mercredi 31 août 2011

Commotion ou l'Internet agile, autonome, libre et gratuit

L'évolution d'Internet est en marche. Le réseau Web planétaire, victime de son succès, souffre des défauts inhérents à sa conception, bien que "scalable" il a du mal à s'adapter à la mobilité car il est très dépendant de son infrastructure physique. Il est aussi vulnérable aux coupures involontaires (catastrophe, pannes...) mais aussi au contrôle des autocrates (cas de l’Égypte et de la Syrie durant les révolutions arabes). (article IEEE Spectrum et article sur Le Monde)

Le projet Commotion regroupe une équipe de hackers (dans le sens anglo-saxon du terme, bidouilleurs de génie et à ne pas confondre avec les "crackers" ou "pirates") portée par la philosophie qui anime les réseaux libertaires de l'Internet et qui s'est donné pour objectif de développer de nouveaux protocoles de communication ad-hoc à l'infrastructure actuelle d'Internet. Ce réseau se base sur les terminaux mobiles dotés d'outils de communication Wifi (smartphone, tablettes, ordinateurs portables, consoles de jeux...) et les routeurs Wifi afin de créer un réseau maillé ouvert qui s'adapte dynamiquement. Ce réseau qui permet la communication entre différents terminaux sans se servir d'Internet est relié au réseau mondial via des terminaux possédant une liaison satellitaire. (Pour plus d’informations techniques voici le lien du projet Commotion Wireless)
Ce projet peut avoir de nombreuses répercutions, il représente en lui-même un changement de paradigme pour l'accès à Internet, celui-ci ne va plus être le monopole des fournisseurs d'accès mais pourrait être disponible via des outils open source et gratuit et ne dépendre de l’accès que d’une personne faisant parti du réseau Commotion.
En l’associant au projet Tor qui autorise la navigation anonyme sur Internet et qui est déjà utilisé par les hackers, les dissidents politiques ou encore les militaires, on autorise aux utilisateurs du réseau Commotion l’accès anonyme, sécurisé et gratuit à l’Internet.

Les faucons de la cybersécurité ne vont plus en dormir la nuit…

Le projet devient encore plus intriguant et passionnant lorsque l’on s’intéresse à ses soutiens et ses investisseurs. Tandis que les développeurs du projets sont très impliqués dans la communauté de l’Internet libertaire (le leader du projet n’est autre que Sascha Meinrath un des pionniers de cette communauté), le projet est soutenu par la New America Foudation et le département d’Etat Américain à hauteur de 2 million de dollars. Ce financement fait partie d’un projet plus important de 25 million de dollars annoncé par Hillary Clinton en février dernier afin de développer et promouvoir des technologies Internet open source et gratuites, exportables dans les pays autocratiques pour aider les dissidents.

Le projet Commotion est donc l’une des briques d’un projet beaucoup plus vaste qui inclut le projet Tor discuté plus haut, mais aussi le projet Serval qui permet de communiquer par GSM sans l’aide d’un système wireless LAN ou GSM, le projet OpenBTS ou Asterisk qui ajoutent la fonction VoIP à l’ensemble et enfin un projet qui sort du cadre légal car il permet l’émission d’informations par communication wireless sur des fréquences régulées , le projet Open GSM. (article sur ce sujet en anglais)

La New America Foundation est un Think Tank financé par de nombreux acteurs des domaines économiques, étatiques et technologiques américains. On y trouve Eric Schmidt, l’ex PDG de Google, Google Inc., les fondations Ford, Rockefeller, Blue Shield of California, Bill & Melinda Gates… Cette fondation s’est dotée d’une branche active pour la promotion de l’Internet libre et open source grâce à la Open Technology Initative (OTI). Elle s’est associée au Darpa (le département de recherche de l’armée américaine) et au journal électronique Slate (Propriété du Washington Post) pour financer le projet PlanetLab qui développent de nouveaux outils pour améliorer les réseaux et notamment Internet (voir le projet Measurement Lab qui permettrait de connaître l’état du réseau en temps réel).

Il peut sembler paradoxal que l’Etat fédéral américain s’implique dans de tels programmes quand l’on voit avec quelle application il tente de contrôler les informations sur Internet et les scandales qu’il essuie avec les révélations de Wikileaks qui est animé, peu ou prou, par la même philosophie libertaire de l’information et de son accès. Cette situation tient en faite à la schizophrénie du gouvernement fédéral qui depuis l’élection d’Obama a vu arriver de nombreux jeunes ayant été élevés avec les nouvelles technologies et qui se font les portes paroles des idées progressistes venues de la Silicon Valley. Ces nouvelles idées bousculent les schémas hérités de la guerre froide en opposition avec la nouvelle vision du monde, apportée par la mondialisation, d'un monde multipolaire et de plus en plus interconnecté (interview du politologue Bertrand Badie sur Le Monde).

Il faut aussi bien se rendre compte que l’importance et l’influence des entreprises californiennes est de plus en forte. Google est devenu une entreprise on ne peut plus stratégique pour l’économie américaine et mondiale, mais aussi pour la politique étrangère de la première puissance économique. Et de tels projets ont le pouvoir de promouvoir la démocratie et le libre échange car ils portent en eux de façon intrinsèque ces idéaux.
Le déploiement de tels outils permettrait aussi d’entretenir la croissance exponentielle du nombre d’utilisateurs du réseau mondial en fournissant un accès gratuit et libre aux populations pauvres, ce qui en plus de permettre le développement économique et la diffusion du savoir est une des conditions indispensables à l’émergence de la grande convergence NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Information technologies, Cognitive sciences), graal du courant idéologique transhumaniste porté notamment par Google.

Clément Maufrais

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