lundi 14 mars 2011

Compte-rendu (partie 2/3) conférence "Révolution dans le monde arabe"

Vous trouverez ci-dessous la 2e partie du compte-rendu de la conférence "Révolution dans le monde arabe : origine et conséquences" organisée le 1er mars dernier par le Club Intelligence Économique et Stratégique (IES) de l'AAE IAE de Paris, en partenariat avec l’A.C.E.D.S.
Partie 2: "La contagion"

La contagion est l’œuvre d’une grande diversité. La révolution tunisienne a fait bouger le monde arabe. Le mur de la peur est tombé, la population de ces pays a constaté que :
  • « les régimes autoritaires pouvaient être renversés par le peuple ». Avant la Tunisie, personne n’y croyait. Beaucoup d’exemples le montrent.
  • « L’armée peut ne pas tirer ». Ce n’était pas assuré avant l’exemple de la Tunisie.
A partir de là, les autres pays arabes avec une distribution de carte différente vont réagir.
Pour chaque pays, la revendication principale (ou facteur déclenchant), a eu deux origines différentes (voir tableau ci-après) :
  • L’emploi et le coût de la vie : Tunisie, Algérie, Egypte, Irak, Mauritanie, Bahreïn, Maroc, Oman.
  • Politique : Lybie, Jordanie, Yémen, Iran, Koweït.
Plusieurs facteurs explicatifs peuvent avoir renforcé la revendication. Ce sont les faits :
  • du chômage;
  • du développement internet;
  • de l’éducation;
  • de l’IDE (indice de développement humain).
Tunisie
L’essentiel des mouvements est lié à l’emploi et le niveau de vie. De surcroit plusieurs causes expliquent le non intervention de l’armée:
  • elle n’est pas impliquée dans l’économie;
  • elle n’attend rien du politique;
  • elle n’est pas impliquée dans le choix des leaders politiques.
La population a un manque de confiance dans le gouvernement (ministres "parachutés", déploiement massif de l’armée, ministère de l’intérieur qui est dans l’esprit des Tunisiens l’organe répressif du pouvoir passé,…)

Deux hypothèses semblent envisageables pour la suite des événements:
  • Favorable : dissolution de l’assemblée, mise en place d’une nouvelle constitution.
  • Défavorable : dégradation de la situation économique, prise du pouvoir par l’armée et retour prévisible en arrière avec un risque que la population s’oriente éventuellement vers un partie islamiste.
Algérie
L’essentiel des mouvements est lié à l’emploi et au niveau de vie. Contrairement à la Tunisie, l’armée algérienne est impliquée dans la politique du pays et dans les affaires du pays ainsi que dans son économie. On peut s’attendre a un comportement totalement différent des forces armées

Lybie
C’est une société totalement hétérogène, basée sur des rapports tribaux: on est plus dans des rapports de forces entre tribus que dans un pays homogène.

L’équilibre est extrêmement délicat car il prend appui sur un principe d’équilibre et une répartition entre les tribus. Les fondements sont l’honneur, les avantages, les intérêts économiques, les aides et soutiens financiers
Le guide dispose de moyens financiers considérables grâce au pétrole, ce qui lui permet"d’arroser financièrement" chacun. Mais il l’a fait avec disparité notamment à l’égard de la cyrénaïque qui traditionnellement est composée de tribus hostiles à celle de Kadhafi. Elle a longtemps été, et l’est encore, mal servie par rapport à la tripolitaine. Cela crée des tensions.

L’armée dans ce contexte n’est pas impliquée dans le politique mais est par contre très soumise.
Le niveau d’étude dans le pays est convenable, le développement d'internet est faible.
Ce qui est très important dans la suite du conflit, c’est la redistribution de l’argent du pétrole au niveau de la population au travers de rentes, de dons divers (maison gratuites pour les jeunes couples…). La population est assistée, les gens ne vivent pas si mal et cela amenuise fortement les volontés de changement.

L’avenir de la Lybie est incertain :
  • Si Kadhafi reste au pouvoir, des risques de représailles envers l’Europe et les EU sont envisageables. Mais c’est peu probable qu’il y arrive.
  • Le pays peut tendre vers une approche tribale de scission en deux ou trois parties (cyrénaïque, tripolitaine, le sud) avec dans le meilleur des cas une fédération ou au pire vers une lutte tribale interminable comme dit la CIA en parlant de « somalisation ».
La situation en Lybie n’est pas porteuse d’espoir...

L’Egypte
Les revendications sont liées au coût de la vie, à l’emploi. Il y a comme en Tunisie une coupure entre le monde rural et le monde Urbain. C’est un vrai problème car il crée une fracture entre les deux mondes

Mais les américains n’ont pas du tout envie de voir l’Egypte dénoncer les accords passés avec Israël. La révolution c’est bien mais avant tout « il ne faut pas remettre en questions les accords avec Israël ». Si une réelle démocratie venait à apparaitre en Egypte, il n’est pas du tout sur que le soutien a Israël perdure.
Si le gouvernement Moubarak est parti, ce sont les mêmes qui restent (l’armée). En Egypte certains affirment que l’armée rendra le pouvoir. Rien n’est moins sûr. Pour l’Egypte, la révolution a été confisquée par les militaires. Peu d’espoir donc.

La Jordanie
Comme pour l’Egypte, les américains ne sont pas désireux de voir se propager un régime hostile a Israël.

La Mauritanie
Une population est sous éduquée, pas d’internet, une armée soumise, des revendications principalement à caractères économiques.

Oman
Une monarchie, une armée soumise, d’énormes moyens financiers.

Irak
La situation est très mauvaise, la violence est omniprésente.

En conclusion

Des revendications :
  • le couple « chômage /coût de la vie » a été le principal facteur déclenchant;
  • contrairement aux idées reçues, l’accès à internet ne semble pas avoir été la principale cause déclenchante;
  • il n’y a pas de relation entre le manque d’éducation et les révoltes. Le manque d’éducation rend les peuples manipulables.
  • Il n’y a pas de relation entre l’IDE (l’indice de développement humains) et les révoltes.
L’avenir des pays est totalement incertain et dépend des paramètres de chacun des pays.

Annexe:
Pays Reven-dication principale (facteur déclenchant) Chômage 15/24 ans Situation internet Jeunes + 15 ans n’ayant pas eu accès a l’éducation IDE du CNUD
Tunisie Prix
Emploi
31% + 27%
Algérie Prix
Emploi
43%
16%
Lybie Politique
(-) 27%
Egypte Prix
Emploi


37
Oman Prix
Emploi



(--)
Irak Emploi
(-)
(--)
Jordanie Politique



Mauritanie Prix
Emploi


45
Yémen Politique
(-) 69
Bahreïn Prix
Emploi

++

Iran Politique
+

Koweit Politique
+

Maroc Prix
Emploi

+ 51%
Djibouti

(-)


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Sylvain Souchu

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