurs et la politique intérieure ou étrangère. 

Ce Soft Power, dont nous aurons besoin de plus en plus, n'est pas un simple résultat des actions officielles de gouvernement, mais aussi un sous-produit de la société économique et sociale. Il arrive que les actions des associations à but non lucratif puissent bloquer ou rendre compliqués les efforts des gouvernements, de même des entités commerciales traitant la culture populaire peuvent aider ou freiner les objectifs de gouvernement.

"Power shift" et "Network"

Les pays émergeants et les acteurs non-étatiques sont en train de changer le système international. Avec la mondialisation, "le monde est plat" (The World is Flat : l'expression de Thomas L Friedman) : l'interdépendance mondiale et l'évolution de la technologie informatique produisent de plus en plus de communication inter-étatique mais aussi celle des acteurs non étatiques et interpersonnel. La nécessité de travail collectif et de collaboration apparaisse.

Le plus important, c'est d'apprendre à combiner le Soft Power et le Hard Power ce qui devient le Smart Power.


Trois types de Puissances
(à partir du tableau p.31 "Soft Power" Joseph Nye)


En savoir plus :


 Joseph Nye à propos des fluctuations du pouvoir dans le monde, TED global 2010


Joseph Nye : Contextual Intelligence

Le "Soft Power", la stratégie efficace pour un Etat? (partie 1)


Joseph S. Nye, Jr.
source 
Le Soft Power de Joseph Nye

L'idée de «Soft Power» est apparue pour la première fois en mars 1990 dans l'article «The misleading metaphorof decline» de Joseph Nye. Nye répondait aux thèses «déclinistes» de l'époque, présentées par Paul Kennedy. Ensuite, il a conceptualisé ce «Soft Power» dans le livre «Bound to Lead».

Joseph Nye est professeur à l’université de Harvard, expert à CSIS (Center for Strategic & International Studies), ancien adjoint au sous-secrétaire d'état sous l'administration Carter (1977-1979), ancien président au National Intelligence Council (1993-1994), ancien secrétaire adjoint à la Défense sous l'administration Clinton (1994-1995) et président du groupe nord-américain au sein de la Commission Trilatérale. Nye a développé avec Robert Keohane, dans les années 70, le courant théorique néolibéral et le concept de «complex interdependence» (pdf) (les phénomènes d'interdépendance et les relations transnationales) dans le domaine des relations internationales.

Le Soft Power, «La puissance douce» en français, correspond au pouvoir d'attraction et de séduction. Selon Nye, le Soft Power est la capacité d'obtenir ce qu'on veut par l'attraction plutôt que par coercition ou récompense. L'idée du Soft Power existe depuis toujours (cf. l'art de la guerre de Sun Tzu (pdf))dans la politique internationale : la puissance du pays se fait par la force militaire et économique, Hard Power, et la puissance pour bouger et influencer l’opinion publique, Soft Power. Nye l’a développé comme concept de politique étrangère, et depuis la parution en 2004 de son livre «Soft Power : Means to Success in World Politics», les diplomates, les universitaires et les économistes n’ont pas cessé de débattre sur ce sujet.

Puissance

Nye définit en premier lieu ce qu'est la puissance (Power). Il expose que la puissance est comme le temps (météo), tout le monde en dépend et en parle, mais peu le comprenne. C'est aussi comme l'amour : quelque chose qu'on ne peut ni définir, ni mesurer, mais réel. La puissance est la capacité de produire le résultat que l’on veut, mais aussi la capacité d'influencer le comportement des autres pour obtenir le résultat désiré. Pour cela, il y a plusieurs voies : exercer des pressions par la menace, donner une récompense, ou attirer ensuite coopter.

Nye qualifie la politique internationale actuelle comme une partie d'échecs en trois dimensions. On peut gagner si on joue horizontalement aussi bien que verticalement. La plus haute partie de l'échiquier est celle des relations militaires traditionnelles inter-étatique où l'hégémonie américaine unipolaire existe encore. Mais, dans la partie centrale qui concerne les relations économiques internationales (commerce international, l'anti-monopole ou les régulations financières), les Etats-Unis ne peuvent plus obtenir ce qu'ils veulent sans consentement de l'UE, le Japon, la Chine et les autres. Dans cette partie, la distribution des puissances est multipolaire. Enfin, la partie la plus basse de l'échiquier est transnationale, là où se croisent les problèmes de terrorisme, les crimes internationaux, le changement du climat, la propagation de maladies contagieuses. Ici, la puissance est largement dispersée et désordonnée entre les organisations étatiques et non-étatiques. Nye affirme que beaucoup d'hommes politiques ne s'intéressent qu'à la partie haute de l'échiquier, c'est-à-dire aux sujets militaires, et qu'ils ne jouent que dans une seule partie de l'échiquier alors que le jeu est en trois dimensions. A long terme, c'est une stratégie perdante, parce qu’obtenir les résultats favorables dans la partie la plus basse, transnationale, nécessite l'utilisation du Soft Power.

Le Soft Power est la puissance qui rend les autres envieux d’obtenir les mêmes résultats que nous; cela se réalise plutôt par la cooptation que par la force ou la pression.

Il s'appuie sur la capacité à former les préférences des autres. Dans la vie privée de chacun, nous connaissons la puissance de séduction et d'attraction. Dans le monde des affaires, les chefs d'entreprise et les cadres compétents savent que pour obtenir un meilleur leadership, il ne suffit pas de commander, mais il faut montrer l'exemple et attirer les autres vers ce qu'ils veulent. Il est difficile de diriger une grande organisation seulement par les ordres. Les salariés doivent adhérer aux valeurs des dirigeants. Les leaders doivent partager des valeurs que les autres acceptent et admirent.

Puissance
(traduit à partir du tableau p.8 "Soft Power" Joseph Nye)

Le Soft Power et Hard Power sont reliés. Les deux partagent le même objectif d'arriver à un but en influençant les comportements des autres. La différence entre les deux, concernant la nature des comportements ou la tangibilité des ressources, est relative à la question de degré : dominer ou commander (la capacité de changer leurs comportements) peut se faire par la coercition ou l'incitation. Coopter (la capacité à former et cadrer ce que les autres veulent) peut se faire par le charme de la culture ou par des valeurs.

En savoir plus : 

vendredi 4 mai 2012

"La France, un pays sous influences ?" nouveau livre de Claude Revel



Soft power, Advocacy, Lobbying, Think Tanks, Storytelling... Le nouvel ouvrage de Claude Revel "La France : un pays sous influences ?" (Editions Vuibert - disponible à partir du 5 juin 2012) a pour objectif de mettre à jour, décrire et analyser les influences, notamment internationales, qui nous façonnent. «L'influence est une relation consciente ou inconsciente qui permet de faire agir ou penser autrui selon ce que veut l'émetteur de l'influence. Il est d'usage d'ajouter : "sans exercice de la force ni paiement".»
A l'occasion de la sortie de cet ouvrage, Claude Revel interviendra dans plusieurs conférences à partir du 30 mai 2012. La première se tiendra à SciencesPo à 19h00 en partenariat avec SKEMA et la conférence Olivaint (remercions à ce propos Jérome Fabiano, nouveau diplômé du MS IEMC, pour son implication dans l'organisation de cette conférence).

mercredi 2 novembre 2011

Claude Revel at Wilton Park

Wilton Park, UK, is one of the world's leading centres for discussion of key international policy challenges. From 12 to 14 October 2011, a Conference was held on "Putting the power in soft power?" and gathered some 50 leading opinion formers.
Claude Revel was a speaker on her matters of expertise.

Formally linked to the British Foreign and Commonwealth Office (FCO), Wilton Park is an example of smart use of thought by policy makers: "With an emphasis on ways in which practitioners can further the deployment of soft power theory, the fifth Wilton Park roundtable meeting in the public diplomacy series considered how to meet the ‘Conversion Challenge’ of turning soft power assets into practical activity".

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