jeudi 25 août 2011

La socialisation au sein des réseaux sociaux virtuels : socialisation ou désocialisation des individus

Dans les pays occidentaux où les sociologues et les politistes réfléchissent sur les causes du désengagement croissant des individus des réseaux de mobilisation et de socialisation politico-sociaux (Putnam, 2000), les réseaux sociaux virtuels sont venus modifier les notions de sociabilité et de socialisation. Notre argument ici n’est pas de prendre position pour ou contre les réseaux sociaux virtuels de type Facebook ou LinkedIn mais de dire qu’ils participent depuis le début des années 2000 à la transformation et au renouvellement du lien social et aux pratiques qui y sont rattachés.

A l’instar de Pierre Mercklé (2011), auteur d’un ouvrage intitulé « Sociologie des réseaux sociaux », nous pensons que l’avènement des réseaux sociaux virtuels, en lien avec le développement d’Internet, n’a en rien révolutionné les réseaux sociaux physiques mais accompagnent les transformations des relations sociales déjà à l’œuvre, sans en être la cause. Face aux transformations des relations sociales, affaiblissement des liens notamment, les réseaux sociaux virtuels sont venus proposer de nouveaux modes de sociabilité, plus autonomes et plus fluides, peut-être moins contraignantes, redéfinissant les notions de groupe et de communauté.
Enfin, nous considérons que les agents/acteurs présents au sein des réseaux sociaux virtuels finissent toujours par reproduire les espaces sociaux dans lesquels ils évoluent habituellement.
Les réseaux sociaux virtuels sont d’autant moins désocialisant qu’ils produisent, et souvent sans que les agents/acteurs en aient pleinement conscience, du contrôle social.

Par ailleurs, et pour conclure, la facilité avec laquelle un réseau comme Facebook peut être intégré ne postule en rien de la capacité de l’individu à capter des ressources et à les utiliser. A l’image d’Internet, les réseaux sociaux virtuels offrent un champ d’action immense, un potentiel de multiplication des relations sociales très fort et d’accès aux différents niveaux, ou contacts (Milgram, 1967), qui les structurent, réduisant ainsi virtuellement la distance entre les individus. Toutefois, cette facilité fait perdre une partie du sens de la démarche individuelle dans sa quête de capital social, au sens de Pierre Bourdieu ou de Robert D. Putnam. L’existence de réseaux sociaux virtuels nécessite, à notre avis, un plus grand contrôle et une plus grande connaissance de l’information existante et nécessaire au développement de relations sociales.

Les réseaux sociaux virtuels ne sont qu’un prolongement, hors-lieu et hors-temps, des relations sociales que nous développons quotidiennement sur nos lieux de travail et de loisirs.
Les réseaux sociaux virtuels offrent certainement un accès plus facile aux différents niveaux mais ne garantissent pas le maintien d’un individu au sein de ces niveaux car tôt ou tard il faudra que l’individu prouve qu’il a les ressources pour participer au développement du réseau, notamment l’échange.

Bibliographie
  • Bourdieu, Pierre, Le Sens pratique, Paris, Minuit, 1980.
  • Mercklé Pierre, Sociologie des réseaux sociaux, Paris, La Découverte, coll. « Repères », troisième édition, 2011.
  • Stanley Milgram, "The Small World Problem", Psychology Today, 1967, Vol. 2.
  • Putnam Robert D., Bowling Alone. The Collapse and Revival of American Community, Simon & Schuster, 2000.
Cyril Robin

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