mercredi 24 août 2011

Le succès du réseau Facebook expliqué par les théories sociologiques - partie 1

Le 4 février 2004, Mark Zuckerberg fonde Facebook afin de renforcer la communauté universitaire d’Harvard et de maintenir le lien entre les étudiants. Face au succès du site, dès le mois de mars 2004, le réseau s’élargit à d’autres universités. Facebook s’ouvre au grand public le 26 septembre 2006. En juillet 2010, la barre symbolique des 500 millions d’inscrits est dépassée.

Comment expliquer un tel succès ? Quelles sont les raisons qui poussent tant d’utilisateurs à utiliser ce service ? Quelles sont les limites de ce réseau social ? Est-il vecteur de socialisation ou de désocialisation ?

Certaines théories sociologiques peuvent apporter des réponses, mais il reste tout de même une part de mystère sur l’engouement pour les réseaux sociaux en général, et Facebook en particulier.



Les raisons théoriques d’un succès mondial.

Dès 1943, le psychologue Abraham MASLOW définit la pyramide des besoins. Nous nous intéresserons ici aux troisième et quatrième étages de celle-ci.

"... - Le besoin d’appartenance révèle la dimension sociale de l’individu qui a besoin de se sentir accepté par les groupes dans lesquels il vit (famille, travail, association, ...). L’individu se définissant par rapport à ses relations, ce besoin appartient au pôle « relationnel » de l’axe ontologique.

- Le besoin d’estime prolonge le besoin d’appartenance. L’individu souhaite être reconnu en tant qu’entité propre au sein des groupes auxquels il appartient..."
(Source : Le Sémioscope.fr)

On comprend ici que les différentes applications de Facebook font écho à ces deux besoins fondamentaux de chacun. Non seulement, aujourd’hui le simple fait de ne pas avoir de compte Facebook est un facteur de marginalisation, mais il peut induire une réaction de méfiance envers le « non-inscrit » : a-t-il quelque chose à cacher ? Pourquoi ne partage t-il pas ?

La fiche descriptive de notre parcours, nous montre sous notre meilleur jour, l’utilisateur est son propre biographe, il ne fait apparaître que ce qu’il veut bien montrer de sa personnalité, en éludant les points négatifs. Par ailleurs, les différents groupes auxquels un utilisateur s’inscrit le définissent en tant qu’individu. De plus, le nombre d’amis est un trophée auquel certains accordent une très grande importance.

« Les utilisateurs de Facebook ont en moyenne 263 amis pour les moins de 30 ans, 206 de 31 à 50 ans, et 92 amis pour les plus de 50 ans » (source Labo.Atypicom.fr).
Avoir moins de 100 amis fait de vous un « looser », a contrario, ceux qui dépasse les 1000 amis sont de vrais stars que certains envient pour leur vie sociale.
Le phénomène est ainsi décrit par le Dr Rebecca Mattews, de la Société Australienne de Psychologie, comme « le révélateur d’un véritable ancrage des réseaux sociaux dans la société actuelle» (source : Labo.Atypicom.fr).

Le nombre d’amis et de groupes auxquels l’utilisateur appartient sont donc des symboles de son degré de socialisation.

Les photos publiées sont également un élément révélateur de la socialisation de l’utilisateur.
On trouve essentiellement des photos de voyages et de soirées. Cela montre que l’utilisateur a une vie en dehors du virtuel. Le summum étant de se «taguer» avec d’autres membres du réseau et de commenter la photo au vu et su de tous, démontrant ainsi le degré de socialisation réel et virtuel.

Ce phénomène permet également de valider sa liste d’amis en prouvant que je socialise dans le réel avec mes relations du réseau virtuel. Ma liste d’amis est donc légitime, je n’accepte pas n’importe qui seulement pour augmenter mon capital relationnel virtuel.

Ce dernier point, relatif aux commentaires trouve son écho dans la théorie du sociologue allemand Ferdinand Tonnies, qui nous explique dès 1887 que : « La socialisation et la création du lien social sont liées au partage d’une expérience entre des individus.»
Par ailleurs, le commentaire ainsi que l’application « I Like », permet à l’utilisateur de valider les activités des autres membres et de se faire valider les siennes en retour. Un « post » avec de nombreux « Likes » et commentaires est une valorisation de celui-ci. La communauté approuve mon activité.

On peut également faire référence à la théorie de l’échange par le don de l’anthropologue Marcel Mauss. En termes de « post », de « poke » et de message, l’usage du réseau impose un retour. Il est en effet très mal vu de ne pas rendre ce qui nous a été donné. Ici, la force coercitive du groupe joue un rôle prépondérant, notamment sur le « Wall » de l’utilisateur. Ne pas répondre à une sollicitation serait une preuve du manque de connaissance des codes de conduites par l’utilisateur qui pourrait se voir marginalisé par le groupe.

Lire la suite du billet « le succès du réseau Facebook expliqué par les théories sociologiques ».

Antoine HILLION

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